jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2024, Monsieur B A représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la communication à la procédure du dossier administratif relatif à la mesure de retenue pour vérification du droit au séjour ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler la décision du 22 janvier 2024 par laquelle la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges ;
4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;
- l'auteur de l'arrêté et de la décision attaqués était incompétent pour en être le signataire, faute pour lui d'établir que l'arrêté de délégation de signature était signé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est protégé par le principe général de l'Union ;
- elle n'est pas motivée en fait et en droit ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 611-1-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un refus de titre de séjour lui ayant été précédemment notifié ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, en particulier de la promesse d'embauche dont il se prévaut et de la présence en France de sa sœur réfugiée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait sur la réalité de ses attaches familiales en France ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne ses garanties de représentation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est protégé par le principe général de l'Union ;
- la décision portant interdiction de retour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- des circonstances humanitaires s'opposaient au prononcé d'une interdiction de retour ;
- la décision portant assignation à résidence l'a privé d'une garantie faute pour les services de la préfecture de l'avoir mis en possession du formulaire prévu par les dispositions des articles L. 561-2-1 et R. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- dès lors qu'elle a été prise au motif qu'il n'y avait pas de place dans le centre de rétention administrative, elle est entachée d'une erreur de droit et d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia ;
- les observations de Me Géhin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, après s'être désisté de ses conclusions tendant à la communication de la procédure afférente à la retenue de M. A, par les mêmes moyens. En outre, il fait valoir que l'arrêté portant refus de titre de séjour du 5 octobre 2021 ne lui ayant jamais été notifié, l'arrêté attaqué, en tant qu'il est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est également dépourvu de base légale. D'ailleurs, les conditions de notification de cet arrêté n'apparaissent pas régulières. Il ajoute que l'arrêté méconnaît également l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- et les observations de M. A lui-même, accompagné de son épouse et de ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 12 avril 1983, est entré en France, selon ses déclarations, le 23 décembre 2018, accompagné de son épouse et de ses deux enfants mineurs, pour y demander l'asile. Le troisième enfant du couple est né le 16 novembre 2019 sur le territoire français. Après le rejet de sa demande d'asile, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 4 octobre 2019, le préfet a, par un arrêté du 17 juillet 2019, fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné. M. A et son épouse ont ensuite sollicité un titre de séjour. Par un arrêté du 5 octobre 2021, le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et a pris à son encontre une nouvelle mesure d'éloignement. Le 22 janvier 2024, à la suite d'un contrôle routier, M. A a fait l'objet d'une retenue afin qu'il puisse être procédé à la vérification de la régularité de son séjour. Par un arrêté du 22 janvier 2024, la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions tendant à la communication du dossier administratif relatif à sa retenue :
2. Le conseil de M. A a, au cours de l'audience publique, expressément entendu se désister de telles conclusions. Dans ces conditions, dès lors que ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
3. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. A était placé en retenue le 22 janvier 2024, son conseil, par un courriel du même jour envoyé à 12h19, a notamment transmis aux services de gendarmerie la preuve de ce que la sœur de M. A, qui vit à Val de Briey, en Meurthe-et-Moselle et dont la demande de titre de séjour est en cours d'instruction, a été reconnue réfugiée en France. La préfète des Vosges ne conteste d'ailleurs pas, dans ses écritures en défense, que ces éléments ont bien été réceptionnés préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige.
4. Or il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que les éléments transmis par le conseil de M. A ne sont pas visés. En particulier, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ne tient compte, au titre de ses attaches familiales, que de la seule présence en France de son épouse et de leurs enfants mineurs, sans faire mention de la présence de sa sœur ayant obtenu la qualité de réfugiée. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de fait sur la réalité de ses attaches familiales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
6. Il résulte de ce qui précède que, l'arrêté du 22 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français étant illégal, l'arrêté du même jour portant assignation à résidence est dépourvu de base légale. Par suite, M. A est également fondé à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de ce dernier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. A tendant à la communication du dossier administratif relatif à sa retenue.
Article 2 : L'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges a assigné M. A à résidence dans le département des Vosges est annulé.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète des Vosges.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er février 2024.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
La greffière,
L. RémondLa République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240018
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026