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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400260

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400260

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAIRIAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2024 à 14 heures 40, M. A D, représenté par Me Airiau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges jusqu'à son départ du territoire français, l'a obligé à être présent à son domicile tous les jours de 6h à 8h du matin, l'a obligé à se présenter les lundis, jeudis et samedis, y compris les jours fériés, auprès des services de police et l'a obligé à remettre tout document d'identité et/ou de voyage aux fonctionnaires de police, cet arrêté ayant une durée de validité de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il appartient à la préfète de justifier qu'il fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et de disproportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bastian a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né le 13 octobre 1987, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 17 octobre 2023. Par un arrêté du 27 janvier 2024, dont M. D demande l'annulation, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges jusqu'à son départ du territoire français, l'a obligé à être présent à son domicile tous les jours de 6h à 8h du matin, l'a obligé à se présenter les lundis, jeudis et samedis, y compris les jours fériés, auprès des services de police et l'a obligé à remettre tout document d'identité et/ou de voyage aux fonctionnaires de police, cet arrêté ayant une durée de validité de quarante-cinq jours, renouvelable une fois.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 4 octobre 2023, la préfète des Vosges a donné délégation de signature à Mme B C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la direction de la citoyenneté et de la légalité, aux fins de signer toutes décisions dans les matières entrant dans ses attributions à l'exclusion de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 27 janvier 2024 contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :

1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 17 octobre 2023, la préfète des Vosges a retiré l'attestation de demande d'asile délivrée à M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, arrêté qu'il a contesté devant le tribunal administratif par une requête enregistrée le 3 novembre 2023, rejetée par un jugement n° 2303205 du président du tribunal. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur de droit en ce qu'il ne ferait pas l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français régulièrement notifié.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. " Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

8. En se bornant à soutenir que la mesure l'obligeant à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police est disproportionnée, M. D n'apporte pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la disproportion de la mesure l'obligeant à se présenter aux services de police ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges jusqu'à son départ du territoire français, l'a obligé à être présent à son domicile tous les jours de 6h à 8h du matin, l'a obligé à se présenter les lundis, jeudis et samedis, y compris les jours fériés, auprès des services de police et l'a obligé à remettre tout document d'identité et/ou de voyage aux fonctionnaires de police, cet arrêté ayant une durée de validité de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Airiau et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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