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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400269

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400269

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024 à 9 heures 25, Mme D A, représentée par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- son droit d'être entendue a été méconnu ou en tout état de cause mise en œuvre de manière déloyale par le préfet ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard au risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Algérie ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1 L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, magistrat désigné,

- les observations de M. C, représentant le préfet du Territoire de Belfort ;

- les observations de Mme A, assistée d'un interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 21 mars 1993, ressortissante algérienne, a déclaré être entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2020. Elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement par le préfet du Doubs le 17 février 2023, à laquelle elle s'est soustraite. Le 27 janvier 2024, elle a été interpellée et placée en garde à vue par les services de police de Belfort pour des faits de vol en réunion. Par un arrêté du 28 janvier 2024, le préfet du Territoire de Belfort lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Placée en rétention administrative et non pas assignée à résidence comme elle l'indique par erreur, Mme A conteste cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions contestées. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte, toutefois, également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui avait déjà été entendue le 17 février 2023 sur une possible obligation de quitter le territoire et avait pu présenter des observations, a été, lors de l'audition du 27 janvier 2024, à nouveau entendue en présence d'un avocat et mise en mesure de présenter des observations préalables à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Elle ne dit pas en quoi la procédure aurait été déloyale à son égard. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue, qu'elle tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Mme A, célibataire et sans charge de famille, a déclaré être entrée en France en 2020. Si elle soutient résider chez une amie à Montbéliard et avoir une sœur à Lyon, elle n'établit pas avoir tissé des liens personnels, stables et intenses sur le territoire français. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

7. Mme A soutient qu'elle ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public. Pour prononcer l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que la requérante, qui a déclaré être entrée en France irrégulièrement, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, d'autre part, sur la circonstance que son comportement représente un trouble à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée irrégulièrement sur le territoire français et n'établit pas être titulaire d'un titre de séjour. Si le préfet s'est également fondé sur la menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme A, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

9. Pour refuser à la requérante un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé d'une part sur la menace à l'ordre public, d'autre part sur la circonstance que le risque de fuite était établi. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui ne possède aucun document de voyage, a fait état, le 17 février 2023, de sa volonté de se maintenir en France et s'est soustraite à une première mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer, pour ce seul motif, qu'il existerait un risque que l'intéressée se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de fuite doit être écarté.

10. En second lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par Mme A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écartée.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

12. En se bornant à alléguer, sans davantage de précision, que son retour en Algérie l'expose à des traitements contraires à l'article 3 susmentionné, la requérante n'établit pas la réalité des risques qu'elle prétend encourir. Dans ces conditions, le moyen tiré de méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

13. En troisième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par Mme A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a une présence en France très récente, est célibataire et sans charge de famille et ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. En se bornant à soutenir que le préfet n'a pas tenu compte de la présence en France de membres de sa famille, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'an, et aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

16. En second lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par Mme A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A à l'encontre de l'arrêté du 28 janvier 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être reconduite et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet du Territoire de Belfort.

Lu en audience publique, le 6 février 2024 à 15h37.

Le magistrat désigné

D. Marti

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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