vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | AIRIAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 14 février 2024, M. F D, représenté par Me Airiau, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges et l'a astreint à se présenter les lundis, mercredis et samedis, y compris les jours fériés entre 9 heures et 11 heures à l'hôtel de police de Saint-Dié-des-Vosges ;
4°) d'enjoindre à la préfète compétente, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, le tout sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la préfète a méconnu son droit à être entendu en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave à ses intérêts et porte atteinte à sa vie privée ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen de sa situation ;
- le préfet a méconnu son droit à être entendu en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit tant en ce qui concerne la durée de l'assignation que l'obligation de se présenter aux services de police ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien né le 2 février 1975, est entré en France, selon ses déclarations, en 2015 sous le nom de B E né le 14 avril 1971 pour y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date respectivement du 21 décembre 2017 et du 12 juin 2018. Par un arrêté notifié le 21 août 2018, le préfet des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé par le requérant contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy le 28 septembre 2018. Par une décision contestée du 25 mai 2021, le préfet des Vosges a refusé de l'admettre au séjour en France, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le recours formé contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 23 septembre 2021. A la suite d'un contrôle routier qui a révélé sa situation irrégulière au regard de son droit au séjour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 1er février 2024, obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt mois. Par un arrêté du même jour, la préfète des Vosges a assigné l'intéressé à résidence dans le département des Vosges et l'a astreint à se présenter les lundis, mercredis et samedis, y compris les jours fériés entre 9 heures et 11 heures à l'hôtel de police de Saint-Dié-des-Vosges. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions prises par la préfète de Meurthe-et-Moselle :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :
4. L'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision d'éloignement. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du compte rendu d'entretien individuel mené à l'occasion de sa retenue pour vérification de son droit au séjour que M. D a été informé de ce que l'autorité préfectorale était susceptible de l'obliger à quitter le territoire français et qu'il a alors été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que la préfète s'abstienne de prendre une mesure d'éloignement. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D et son épouse, également en situation irrégulière, sont présents en France depuis 2015, que leur dernière enfant y est née et que leurs trois enfants y ont été ou y sont scolarisés. Toutefois, le requérant n'établit ni même n'allègue disposer d'autres attaches privées ou familiales sur le territoire français, les attestations produites étant peu circonstanciées, et il ne justifie d'aucune perspective d'intégration professionnelle. Il n'établit en revanche pas être dépourvu de liens en Arménie où il a vécu la majorité de son existence, où il n'est pas contesté que vivent sa mère et son frère et où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. Si M. D se prévaut de l'intégration de ses enfants en France, il ne ressort aucunement des pièces du dossier que ses deux derniers enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité hors de France. La seule circonstance que sa fille aînée, majeure et en recherche d'emploi, soit titulaire d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 3 août 2025, ne suffit pas, par elle-même, à établir que la préfète aurait méconnu les stipulations précitées. Dans ces conditions, et nonobstant la durée du séjour du requérant en France, la décision en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. En se bornant à soutenir qu'il accomplit des efforts importants d'intégration dans la société française et que la décision en litige porte une atteinte grave à ses intérêts et à sa vie privée, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut par suite qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
10. Les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait fondée sur une décision illégale. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
12. Si la légalité d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas subordonnée à la réunion simultanée des quatre critères énumérés par les dispositions légales qui précèdent, il incombe à l'autorité compétente d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
13. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt mois, la préfète de Meurthe-et-Moselle a comparé les trente-neuf premières années passées par M. D dans son pays d'origine avec la durée de son séjour en France, a relevé qu'il ne peut pas se prévaloir de l'intensité des liens qu'il aurait tissés sur le territoire français, est sans attache hormis son frère et la famille de ce dernier, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et que, dans ces conditions, et en l'absence de circonstances humanitaires, l'interdiction de retour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Toutefois, M. D était présent en France depuis neuf années à la date de la décision de la préfète et ne présente, ainsi que l'a également relevé la préfète aucun trouble à l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que sa fille aînée, entrée sur le territoire français avec ses parents en 2015, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 4 août 2023 valable jusqu'au 3 août 2025. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble des critères énoncés par les dispositions précitées et eu égard à ses effets, la décision de la préfète de Meurthe-et-Moselle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt mois est entachée d'une erreur d'appréciation et doit, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués à l'encontre de cette décision, être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence prise par la préfète des Vosges :
14. En premier lieu, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 4 octobre 2023, la préfète des Vosges a donné délégation de signature à Mme A C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la direction de la citoyenneté et de la légalité, aux fins de signer toutes décisions dans les matières entrant dans ses attributions à l'exclusion de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement sont motivées ".
16. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant assignation à résidence prononcée à l'encontre du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
18. En se bornant à soutenir que la mesure l'obligeant à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Saint-Dié-des-Vosges est disproportionnée, M. D n'apporte pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la disproportion de la mesure l'obligeant à se présenter aux services de police ne peuvent qu'être écartés.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle en date du 1er février 2024 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt mois, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte du requérant doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 1er février 2024 est annulé en tant qu'il interdit à M. D de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt mois.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à la préfète des Vosges et à Me Airiau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLe greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à la préfète des Vosges en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026