jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 février 2024 et le 7 mars 2024 et un mémoire enregistré le 10 juin 2024 et non communiqué, Mme F C, représentée par Me Niango, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du recteur de l'académie de Nancy-Metz du 22 juin 2023, ensemble la décision du 17 septembre 2023 portant rejet du recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nancy-Metz de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que, d'une part, la même inspectrice a participé aux deux évaluations sur lesquels l'administration s'est fondée pour prendre la décision contestée et, d'autre part, une psychologue a participé aux évaluations, sans qu'elle ait donné son consentement ;
- les inspecteurs qui ont procédé au contrôle ont manqué à leur obligation de neutralité et d'impartialité ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la qualité de l'instruction délivrée à la fille de la requérante ; les méthodes d'instruction sont les mêmes que celles délivrées à son frère qui bénéficie également d'une instruction en famille ; sa fille a été évaluée par une inspectrice du secondaire et non du primaire ; le niveau évalué l'était pas celui d'une élève de cours moyen deux ; l'évaluation effectuée l'année précédente était positive ; les pièces qu'elle a apportées n'ont pas été prise en considération ;
Par un mémoire enregistré le 19 février 2024 et un mémoire enregistré le 11 mars 2024 et non communiqué, le recteur de l'académie de Nancy-Metz conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la circulaire du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports du 14 avril 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, élève avocat, sous la supervision de Me Niango représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a bénéficié, pour les années scolaires 2019-2020 à 2022-2023, d'une autorisation d'instruction en famille pour sa fille B, née en 2011. Au cours de l'année scolaire 2022-2023, deux contrôles pédagogiques ont été effectués, qui ont conclu à l'insuffisance de l'instruction délivrée à cette enfant. Par courrier du 22 juin 2023, le directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) de Meurthe-et-Moselle a mis en demeure Mme C d'inscrire sa fille dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé. L'intéressée a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 17 septembre 2023. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2023, ensemble décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation : " () L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an, à partir du troisième mois suivant la délivrance de l'autorisation prévue au premier alinéa de l'article L. 131-5, faire vérifier, d'une part, que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille et, d'autre part, que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. A cet effet, ce contrôle permet de s'assurer de l'acquisition progressive par l'enfant de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire. Il est adapté à l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap ou un trouble de santé invalidant, à ses besoins particuliers. / Le contrôle est prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation selon des modalités qu'elle détermine. Il est organisé en principe au domicile où l'enfant est instruit. Les personnes responsables de l'enfant sont informées, à la suite de l'autorisation qui leur est accordée en application du premier alinéa de l'article L. 131-5, de l'objet et des modalités des contrôles qui seront conduits en application du présent article. / Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. Elles sont également avisées des sanctions dont elles peuvent faire l'objet, au terme de la procédure, en application du premier alinéa de l'article 227-17-1 du code pénal. / Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. Les personnes responsables ainsi mises en demeure sont tenues de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire suivant celle au cours de laquelle la mise en demeure leur a été notifiée () ".
3. Les contrôles diligentés, en vertu de l'article L. 131-10 du code de l'éducation, par l'autorité compétente en matière d'éducation ont pour objet de vérifier, afin que soit effectivement garanti le droit à l'instruction de chaque enfant, que l'instruction d'un enfant dans la famille permet l'acquisition progressive par celui-ci de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire et son caractère approprié au regard de l'âge de l'enfant, et le cas échéant, en cas de trouble de santé invalidant, à ses besoins particuliers. Lorsque les résultats du second contrôle de l'instruction d'un enfant dans la famille sont jugés insuffisants, il appartient, en principe, à l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, dans l'intérêt même de l'enfant et afin d'assurer son droit à l'instruction, de mettre en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé.
4. En premier lieu, la décision contestée est signée par M. G D, qui a été nommé directeur académique des services de l'éducation nationale de la Meurthe-et-Moselle, à compter du 1er novembre 2022, par décret du président de la République du 28 octobre 2022, publié au journal officiel de la république française du lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de la circulaire du 14 avril 2017 susvisée : " Pour les enfants relevant du niveau primaire, l'IA-Dasen procède au contrôle ou désigne à cette fin un inspecteur de l'éducation nationale. / Pour les enfants relevant du niveau secondaire, l'IA-Dasen saisit le recteur d'académie pour qu'il désigne des membres des corps d'inspection. / S'agissant du premier et du second degrés, les inspecteurs peuvent se faire assister, en tant que de besoin, par un psychologue de l'éducation nationale. Pour préparer et participer aux contrôles, des équipes pédagogiques peuvent venir en appui des inspecteurs. À cette fin, il peut être fait appel aux conseillers pédagogiques et à des professeurs volontaires, missionnés par l'IA-Dasen. Ils peuvent préparer les outils et les situations pédagogiques en vue du contrôle et participer à la rédaction du bilan du contrôle. / En fonction des besoins, les autorités académiques sont invitées à développer une mutualisation des moyens humains entre les circonscriptions d'un département ou entre les départements d'une même académie afin d'améliorer le calendrier et la périodicité des contrôles ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année scolaire 2022-2023, la fille de la requérante était âgée de douze ans et relevait du cycle 3 de formation, recouvrant les classes de cours moyen 1, cours moyen 2 et de sixième. Pour mettre en demeure Mme C d'inscrire sa fille au sein d'un établissement scolaire, le recteur de l'académie de Nancy-Metz s'est fondé sur les conclusions des contrôles réalisés le 23 mars 2023 et le 13 juin 2023. Le premier contrôle a été réalisé par Mme E I, chargée de mission pour l'inspection pédagogique régionale de Lettres et inspectrice du second degré et par Mme J H, inspectrice de l'éducation nationale du premier degré. La seconde évaluation a été réalisée par Mme E K, inspectrice pédagogique régionale de mathématiques et inspectrice du second degré également assistée de Mme J H. Si la requérante soutient que Mme H a participé aux deux contrôles, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que le deuxième contrôle doive être assuré par une personne différente de celles ayant effectué le premier contrôle. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'une psychologue a assisté aux contrôles, sans son consentement, il ressort des dispositions de la circulaire précitée que les inspecteurs de l'éducation nationale ont la possibilité, en tant que de besoin, de se faire assister par ce professionnel. Par suite, la participation de ce professionnel, contestée en défense, à la supposer même établie, n'est pas de nature à vicier les opérations de contrôle.
7. En troisième lieu, si la requérante soutient que les différents inspecteurs ayant procédé au premier et au second contrôle ont manqué à leur obligation de neutralité et d'impartialité, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de ses allégations.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 131-12 du code de l'éducation : " Pour les enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille ou dans les établissements d'enseignement privés hors contrat, l'acquisition des connaissances et des compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et doit avoir pour objet d'amener l'enfant, à l'issue de la période de l'instruction obligatoire, à la maîtrise de l'ensemble des exigences du socle commun. La progression retenue doit être compatible avec l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap tel que défini à l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles, avec ses besoins particuliers, tout en tenant compte des choix éducatifs effectués par les personnes responsables de l'enfant et de l'organisation pédagogique propre à chaque établissement. ". Aux termes de l'article R. 131-13 du même code : " Le contrôle de la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire, en tenant compte des méthodes pédagogiques retenues par l'établissement ou par les personnes responsables des enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille ". Aux termes de l'article R. 131-14 du même code : " Lorsque l'enfant reçoit l'instruction dans la famille, le contrôle de l'acquisition des connaissances et compétences prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation se déroule sous la forme d'un entretien avec au moins l'une des personnes responsables de l'enfant soumis à l'obligation scolaire, le cas échéant en présence de ce dernier. Les personnes responsables de l'enfant précisent notamment à cette occasion la démarche et les méthodes pédagogiques qu'elles mettent en œuvre. Afin d'apprécier l'acquisition par l'enfant des connaissances et des compétences mentionnées aux articles R. 131-12 et R. 131-13, l'une au moins des personnes responsables de l'enfant présentent à la personne chargée du contrôle des travaux réalisés par l'enfant au cours de son instruction et l'enfant effectue des exercices écrits ou oraux, adaptés à son âge et à son état de santé ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, lors du contrôle du 13 juin 2023, les inspecteurs de l'éducation nationale ont constaté que, malgré les recommandations faites à l'occasion du premier contrôle, de nombreuses connaissances et compétences attendues en fin de cycle 3 n'étaient pas travaillées, ce qui mettait l'enfant dans l'incapacité de progresser. Les évaluations pratiquées ont conduit les inspecteurs à estimer que la fille de la requérante ne bénéficiait pas d'une instruction à domicile lui permettant d'acquérir la plupart des connaissances et des compétences attendues en fin de cycle 3. Si la requérante soutient que sa fille a été évaluée par une inspectrice du secondaire et non du primaire si bien que le niveau évalué n'était pas celui d'une élève de cours moyen deux et que les pièces qu'elle a apportées n'ont pas été prises en considération, ces affirmations, en l'absence de tout élément de nature à les justifier, ne sauraient démontrer que le recteur n'a pas procédé à un examen complet de la situation de sa fille, ni remettre en cause les conclusions de l'inspection réalisée le 13 juin 2023. Par ailleurs, si la requérante soutient que les méthodes d'instruction sont les mêmes que celles délivrées à son frère qui bénéficie également d'une instruction en famille et que l'évaluation effectuée l'année précédente était positive, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation faite par le recteur quant au caractère suffisant de l'instruction dispensée à la fille de la requérante.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie pour information sera adressée au recteur de l'académie de Nancy-Metz.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2400326
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026