lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LEMONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 et 9 février 2024, M. C B, placé au centre de rétention de Metz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son égard une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, qui renonce dans cette hypothèse au bénéfice de la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté attaqué était incompétent pour en être le signataire ;
- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
-elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas de menace à l'ordre public ni de risque de fuite ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son principe, dès lors qu'il encourt des risques en Algérie, et quant à sa durée ;
- cette même décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel de solliciter l'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le rapport de M. Di Candia a été entendu au cours de l'audience publique.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné,
- les observations de Me Lemonnier, avocate commise d'office pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en indiquant que M. B a un projet de mariage avec la personne qui l'héberge, qu'il conteste la matérialité des infractions qui lui sont reprochées, et qu'il a été contraint de quitter l'Algérie ;
- les observations de M. E, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures en relevant que M. B n'a entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation, qu'il a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de violences conjugales, que les auditions de sa compagne et lui-même au moment de sa garde à vue ne révèlent pas un projet de vie commune, que sa demande d'asile a été rejetée en Allemagne ;
- et les observations de M. B lui-même, assisté d'un interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 15h33, à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, de nationalité algérienne, déclare être entré en France en 2021. Interpellé et placé en garde à vue le 31 janvier 2024 pour des faits de violences conjugales, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Haut-Rhin du 1er février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, assorti d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D A, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions relatives notamment à la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué dans son ensemble doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent l'ensemble des décisions.
4. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il est hébergé chez une personne résidant à Saint-Louis. Toutefois, si l'intéressé fait valoir qu'il nourrit un projet de vie commune avec elle, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination porteraient atteinte à sa vie privée et familiale doit être écarté.
5. En quatrième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
6. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Haut-Rhin a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. B sur le fondement du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif pris de ce qu'il n'avait entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, sur le fondement du 2° du même article, motif pris de ce qu'il s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire français, et sur le fondement du 8° du même article, faute pour l'intéressé de disposer d'un logement et d'un passeport authentique et valide. M. B ne peut donc utilement faire valoir, à l'appui de la contestation de cette décision, que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public. A supposer qu'en faisant valoir qu'il était hébergé chez une personne à Saint-Louis, M. B ait entendu contester le fait qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective, il ne conteste pas les autres motifs à raison desquels le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait à tort regardé comme établi le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut donc qu'être écarté.
8. En sixième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
9. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".
10. En se bornant à soutenir qu'il serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine, le requérant ne produit aucun élément sérieux de nature à démontrer l'existence de risques qu'il puisse subir un traitement prohibé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens tirés de sa méconnaissance et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants doivent donc être écartés.
11. En huitième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour.
12. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave à l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
13. En se bornant à se prévaloir des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, qui ne sont pas établis, M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par ailleurs, l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales. Si l'intéressé conteste ses autres mises en cause depuis son entrée sur le territoire en 2021, il n'oppose de telles dénégations pour la première fois qu'à l'audience. Il n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à contester les faits de violences conjugales à raison desquelles il a été placé en garde à vue. Enfin, M. B, n'est entré en France que très récemment et ne justifie d'aucun autre lien sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction du territoire prise à son encontre, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
14. En dernier lieu, M. B a pu solliciter l'asile depuis son entrée sur le territoire français et ne justifie d'aucune démarche. Le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour porte atteinte à son droit constitutionnel de solliciter l'asile ne peut en tout état de cause qu'être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué 1er février 2024 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lemonnier et au préfet du Haut-Rhin.
Lu en audience publique le 12 février 2024 à 17 heures 04.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026