vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400330 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 février 2024 à 11 heures 37 et 5 février 2024, Mme C D, représentée par Me Jacquin demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 26 janvier 2024 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assignée à résidence sur le territoire de la Meurthe-et-Moselle ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile " procédure normale " et de lui remettre un formulaire de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités autrichiennes :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- elle n'a pas été informée de l'application du règlement Dublin lors du dépôt de sa demande d'asile en France en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ce qui l'a privée d'une garantie ;
- la préfète doit justifier de la demande de prise en charge adressée aux autorités autrichiennes dans les conditions fixées par les articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision a été prise en méconnaissance des articles 10 et 11 du règlement n° 604/2013 dès lors que sa fille a déposé une demande d'asile en France qui est en cours d'instruction ; son époux a également déposé une demande d'asile en France ;
- elle ne saurait être séparée de sa fille sans qu'il soit porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle présente des problèmes de santé et son fils est en cours de diagnostic médical ;
- l'État français pouvait décider d'étudier sa demande d'asile en application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- la décision n'est pas motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé ;
- l'obligation de pointage qui lui est faite n'est pas nécessaire et proportionnée et porte atteinte à son droit de circulation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean,
- les observations de Me Jacquin, représentant Mme D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste sur le fait d'une part, que la décision est stéréotypée et par suite, insuffisamment motivée, d'autre part, que sa fille et elles sont arrivées en France respectivement les 23 novembre 2023 et 26 décembre 2023, le décalage minime n'étant dû qu'à des contingences liées à leur parcours migratoire, et que, contrairement à ce que soutient la préfète en défense, son époux a sollicité l'asile en France ; il est alors produit une attestation de demande d'asile au nom de M. D ;
- et les observations de Mme D, assistée d'un interprète en langue turque.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante turque née le 15 avril 1984, est entrée en France le 26 décembre 2023 selon ses déclarations pour y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Lors du dépôt de sa demande d'asile auprès du guichet unique de la préfecture de la Moselle le 29 décembre 2023, la consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que ses empreintes avaient été relevées le 22 décembre 2023 en Autriche. Les autorités autrichiennes, sollicitées le 15 janvier 2024, ont expressément accepté le 17 janvier 2024 la reprise en charge de l'intéressée. Par un arrêté du 26 janvier 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer Mme D aux autorités autrichiennes responsables de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, elle a assigné la requérante dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreinte à se présenter accompagnée de ses enfants mineurs les mercredis hors jours fériés entre 9 heures et 11 heures à l'hôtel de police de Nancy. Par la requête susvisée, Mme D demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert :
4. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par Mme B E, cheffe du pôle régional Dublin, à laquelle la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 26 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 précité. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile ;
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a attesté par sa signature s'être vue remettre, le 29 décembre 2023, par les services de la préfecture de la Moselle le guide du demandeur d'asile ainsi que les brochures, intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue turque qu'elle a déclaré comprendre. Ces derniers documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 précité de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont ainsi permis à la requérante de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier Eurodac le 29 décembre 2023 a révélé que Mme D avait sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes, que ces autorités ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 15 janvier 2024 et que les autorités autrichiennes ont explicitement donné leur accord à cette reprise en charge le 17 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il appartient à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de justifier de la demande de prise en charge auprès des autorités autrichiennes et de la réponse apportée par ces autorités ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne également que la consultation du fichier Eurodac a révélé que Mme D avait sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes, que ces autorités ont été saisies d'une demande de reprise en charge et que celles-ci ont explicitement donné leur accord à cette reprise en charge en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604-2013. Enfin, sont repris les éléments propres à la situation personnelle de Mme D exposés lors de l'entretien individuel qui a eu lieu à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile. L'arrêté contesté comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision attaquée et le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 11 du même règlement : " Lorsque plusieurs membres d'une famille et/ou des frères ou sœurs mineurs non mariés introduisent une demande de protection internationale dans un même État membre simultanément, ou à des dates suffisamment rapprochées pour que les procédures de détermination de l'État membre responsable puissent être conduites conjointement, et que l'application des critères énoncés dans le présent règlement conduirait à les séparer, la détermination de l'État membre responsable se fonde sur les dispositions suivantes : / a) est responsable de l'examen des demandes de protection internationale de l'ensemble des membres de la famille et/ou des frères et sœurs mineurs non mariés, l'État membre que les critères désignent comme responsable de la prise en charge du plus grand nombre d'entre eux ; / b) défaut, est responsable l'État membre que les critères désignent comme responsable de l'examen de la demande du plus âgé d'entre eux ". Aux termes de l'article 2 du même règlement : " on entend par : / () " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur () / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national ; / () ".
10. Si Mme D soutient que son époux a sollicité l'asile en France, il ressort des pièces du dossier qu'il détient une attestation de demande d'asile au titre du réexamen en procédure accélérée de celle-ci. M. D a ainsi nécessairement fait l'objet d'une première décision sur le fond. Alors en outre que Mme D a indiqué à la barre que son époux était entré en France en mars 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que les demandes d'asile des deux époux aient été déposées simultanément ou à des dates suffisamment rapprochées. Dans ces conditions, la requérante ne peut se prévaloir des dispositions précitées des articles 10 et 11 du règlement du 26 juin 2013 au regard de la demande d'asile de son époux. Par ailleurs, s'il est constant que la fille, majeure, de M. et Mme D, A, a déposé en France une première demande d'asile le 23 novembre 2023 qui est en cours d'instruction en procédure normale, une telle circonstance n'a pas non plus pour effet d'inclure la requérante dans les prévisions des dispositions précitées des articles 10 et 11 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
11. En sixième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, il n'est pas établi que la situation de la requérante entrerait dans les prévisions des articles 10 et 11 du règlement du 26 juin 2013. Le moyen tiré d'une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale au motif qu'elle pourrait être séparée de sa fille, au regard de ces dispositions ne peut, par suite, qu'être écarté.
12. En septième lieu, si Mme D fait valoir qu'elle souffre d'hypertension et que les premiers diagnostics médicaux relatifs à son fils aîné font ressortir une suspicion de troubles autistiques, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que leur état de santé ferait obstacle à leur transfert en Autriche, en les empêchant de voyager ou en risquant de ne pas y faire l'objet de prises en charge médicales appropriées.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
14. En se bornant à soutenir que l'État aurait pu mettre en œuvre la dérogation prévue par l'article 17 du règlement précité, la requérante n'établit pas que ce dernier aurait dû déroger aux critères d'établissement de l'État-membre responsable.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
16. L'arrêté assignant Mme D à résidence vise notamment les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé fait l'objet d'une décision ordonnant son transfert aux autorités autrichiennes qui ont donné leur accord pour sa reprise en charge et que son transfert demeure une perspective raisonnable. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
17. En deuxième lieu, alors en tout état de cause qu'une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif ne sont pas de nature à en affecter la légalité, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'assignation à résidence est dépourvue de base légale faute d'avoir visé l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision en litige n'a pas été prise en application de cet article.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
19. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme D a fait l'objet, le 26 janvier 2024, d'une décision de la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin ordonnant son transfert aux autorités autrichiennes, qui ont expressément accepté sa prise en charge. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que l'exécution de cette mesure d'éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable, dans le délai de l'assignation à résidence prononcée. Si la requérante conteste le caractère nécessaire de la décision d'assignation à résidence en l'absence de risque de fuite et compte tenu de ses garanties de représentation, cet argument est sans incidence sur la légalité d'une telle décision dès lors que les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé de cette mesure à l'existence d'un tel risque. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
20. D'autre part, Mme D ne fait valoir aucun élément de nature à démontrer que les modalités des décisions l'assignant à résidence et l'obligeant à se présenter au commissariat porteraient une atteinte disproportionnée à sa liberté de circulation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
21. Enfin, Mme D fait valoir que la décision est illégale en ce qu'elle la contraint à se présenter à l'hôtel de police les mercredis entre 9 heures et 11 heures accompagnée de ses deux enfants mineurs. Ni les dispositions citées au point précédent, ni aucune disposition législative ou règlementaire ne font obstacle à ce que, pour assurer l'exécution de la décision de transfert, un ressortissant étranger assigné à résidence soit soumis à une obligation de pointage en présence de son enfant mineur. Si la requérante fait valoir que le comportement de son fils aîné rend particulièrement difficile leur présentation à l'hôtel de police, elle n'établit toutefois pas que les troubles autistiques dont il pourrait être atteint seraient un obstacle à sa présentation hebdomadaire dans les locaux de l'hôtel de police de Nancy.
22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est fondée à demander l'annulation ni de l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités autrichiennes, ni de celui l'assignant à résidence. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :Mme D est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin et à Me Jacquin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLe greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026