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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400350

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400350

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 février 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. E A.

Par cette requête, enregistrée le 29 janvier 2024 à 12 heures 52, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 février 2024, M. E A, placé au centre de rétention de Metz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2024, notifié le même jour à 15 heures 40, par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté contesté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est entaché de vice d'incompétence de son auteur ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle ne fait pas état du fait qu'après avoir obtenu à sa majorité un titre de séjour, il a effectué une nouvelle demande de titre de séjour en juin 2023 alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire du Havre, laquelle est en cours d'instruction auprès des services de la préfecture de Bobigny ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Agnès Bourjol, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourjol, magistrate désignée,

- les observations de Me Nicolas, avocate commis d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui insiste sur :

. l'obligation de quitter le territoire français contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est arrivé en France à l'âge de quatre ans au titre du regroupement familial ; depuis le décès de ses grands-parents et alors qu'il n'a plus de lien avec son père, le centre de ses intérêts se situe en France, où réside sa mère, et son frère, qui l'héberge ; il fait l'objet d'un suivi par les services d'insertion et de probation depuis sa libération.

- les observations de M. A ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Marne, qui conclut au rejet de la requête de M. A, reprend les moyens du mémoire en défense et fait valoir que le requérant ne justifie pas être en attente du traitement de sa demande de titre de séjour, dont il ne justifie pas le dépôt à la préfecture de Bobigny ; à supposer que le requérant ait fait une demande de titre de séjour, il demande une substitution de base légale en faisant valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur le 2° de celui-ci.

- et les observations en réplique de Me Nicolas, avocate commise d'office représentant M. A, qui n'émet pas d'observations à la demande de substitution de base légale sollicitée à l'audience par M. F, représentant le préfet de la Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant sénégalais né le 18 mai 1999, a déclaré être entré sur le territoire français au titre du regroupement familial à l'âge de quatre ans. Devenu majeur, il s'est maintenu en France en situation irrégulière. Par un arrêté du 27 janvier 2024, le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A, placé en rétention administrative au centre de Metz, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs de légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 16 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Marne a donné délégation à M. B C, sous-préfet de l'arrondissement de Reims, à l'effet notamment de signer les décisions relatives à l'éloignement des ressortissants étrangers pendant leurs permanences. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du tableau des permanences de la préfecture de la Marne que M. C était de permanence au moment de l'adoption de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, en particulier les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'arrêté contesté vise le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé n'entre pas dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français tels que définis par l'article L. 611-3 du même code. Il indique les conditions de l'entrée et de séjour en France de M. A et mentionne également différents éléments de la situation personnelle de l'intéressé, notamment qu'il est entré en France de manière irrégulière, de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public compte tenu des condamnations pénales récentes et répétées, de ce qu'il ne présente pas de garantie de représentation suffisante, et s'est précédemment soustrait à deux mesures d'éloignement, pour lui refuser tout délai de départ volontaire. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté contesté, qui vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il fait état de ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale dès lors que M. A, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Sénégal. L'arrêté précise également que la durée de l'interdiction de retour ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de ce qu'il ne fait pas état de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle mesure. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de lui avoir notifié cet arrêté dans une langue qu'il comprend. Toutefois, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".

6. Il résulte de ces dispositions que, si la demande d'un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejeté, la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'intervenir à son encontre doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour, donc sur la base légale prévue au 3° de l'article L. 611-1 susmentionné du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Marne s'est fondé sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, M. A soutient que le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit, en mentionnant à tort qu'il n'aurait entamé aucune démarche afin de régulariser sa situation alors qu'il allègue avoir entamé des démarches en vue de la régularisation de sa situation et avoir fait une demande de titre de séjour. L'intéressé produit la copie d'une " demande de renouvellement de titre de séjour ", datée du 16 juillet 2023, qu'il a adressé aux services de la préfecture de Seine Saint-Denis alors qu'il était détenu au centre pénitentiaire du Havre. Le préfet reconnaît à l'audience que le requérant doit être regardé comme s'étant vu refuser un titre de séjour, né du silence gardé par le préfet sur sa demande. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'il n'entrait pas dans le cas prévu au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que la décision attaquée portant obligation à M. A de quitter le territoire français doit nécessairement être regardée comme fondée sur ce refus de titre de séjour et donc sur la base légale prévue au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

9. Le préfet de la Marne sollicite que soient substituées aux dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celles du 3° du même article. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le préfet de la Marne ne pouvait fonder sa décision sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de ce qu'un refus implicite de délivrance d'un titre de séjour avait antérieurement été opposé à M. A. Ainsi la décision portant obligation de quitter le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celle du 2° du même article du même code dès lors qu'en l'espèce, cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que le préfet disposait du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant soutient être en France depuis l'âge de quatre ans, toutefois, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis sa majorité, s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2018 et en 2021 et a été interpellé à de nombreuses reprises pour des faits d'usages de stupéfiants, et outrage envers une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, faits pour lesquels il a été condamné le 4 juin 2019 à une peine d'emprisonnent de quatre mois par le tribunal correctionnel de Bobigny, pour violences physiques sur une personne dont il est ou a été le conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité sous l'emprise de stupéfiants, faits pour lesquels il a été condamné le 9 décembre 2020 à une peine d'emprisonnent de neuf mois par la Cour d'appel de Versailles, puis détérioration, faits pour lesquels le tribunal correctionnel d'Evreux. M. A a été condamné par le tribunal correctionnel d'Evreux le 28 décembre 2021 à un emprisonnement délictuel de six mois avec interdiction de port ou de détention d'arme pendant une durée de deux ans, pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, menaces de mort et atteinte aux biens dangereuses pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et outrage, offre ou cession non autorisées de stupéfiants, récidive et usage de produits stupéfiants. M. A a également été condamné par le tribunal correctionnel d'Evreux le 9 février 2022 pour trafic de stupéfiants en récidive à une peine d'emprisonnement de huit mois et, le 22 avril 2022 à une amende pour dégradation de biens publics. Si M. A, qui est célibataire et sans personne à charge, se prévaut de la présence sur le territoire de sa mère, et de ses frère et sœur, il n'établit ni même n'allègue entretenir des liens avec ces derniers, en admettant le lien de filiation allégué. Dans ces conditions, et alors même qu'il serait entré en France en 2003 sous couvert d'un regroupement familial, il ne justifie pas y avoir séjourné de manière régulière, tandis qu'il s'est présenté comme célibataire lors de son audition par les services de police de Reims le 26 janvier 2024, et qu'il est sans ressources. Dans ces conditions, compte tenu de la menace pour l'ordre public que le comportement de M. A représente et des conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Marne aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision de refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation de visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. Le requérant soutient que le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il présentait un risque de fuite et que son comportement constituait une menace de trouble à l'ordre public. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis sa majorité, et s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2018 et en 2021 et a commis plusieurs infractions sur le territoire pour lesquelles il a été condamné entre juin 2019 et avril 2023, en particulier pour usage et trafic de stupéfiants en récidive, vol aggravé, outrage et menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique, violences aggravées sur conjoint, rébellion, détention d'armes, et dégradations de biens publics. Quand bien même le requérant justifie avoir entamé des démarches en vue de régulariser sa situation au sens du 2° de L. 612-3 précité, le préfet de la Marne pouvait faire application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en estimant qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Il s'ensuit que cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de renvoi serait dépourvue de base légale doit être écarté.

15. En deuxième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Dans ces conditions cette décision ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet de la Marne a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

19. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2018 et en 2021 et que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même qu'il compterait en France sa mère et ses frère et soeur, avec lesquels il ne justifie entretenir aucun lien, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Marne, en prenant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, aurait fait une inexacte application des dispositions précitées, ni entaché sa décision d'erreur de fait.

20. En quatrième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure et, par suite, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit, pour une durée de trois ans, tout retour sur le territoire français. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Marne.

Lu en audience publique le 13 février 2024 à 14 heures 54.

La magistrate désignée,

A. Bourjol

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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