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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400353

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400353

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2024 à 7 heures 10, M. A C, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant renonciation par son conseil à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte est incompétent faute d'avoir reçu une délégation de signature ;

- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen individuel et sérieux de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean,

- et les observations de Me Pereira, substituant Me Grosset, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste d'une part, sur l'aide que sa présence apporte à son père atteint de graves troubles cognitifs et à sa mère, qui est l'aidant familial principal mais dont l'emploi ne lui permet pas d'être présente en permanence auprès de son époux, d'autre part, sur la circonstance que les conditions d'assignation à résidence ne lui permettent pas de suppléer sa mère en ce sens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 16 mai 1993, est entré en France en août 2022 afin de demander la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 décembre 2022. Par un arrêté du 3 avril 2023 pris sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a alors fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé par le requérant contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 9 juin 2023. Par un arrêté du 4 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé d'assigner M. C à résidence sur le territoire du département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés à 9 heures 30 auprès des services de la police de Nancy. Par la requête susvisée, M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, dès lors que sa requête a été présentée par l'intermédiaire d'un avocat et qu'elle est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté est signé par Mme B, sous-préfète directrice de cabinet, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature pour signer la décision en litige par un arrêté du 29 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir, préalablement à la notification de la décision en litige, ses observations spécifiques sur les impératifs de la vie quotidienne faisant obstacle à une telle restriction de ses mouvements ainsi qu'à une telle fréquence de pointage en méconnaissance des droits de la défense et qu'il a vainement sollicité un entretien auprès des services préfectoraux. Il n'établit cependant pas, contrairement à ses allégations, avoir vainement sollicité un entretien, ni avoir été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la mesure d'assignation à résidence. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments relatifs à l'état de santé de son père auraient, notamment eu égard aux obligations de pointage auxquels il est astreint, été de nature à faire obstacle à la décision contestée s'ils avaient été portés à la connaissance de la préfète. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne notamment qu'il existe une perspective raisonnable d'exécuter la décision de transfert vers l'Arménie, que la préfète, qui n'est pas tenue d'exposer toutes les circonstances de fait relatives à la situation de l'intéressé et a visé les éléments pertinents eu égard à l'objet de sa décision, aurait insuffisamment motivé sa décision ou se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".

La décision contestée, qui assigne M. C à résidence au sein du département de Meurthe-et-Moselle et l'astreint à se présenter deux fois par semaine à l'Hôtel de police de Nancy à 9 heures 30, n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du domicile de son père malade hors des périodes correspondant à son obligation de pointage, limitée à deux jours par semaine et à une heure où sa mère est susceptible, compte tenu de ses horaires de travail, d'être présente auprès de ce dernier. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont la décision en litige serait entachée ne peut, par conséquent, qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 février 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Grosset.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400353

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