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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400355

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400355

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. B A, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°)d'annuler la décision en date du 15 septembre 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°)d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°)de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu l'étendue de sa propre compétence ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet.

Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et indique en outre que la demande de titre de séjour a été présentée tardivement au regard des délais fixés par les articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, première conseillère,

- et les observations de Me Chaïb, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 8 août 1983, est entré en France, selon ses déclarations, le 21 septembre 2021, en provenance de Grèce où il avait obtenu le statut de réfugié. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 juin 2022, qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juillet 2023. Le 5 septembre 2023, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision du 15 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour. Par la requête susvisée, l'intéressé demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

3. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé ne pouvait être regardé comme résidant habituellement en France dès lors qu'un statut protégé lui avait été accordé dans un autre État de l'Union européenne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation en date du 28 septembre 2023 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. A est hébergé et pris en charge au centre d'hébergement Huda Nancy Arelia, situé 104 boulevard Émile Zola à Laxou (Meurthe-et-Moselle), au titre du dispositif national d'accueil du demandeur d'asile depuis le 24 novembre 2021. L'intéressé justifie ainsi résider habituellement en France au sens et pour l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité au motif que sa résidence habituelle n'était pas fixée en France, la préfète de Meurthe-et-Moselle a fait une inexacte application de ces dispositions.

4. En second lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

6. Pour établir que la décision attaquée était légale, la préfète de Meurthe-et-Moselle invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. A le 6 juin 2024, un autre motif, tiré de ce que, en méconnaissance des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A a présenté sa demande de titre de séjour pour soins tardivement. S'il ressort des pièces du dossier que les problèmes de santé liés à son oreille droite dont M. A fait état étaient connus dès son entrée en France et qu'il a fait l'objet d'un suivi pour une perforation tympanique et une infection à l'oreille droite depuis le mois de mars 2022 sans que leur aggravation ne soit établie, le requérant se prévaut également des troubles psychiques dont il souffre et qui ont été constatés pour la première fois lors de sa consultation au centre de psycho-traumatisme de Lorraine sud le 19 juin 2022, postérieurement au délai de trois mois suivant la notification, le 27 septembre 2021 de l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2. Ces éléments constituent une circonstance nouvelle qui justifiait que ce délai de trois mois ne puisse être opposé à M. A. Par suite, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondée à faire valoir que la demande de titre de séjour présentée par M. A pouvait être rejetée comme tardive. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif invoquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen des autres moyens de la requête, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que la préfète de Meurthe-et-Moselle procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer immédiatement à M. A un récépissé l'autorisant à résider sur le territoire français le temps de l'instruction de sa demande. Toutefois, conformément aux dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande du requérant tendant à ce que ce récépissé l'autorise à travailler doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaïb, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 15 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir immédiatement, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L'État versera à Me Chaïb la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaïb.

Délibéré après l'audience du 27 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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