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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400389

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400389

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantVAXELAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2024 à 12 heures 08 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 février 2024, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une interdiction de retour sur le territoire français inexistante,

- les observations de Me Vaxelaire, avocate commise d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens, et souligne que M. A est arrivé sur le territoire français en 2019 et qu'il y a développé une vie privée et familiale dès lors qu'il a eu une fille avec sa compagne, dont il produit l'acte de naissance,

- les observations de M. A,

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et insiste sur le fait que M. A a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécuté ; le requérant ne justifie d'aucune attache familiale sur le territoire français et n'établit pas être le père de l'enfant dont il produit l'acte de naissance ; l'intéressé est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet de plusieurs condamnations pour des faits de vol et de conduite sans permis ; M. A n'a jamais demandé l'asile et n'établit pas être personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Libye.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libyen né le 14 janvier 2002, est entré sur le territoire français en 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 1er février 2024, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

2. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté du 1er février 2024, ni d'aucune autre pièce du dossier, qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été édictée à l'encontre de M. A. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont dirigées contre une décision inexistante et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. B E, directeur de l'immigration et de l'intégration, auquel le préfet de la Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

5. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause.

7. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 22 janvier 2024, notifié à M. A le 1er février 2024, le préfet de la Moselle a informé le requérant qu'il était susceptible, à sa levée d'écrou, de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et l'a invité à présenter ses observations sur cette mesure d'éloignement. M. A n'apporte aucun élément qui tendrait à démontrer que la procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent du fait des observations qu'il aurait été privé de faire valoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française et qu'il est le père d'un enfant de nationalité française, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur de fait en retenant que l'intéressé était célibataire et sans enfant.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. A est récente. Le requérant ne justifie d'aucune attache familiale sur le territoire français et n'établit pas être le père d'un enfant de nationalité française. L'intéressé ne justifie d'aucune intégration particulière et a au contraire été condamné à plusieurs reprises par la juridiction répressive à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol, vol en réunion et rébellion. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () "

16. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à plusieurs reprises, entre 2020 et 2023, à des peines d'emprisonnement pour des faits de vol, vol et réunion et rébellion. Le requérant est en outre défavorablement connu des services de police pour des faits de vol, de conduite d'un véhicule sans permis, d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, d'outrage à d'une personne dépositaire de l'autorité publique, de dégradation d'un bien et de détention et usage illicite de stupéfiants. Eu égard, à la gravité et au caractère répété de ces faits, le préfet de Moselle a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et, pour ce motif, lui refuser un délai de départ volontaire.

17. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de la Moselle a pu légalement considérer, que le requérant présentait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, et refuser, pour ce second motif, de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. M. A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait susceptible d'être personnellement exposé en se bornant à se prévaloir d'éléments généraux sur la situation géopolitique en Libye. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

21. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

24. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 15 février 2024 à 15 heures 02.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

M. DLa République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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