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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400415

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400415

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 février 2024, M. A B, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, la préfète s'étant comportée en situation de compétence liée en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire, elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire, elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 22 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,

- et les observations de Me Chaïb, substituant Me Lemonnier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 30 mai 2004 à Luanda en Angola, est entré régulièrement en France le 5 octobre 2018 avec sa mère et ses sœurs. Le 7 février 2024, après un contrôle des services de la police aux frontières, il s'est vu notifier un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant un retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions relatives au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 février 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions en litige :

3. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète de Meurthe et Moselle, après avoir constaté le refus de titre de séjour dont a fait l'objet M. B le 13 septembre 2022 et visé les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a examiné sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. S'agissant plus particulièrement de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, cet arrêté vise notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, ainsi que le souhait exprimé par le requérant de ne pas quitter le territoire français et l'absence de garanties de représentation suffisantes. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'allègue pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. S'agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, cet arrêté vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire et dans son pays d'origine et à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction. Alors que la préfète n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel elle fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de sa mère et de ses trois sœurs mineures, sa mère, qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement depuis le 7 septembre 2022, n'a pas vocation à demeurer sur le territoire français. Par ailleurs, la circonstance que la préfète a mentionné " deux frères " au lieu de " deux sœurs " ne constitue qu'une erreur matérielle qui n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision attaquée. En outre, la naissance de sa troisième sœur le 23 avril 2023, née de l'union de sa mère avec un ressortissant portugais dont il n'est ni allégué ni établi qu'il est en situation régulière sur le territoire français, ne justifie pas, à elle seule de l'existence d'une vie privée et familiale d'une particulière intensité en France. Enfin, nonobstant sa scolarisation en classe de terminale au lycée professionnel de Longlaville, M. B ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français depuis son arrivée en 2018, où il demeure célibataire et sans charge de famille. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète, qui ne s'est pas estimée en situation de compétence liée, n'a pas omis d'examiner sa situation avant d'édicter la mesure d'éloignement en litige et n'a pas omis d'apprécier s'il y avait lieu d'admettre au séjour M. B à titre discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu sa compétence en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire doit être écarté. Par ailleurs, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point qui précède, le moyen tiré de ce que la préfète aurait à tort refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". M. B soutient qu'il n'a pas connaissance d'une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 18 octobre 2022, notifié le même jour. Par suite, le moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. B soutient qu'il est exposé à des risques de violences domestiques de la part de son père ainsi que de sa famille paternelle en cas de retour dans son pays d'origine, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la réalité de ces risques. La seule circonstance que son père ferait l'objet de poursuites pénales en Angola ne peut suffire à caractériser un risque actuel et personnel de traitements contraires aux stipulations précitées. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par la police aux frontières le 7 février 2024, le requérant a déclaré que son père vivait à Clermont-Ferrand et non en Angola. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

11. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'est pas fondée et doit être rejetée.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

13. Il ressort des pièces du dossier que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an a été prononcée par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur le fondement des dispositions précitées, applicables lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Contrairement à ce que soutient M. B, au regard notamment des éléments de fait énoncés aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait fait une inexacte appréciation de sa situation personnelle et familiale en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et ce alors même que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnait les dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Lemonnier.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

A. Jouguet

Le président,

B. Coudert La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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