jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 12 février 2024 à 11 heures 49 sous le n°2400433, Mme B A, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assignée à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, ou à défaut, de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- les arrêtés en litige ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils sont insuffisamment motivés ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée en conséquence de cette illégalité ;
- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai de départ volontaire d'un mois ;
- l'assignation à résidence doit être annulée par exception d'illégalité ;
- cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.
II- Par une requête enregistrée le 12 février 2024 à 11 heures 51 sous le n°2400434, M. D A, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois
3°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, ou à défaut, de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête enregistrée sous le n°2400433.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sousa Pereira, qui informe les parties que le tribunal est susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle a méconnu le champ d'application de la loi en faisant application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que M. et Mme A n'ont fait l'objet d'aucune décision portant refus de séjour ;
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Des mémoires en défense ont été produits dans les instances par la préfète de Meurthe-et-Moselle, enregistrés le 20 février 2024 après la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiqués.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, de nationalité albanaise, sont entrés en France le 8 octobre 2021 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 28 janvier 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 3 juin 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 16 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français et les recours dirigés contre ces arrêtés ont été rejetés par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 5 juillet 2022. Par courrier réceptionné le 16 novembre 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de l'état de santé de leur fille C. Cette demande a été rejetée comme étant irrecevable à raison du caractère incomplet de leurs demandes et la préfète de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français, par des arrêtés du 30 août 2023. Ces arrêtés ont été annulés par le tribunal administratif de Nancy, par un jugement du 11 septembre 2023, dès lors qu'en l'absence de la naissance d'une décision implicite refusant le séjour aux intéressés, la préfète ne pouvait se fonder sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par quatre arrêtés des 24 et 29 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont ils ont la nationalité, leur a interdit le retour pendant une durée de douze mois et les a assignés à résidence sur le territoire de la métropole du Grand Nancy pendant une durée de quarante-cinq jours. Par les requêtes susvisées, M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".
5. Il ressort des pièces des dossiers que la préfète de Meurthe-et-Moselle, pour obliger M. et Mme A à quitter le territoire français, s'est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte d'une part, de ce qui a été dit au point 1 du présent jugement, qu'aucune décision implicite de refus de titre de séjour n'a pu naître à la suite des demandes de titre de séjour présentées par M. et Mme A, celles-ci ayant été déclarées irrecevables par le préfet à raison de leur caractère incomplet. D'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète, qui a réexaminé la situation des intéressées en exécution du jugement rendu par le tribunal administratif de Nancy, le 11 septembre 2023, ait prononcé préalablement ou concomitamment aux mesures litigieuses des décisions portant refus de séjour. Ainsi, la préfète en méconnu le champ d'application de la loi en obligeant M. et Mme A à quitter le territoire français sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce que précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 24 janvier 2024 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant de leur accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et les arrêtés du 29 janvier 2024 les assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour. En application de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette autorisation provisoire de séjour n'a toutefois pas à être assortie d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
8. M. et Mme A étant provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Levi-Cyferman sur le fondement de ces dispositions, sous réserve de l'admission définitive de ses clients au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Levi-Cyferman renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du 24 janvier 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle obligeant M. et Mme A à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont ils ont la nationalité, leur interdisant le retour pendant une durée de douze mois et les arrêtés du 29 janvier 2024 les assignant à résidence sur le territoire du Grand Nancy pendant une durée de quarante-cinq jours sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à leur conseil, Me Levi-Cyferman, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2400433 et n° 2400434 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. D A, à Me Lévi-Cyferman et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La magistrate déléguée,
C. Sousa Pereira
La greffière
L. Rémond
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400433 et 2400434
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026