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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400447

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400447

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 23 juillet 2024, la société Saureval France, représentée par Me Luttringer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a mise en demeure de placer le site " Saulnes Chantier " dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement dans le cadre des travaux de remise en état à la suite de la cessation définitive d'activité, sous un délai d'un mois à compter de sa notification, et a suspendu le fonctionnement de l'installation jusqu'à la notification d'un arrêté portant encadrement des travaux et mesures de surveillance pour la protection des intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement ;

2°) mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a toujours lieu de statuer, l'arrêté du 4 juin 2024 n'ayant ni abrogé ni retiré l'arrêté du 12 janvier 2024 ; l'arrêté contesté a produit ses effets jusqu'à sa suspension par le juge des référés le 28 février 2024 ;

- l'arrêté contesté a été pris à la suite d'une procédure irrégulière, le rapport de l'inspection des installations classées en date du 21 décembre 2023 ne lui ayant pas été transmis, en méconnaissance de la procédure contradictoire et des articles L. 171-6 et L. 514-5 du code de l'environnement ;

- il a été pris en méconnaissance des articles L. 514-5 du code de l'environnement et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il lui a été demandé de présenter ses observations dans un délai de 15 jours à la fois sur le rapport de l'inspection des installations classées et sur le projet d'arrêté de mise en demeure, alors qu'aucune disposition ne prévoit la fusion de ces procédures ; le délai de quinze jours ne lui a pas permis de présenter des observations dans des conditions satisfaisantes ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il est entaché d'une erreur de fait, l'inspecteur des installations classées n'ayant relevé aucune émission de poussières ni de bruits dépassant les seuils lors de sa visite du site ; la suspension d'activité n'est pas motivée au vu des conditions d'urgence, d'existence d'un danger grave et imminent et de la nécessité de prévenir de tels dangers ;

- la mise en demeure énoncée à l'article 1er de l'arrêté contesté a été édictée en méconnaissance du I de l'article L. 171-8 du code de l'environnement puisqu'aucune non-conformité n'a été constatée en ce qui concerne les émissions de poussières et de bruit ; aucune prescription qui ne serait pas respectée n'est mentionnée ; les mesures de son plan de gestion ont été respectées à l'exception des prélèvements et analyses des eaux souterraines et superficielles en raison de la proximité du site pollué dénommé " Bassin " situé à Boues ;

- l'exécution de la mise en demeure de prendre des mesures dans un délai d'un mois est rendue impossible par la suspension de l'activité prononcée par le même arrêté ;

- la suspension d'activité énoncée à l'article 2 de l'arrêté contesté méconnait le II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement qui ne prévoit la possibilité de prendre une sanction que dans les hypothèses où il n'a pas été déféré à la mise en demeure dans le délai imparti ou lorsque le dossier du pétitionnaire a été refusé ;

- la suspension de l'activité ne répond à aucune condition d'urgence en l'absence de péril grave et immédiat ; les nuisances alléguées peuvent être encadrées par un arrêté de prescriptions complémentaires ;

- la réformation demandée par la préfète est sans objet, les prescriptions demandées étant déjà opposables.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer, l'arrêté du 4 juin 2024 ayant implicitement abrogé l'arrêté du 12 janvier 2024 qui a perdu sa portée juridique ;

- les moyens soulevés par la société Saureval France ne sont pas fondés ;

- subsidiairement, il y a lieu de réformer l'arrêté contesté afin de faire respecter les prescriptions environnementales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant la société Saureval France.

Une note en délibéré, présentée pour la société Saureval France, a été enregistrée le1er octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 20 juillet 2011, le préfet de Meurthe-et-Moselle a autorisé et encadré l'exploitation d'installations de récupération, de tri et de transit de déchets sur le site dénommé " Saulnes Chantier " sur le territoire de la commune de Saulnes. En 2019, la société Saureval France a succédé aux droits du précédent exploitant et a entrepris les opérations de cessation définitive d'activité en procédant à la remise en état du site. Un plan de gestion a été autorisé par le préfet de Meurthe-et-Moselle le 24 mai 2022. L'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement a procédé à une visite sur place le 20 septembre 2023 et a déposé son rapport le 14 novembre 2023. Par un arrêté du 12 janvier 2024, pris en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, la préfète de Meurthe-et-Moselle a mis en demeure la société Saureval France de placer le site " Saulnes Chantier " dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement dans le cadre des travaux de remise en état à la suite de la cessation définitive d'activité, sous un délai d'un mois à compter de sa notification, et a procédé à la suspension du fonctionnement de l'installation jusqu'à la notification d'un arrêté portant encadrement des travaux et mesures de surveillance pour la protection des intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement, pris selon les formes prévues par l'article R. 181-45 du code de l'environnement. La société Saureval demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque l'autorité administrative prend une nouvelle décision d'autorisation d'exploiter définissant entièrement les conditions d'exploitation de l'installation, se substituant à l'autorisation initialement contestée, l'intervention de cette nouvelle autorisation, qu'elle ait ou non acquis un caractère définitif, prive d'objet la contestation de la première autorisation, sur laquelle il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.

3. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté en date du 4 juin 2024 relatif à la réhabilitation du site " Saulnes chantier " exploité par la société Saureval France, la préfète de Meurthe-et-Moselle a défini l'ensemble des prescriptions encadrant les travaux et les mesures de surveillance devant être mises en œuvre par l'exploitant pour garantir que l'état du site ne porte pas atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Il résulte des termes de cet arrêté qu'il se substitue au courrier préfectoral du 24 mai 2022 ayant validé le plan de gestion proposé par l'exploitant dans l'attente de l'arrêté fixant les prescriptions, sur la base duquel la préfète a édicté la mise en demeure du 12 janvier 2024 contestée.

4. D'une part, à la date du présent jugement, les mesures devant être mises en œuvre par l'exploitant résultent de cet arrêté du 4 juin 2024. Ainsi, la mise en demeure édictée le 12 janvier 2024, qui trouvait son fondement dans les prescriptions du plan de gestion validé par la décision du 24 mai 2022, n'est plus susceptible de recevoir exécution. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Saureval France relatives à cette mise en demeure. D'autre part, alors que la suspension de fonctionnement de l'installation également prononcée par l'arrêté contesté revêtait un caractère conservatoire, l'intervention en cours d'instance de l'arrêté préfectoral encadrant les travaux et mesures de surveillance nécessaires afin de garantir la protection des intérêts visés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, a également privé d'objet les conclusions dirigées contre cette mesure de suspension qui n'est plus susceptible de recevoir exécution.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'arrêté du 12 janvier 2024 ait reçu exécution jusqu'à l'intervention de l'ordonnance du 28 février 2024 du juge des référés du tribunal, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la société Saureval France tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Saureval France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Saureval France tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Saureval France est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Saureval France et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à la commune de Saulnes.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400447

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