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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400452

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400452

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2024, M. E C, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa conjointe, Mme D ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros TTC au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des ressources prises en compte par la préfète ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur de droit, en l'absence d'examen particulier de sa vie privée et familiale, abstraction faite des ressources dont il dispose ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation et les risques de mauvais traitements, au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, encourus par son épouse en Afghanistan, justifient l'usage du pouvoir discrétionnaire dont dispose l'autorité préfectorale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision attaquée peut également être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de justifier d'un logement considéré comme normal ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Des pièces supplémentaires ont été demandées à M. C pour compléter l'instruction.

Les pièces sollicitées, produites le 27 décembre 2024, ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 ;

- le décret n° 2022-1608 du 22 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étaient ni présentes, ni représentées.

Le rapport de Mme Samson-Dye a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 15 juin 1993, est entré en France le 27 décembre 2017. Il s'est vu délivrer une carte de résident en qualité de réfugié valable jusqu'au 6 août 2029. Il s'est marié le 2 juin 2023 avec une compatriote en Iran. Le 13 juillet 2023, M. C a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour son épouse. Par une décision du 4 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme B A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de regroupement familial. Dans ces conditions, Mme A était compétente pour signer la décision en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article L. 434-8 de ce code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans. " Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux () personnes ; () ". Le niveau des ressources du demandeur au regroupement familial s'apprécie par référence à la moyenne du salaire minimum de croissance sur la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande.

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial de M. C au profit de son épouse, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que les revenus de l'intéressé étaient insuffisants.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été employé, au titre de la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande de regroupement familial le 13 juillet 2023, en qualité d'ouvrier dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'insertion, et il est constant qu'il a exercé une activité non salariée. Au cours de cette période, il établit avoir perçu une somme totale nette de 13 957,39 euros au titre des salaires perçus et de la prime d'activité qui, eu égard à sa nature de revenu de remplacement n'ayant pas le caractère d'une prestation familiale ou d'assistance, doit être prise en considération dans le calcul des ressources. Ces rémunérations représentent ainsi un revenu mensuel de 1 163,12 euros. Si M. C justifie percevoir l'aide personnalisée au logement, cette allocation ne constitue par une ressource stable au sens des dispositions citées au point 3 et ne saurait, dès lors, être prise en considération. A supposer même que les revenus issus de l'activité indépendante de M. C puissent être regardés comme des ressources stables, alors qu'ils concernent la seule année 2022, ils ne représentent, ainsi que l'indique son conseil, qu'un revenu net mensuel de 185,71 euros, soit 1 114,26 euros pour la période allant de juillet à décembre 2022, de sorte qu'ils porteraient seulement les revenus de l'intéressé au cours de la période de référence à 15 071,65 euros, correspondant à 1 255,97 euros en moyenne mensuelle. Dans ces conditions, les ressources de l'intéressé étaient inférieures à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance alors applicable sur la période de juillet 2022 à juin 2023, qui s'élevait à 1 343,86 euros nets. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation relatifs à ses ressources doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Il résulte des dispositions rappelées au point 3 que, lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité préfectorale est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en l'absence de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenue par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, titulaire d'une carte de résident de dix ans en qualité de réfugié, s'est marié en Iran à une compatriote le 2 juin 2023. La préfète a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales Eu égard au caractère récent de son mariage, et alors qu'il n'apporte aucun élément de nature à établir que son épouse réside en Afghanistan et est exposée à des mauvais traitements, la décision attaquée n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par ces stipulations. La préfète n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Corsiglia et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

A. Samson-DyeL'assesseure la plus ancienne

A. Bourjol

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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