mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SELARL KNITTEL - FOURAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février et 5 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Knittel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le maire de la commune d'Eloyes a prononcé son licenciement en cours de stage ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Eloyes la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les faits reprochés sont contestés ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il venait d'effectuer une formation d'intégration ;
- la décision est entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, la commune d'Eloyes, représentée par Me Cuny, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale ;
- le décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure ;
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public ;
- les observations de Me Luisin, substituant Me Knittel, représentant M. A ;
- et les observations de Me Cuny, représentant la commune d'Eloyes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité d'adjoint technique territorial stagiaire au sein de la commune d'Eloyes (Vosges) à compter du 1er avril 2023. Par un courrier du 20 novembre 2023, le maire de la commune a informé l'intéressé de l'engagement d'une procédure de licenciement en cours de stage à son encontre. Par un arrêté du 28 décembre 2023, le maire a prononcé le licenciement de M. A pour insuffisance professionnelle en cours de stage, à compter du 1er janvier 2024. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 327-4 du code général de la fonction publique : " Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : / 1° Pour insuffisance professionnelle ; / 2° Pour faute disciplinaire ". Aux termes de l'article 8 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les candidats recrutés en qualité d'adjoint technique territorial sur un emploi d'une collectivité territoriale () sont nommés stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an ". Enfin, aux termes de l'article 5 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage () ".
3. D'une part, l'institution d'un stage avant la titularisation de l'agent a pour objet de permettre à l'autorité investie du pouvoir de nomination de vérifier, à l'issue d'une période prédéterminée, éventuellement prolongée, que l'agent possède les aptitudes suffisantes pour occuper les fonctions correspondant à son corps ou à son cadre d'emplois. D'autre part, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions qui lui permettent d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. Il est également loisible à l'autorité administrative d'alerter, en cours de stage, l'agent sur ses insuffisances professionnelles et, le cas échéant, sur le risque qu'il encourt de ne pas être titularisé s'il ne modifie pas son comportement.
4. Pour prononcer le licenciement de M. A pour insuffisance professionnelle, le maire de la commune d'Eloyes s'est fondé sur la circonstance que M. A avait, lors d'un entretien qui s'est tenu le 13 juin 2023, rapporté avoir menacé un collègue, sur l'attitude dont il avait alors fait preuve en mettant brutalement fin à cet entretien sans y avoir été invité par son supérieur hiérarchique, ainsi que sur les difficultés relationnelles de M. A avec ses supérieurs hiérarchiques et ses collègues, faits que le requérant conteste.
5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision du 8 septembre 2023 par laquelle le maire de la commune a infligé un blâme à l'encontre de M. A qu'au cours de l'entretien qui s'est tenu le 13 juin 2023 dans le cadre de la procédure disciplinaire avec le directeur général des services de la commune, l'intéressé a quitté l'entretien sans y être invité, ce que le requérant ne conteste pas formellement alors que cette attitude a notamment été prise en compte dans les motifs du blâme qui lui a été infligé. Par ailleurs, la sanction de blâme, devenue définitive, qui a été infligée à M. A le 8 septembre 2023 est également fondée sur le fait que celui-ci s'est emporté et a adopté une attitude agressive envers le directeur des services techniques de la commune lors d'un entretien en date du 30 mai 2023 portant sur la dotation en vêtements et chaussures de travail, comportement à propos duquel M. A s'est excusé lors d'un nouvel entretien du 4 septembre 2023.
6. En deuxième lieu, selon les termes de la décision de licenciement attaquée, M. A aurait rapporté au cours de cet entretien préalable du 13 juin 2023 avoir physiquement menacé un collègue. Toutefois, alors que le requérant conteste les faits ainsi reprochés, la commune ne précise pas les circonstances notamment de temps et de lieu de cette menace, dont la réalité n'est ainsi pas suffisamment établie. Par ailleurs, si un rapport hiérarchique en date du 8 novembre 2023 relève que M. A n'a pas respecté la chaîne hiérarchique en s'adressant au directeur des services techniques en lieu et place du responsable des ateliers municipaux, il ressort de ce même rapport que ce dernier était alors en congés et la commune ne démontre pas que M. A, ainsi qu'elle le lui reproche, aurait " profité " de ces congés de son supérieur hiérarchique direct pour obtenir des moyens matériels et humains supplémentaires de la part du directeur des services techniques. Si ledit rapport fait également état d'un manque d'adaptation du requérant aux méthodes de travail de ses collègues et de problèmes de comportement avec ces derniers, cette affirmation, qui n'est nullement étayée ni par ce rapport ni par la commune en défense, est contredite par les attestations de plusieurs des collègues de M. A, notamment celle de son binôme de travail, qui témoignent de leur satisfaction et de l'absence de difficultés relationnelles. Alors même que ces témoignages ne précisent pas que leurs auteurs appartiennent à la même section syndicale que le requérant, ce que ce dernier ne conteste pas, cette circonstance n'est pas, contrairement à ce que soutient la commune, de nature à leur enlever tout caractère probant.
7. En dernier lieu, il ressort du compte rendu de l'entretien individuel qui s'est tenu le 28 novembre 2023, postérieurement à l'engagement de la procédure disciplinaire, que l'agent donne satisfaction dans son travail et qu'il s'agit d'un " agent ayant des qualités professionnelles, [qui] travaille bien mais [qui] doit prendre du recul sur sa manière d'être et de faire envers ses collègues et sa voie hiérarchique au niveau relationnel ", ce qui fait directement référence aux incidents qui l'a opposé dans les deux mois qui ont suivi sa nomination en qualité de stagiaire au directeur des services techniques et au directeur général des services et pour lesquels l'intéressé a fait l'objet d'un blâme, ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'agent ait réitéré son attitude dont il s'est d'ailleurs ensuite excusé, ni que son attention ait été attirée, avant l'évaluation du 28 novembre 2023, sur d'éventuelles difficultés relationnelles avec ses collègues des ateliers municipaux dont son comportement pourrait être à l'origine. Il a également suivi entre le 30 octobre et le 8 novembre 2023, peu de temps avant l'engagement de la procédure de licenciement, un module de formation destiné notamment à lui permettre de se situer dans la fonction publique territoriale et qui demandait à être mis en œuvre dans le cadre de la période de stage restante. Enfin, trois jours seulement après l'engagement de cette procédure de licenciement, l'évaluation intervenue à mi-stage s'est bornée à encourager l'intéressé à procéder de l'amélioration de son attitude. Dans ces conditions, en prononçant le licenciement, en cours de stage, pour insuffisance professionnelle de M. A, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 28 décembre 2023 par laquelle le maire de la commune d'Eloyes a prononcé son licenciement en cours de stage.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune d'Eloyes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Eloyes la somme de 1 500 euros que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le maire de la commune d'Eloyes a licencié M. A en cours de stage est annulé.
Article 2 : La commune d'Eloyes versera à M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune d'Eloyes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Eloyes.
Délibéré après l'audience publique du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400458
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026