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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400469

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400469

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantANDIC ANOUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2024, M. C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Andic Anduz, avocate commise d'office, qui soulève des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A, de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le comportement de M. A ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire méconnaît les droits de la défense et de ce que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qui conclut pour le surplus aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur la vie privée et familiale de M. A ;

- et les observations de M. A lui-même, qui indique avoir trouvé du travail et un logement, déclarer ses revenus et payer ses impôts, respecter ses obligations quant à sa sortie de détention, soigner son addiction et se rendre aux rendez-vous médicaux ; il fait valoir qu'il est pleinement actif dans ses recherches de stabilité personnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant belge né le 18 février 1981, est entré en France, selon ses déclarations, en 1998. Il est incarcéré depuis le 26 janvier 2023. Par un arrêté du 12 février 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen individuel, complet et sérieux de la situation de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " Aux termes de l'article L. 200-1 de ce code : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A a été relaxé des faits d'homicide involontaire en récidive, le tribunal judiciaire de Val-de-Briey l'a condamné, par un jugement correctionnel du 2 mars 2023, à une peine de vingt-quatre mois d'emprisonnement, à hauteur de douze mois assortie du sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants en récidive, de détention non autorisée de stupéfiants en récidive, d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants en récidive, d'usage illicite de stupéfiants en récidive et de transport non autorisé de stupéfiants en récidive. Dès lors, le comportement de M. A constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. D'abord, si M. A soutient être entré en France en 1999, à l'âge de 18 ans, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Ensuite, s'il soutient être père d'un enfant, il est constant que celui-ci réside avec sa mère au Luxembourg, de sorte que la mesure en litige ne le priverait pas de ces liens. Enfin, M. A se prévaut d'une relation avec une ressortissante française depuis quatre année, qui est venue lui rendre visite à quatorze reprises entre le 12 juillet 2023 et le 18 octobre 2023 au parloir de la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, le comportement de M. A constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dès lors, et alors que rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Belgique, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise, nonobstant ses volontés d'intégration professionnelle et de soins manifestées depuis sa condamnation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Si M. A soutient qu'il a disposé de peu de temps pour présenter des observations, en raison de son placement en régime de semi-liberté, il ne fait état d'aucun élément supplémentaire qu'il aurait pu faire valoir pour que la préfète de Meurthe-et-Moselle lui octroie un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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