LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400481

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400481

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2024, à 19 heures 57, M. A C, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'arrêté du même jour par lequel la préfète l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, de retirer son signalement aux fins de non admission dans le système Schengen (DIS) et de lui restituer son passeport, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la préfète de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 500 euros à verser à son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son droit d'être entendu, les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne remplit pas les conditions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de ne pas accorder de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu, les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabecas ;

- les observations de Me Jeannot, avocate de M. C, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et fait valoir en outre que le préfet ne pouvait fonder sa décision sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le comportement du requérant ne constitue pas une menace à l'ordre public, ni sur le 2° du même code dès lors qu'il soutient en défense que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français. Elle soutient en outre que M. C dispose de fortes attaches sur le territoire français, avec notamment sa sœur, qui l'a recueilli mineur par le biais d'une kafala ;

- et les observations de M. C qui soutient qu'il n'a pas pu poursuivre ses études et travailler régulièrement en France faute d'un titre de séjour l'y autorisant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 21 janvier 2001, est entré en France le 7 juillet 2017, muni d'un visa court séjour. Par un arrêté du 13 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par un arrêté du même jour, la préfète l'a assigné à résidence. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit donc être écarté

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. C s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son visa et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. La décision fait également état des conditions d'entrée et de séjour de M. C, ainsi que de sa situation personnelle et familiale. Dès lors que la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. C avant de prononcer à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire.

7. En troisième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Comme la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition devant les services de police que M. C a été entendu avant que la mesure d'éloignement ne soit prise et qu'il a pu présenter des observations sur la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait méconnu son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

11. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur les dispositions du 2° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les circonstances que M. C n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour à l'expiration de la durée de validité de son visa et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été placé en garde à vue, le 13 février 2014, pour des faits de détention et usage de faux documents administratifs. Si le requérant ne conteste pas avoir utilisé une fausse carte de résident et travailler de manière irrégulière en utilisant cette carte, ces seuls faits, pour regrettables qu'ils soient, ne sont pas de nature à démontrer que son comportement constituerait une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète a fait une inexacte application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que son comportement constituait une menace à l'ordre public.

13. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11 ci-dessus, la préfète s'est également fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée mentionne en ce sens que M. C est entré en France régulièrement sans couvert d'un visa, le 7 juillet 2017, mais qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, circonstances que le requérant ne conteste pas. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur cet unique motif, et nonobstant la mention contradictoire dans le mémoire en défense selon laquelle l'intéressé serait entré irrégulièrement en France, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré mineur en France au cours de l'année 2017 et a des liens avec sa sœur, de nationalité française, qui y réside, et l'a recueilli au titre de la kafala par application d'un jugement du 12 juillet 2018. Toutefois, le requérant est célibataire et sans charge de famille et ne conteste pas que sa mère, son frère et une autre sœur résident dans son pays d'origine. L'attestation de deux amis qu'il produit ne suffit par ailleurs pas à démontrer qu'il aurait noué des liens privés intenses sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

16. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

18. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, dès lors que le comportement de M. C ne constitue pas une menace pour l'ordre public, c'est à tort que la préfète s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant.

19. D'autre part, si la préfète s'est également fondée sur la circonstance que M. C avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait nécessairement pris la même décision en se fondant sur cet unique motif alors que le requérant dispose d'une adresse stable et d'un passeport en cours de validité, ce qui constitue des garanties de représentation.

20. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête contre cette décision, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2024 lui refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. C à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence. Par ailleurs, cette décision n'étant pas prise pour l'application de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce qu'elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette dernière doit être écartée.

22. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que le requérant est de nationalité algérienne, qu'il n'a pas déposé de demande d'asile et que sa décision ne méconnaît pas l'article 3 précité. La décision est ainsi suffisamment motivée et le moyen ne peut qu'être écarté.

23. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2024 fixant son pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et la décision d'assignation à résidence :

24. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Dès lors que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. C a été annulée et que la préfète s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 pour interdire le retour sur le territoire français au requérant, ce dernier est fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour par voie de conséquence de celle relative au délai de départ volontaire.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

26. L'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision assignant M. C à résidence en application de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 février 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle uniquement en tant qu'elle refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il est par ailleurs fondé à demander l'annulation de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

28. En premier lieu, le présent jugement, par lequel le tribunal ne fait droit que partiellement aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'implique pas que la préfète de Meurthe-et-Moselle réexamine sa situation ni qu'elle lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

29. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

30. Le présent jugement annule l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. C et il résulte des dispositions précitées qu'une telle annulation implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

31. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière ".

32. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure d'éloignement ont été rejetées et que le requérant se trouve en situation irrégulière sur le territoire français, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande de restitution de passeport, en application de l'article L. 814-1 précité.

33. En dernier lieu, en application de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. C son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2 du même code.

Sur les frais de l'instance :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 13 février 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle est annulé en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. C et qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : L'arrêté du 13 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné M. C à résidence est annulé.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Il est rappelé à M. C son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Jeannot et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 février 2024.

La magistrate désignée,

L. CabecasLa greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400481

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions