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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400482

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400482

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une carte de résidence de dix ans, ou un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en omettant d'examiner la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- il a commis une erreur de fait, une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les stipulations des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen et méconnait le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- elles sont privées de base légale, la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elles sont fondées étant illégale ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée et a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive du 16 décembre 2008 ;

- les décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New York.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 14 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 10 janvier 1969, de nationalité algérienne, est entré en France le 7 novembre 2018, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants mineurs, sous couvert d'un passeport revêtu de visas de long séjour. Son épouse ayant été mise en possession d'un certificat de résidence algérien portant la mention " scientifique ", une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivrée, valable du 24 janvier 2019 au 23 janvier 2020, renouvelée jusqu'au 23 janvier 2021. Ayant sollicité un changement de statut, il a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'" entrepreneur - enseignant/formateur libéral " valable du 2 décembre 2020 au 1er décembre 2021. Le 16 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans qui lui a été refusé par arrêté en date du 13 mars 2023. Par jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 10 octobre 2023, cet arrêté a été annulé et il a été enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de l'intéressé. M. A demande l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a de nouveau refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme D C, nommée préfète de Meurthe-et-Moselle à compter du 21 août 2023 par décret du président de la République en date du 13 juillet 2023, publié au Journal Officiel de la République française le 14 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne les éléments de la situation du requérant retenus par la préfète de Meurthe-et-Moselle pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. La préfète n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, le refus de titre de séjour comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. L'article 7 de cet accord stipule

que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord ;/ a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ". Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. /() ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 11 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a demandé au requérant de produire notamment ses justificatifs de revenus sur les deux dernières années. En réponse, M. A a transmis des bulletins de salaire d'une agence d'intérim de mai à septembre 2020 et un certificat de travail du 22 novembre 2019 pour la période du 29 octobre au 22 novembre 2019 établi par le groupe hospitalier " Les Cheminots " de Draveil.

6. Le requérant fait valoir à l'instance qu'il justifie d'une résidence en France de plus de trois ans en situation régulière, qu'il est titulaire d'un diplôme algérien en qualité d'ingénieur et d'un certificat de qualification paritaire de la métallurgie en qualité de pilote de système de production automatisés, qu'il a cessé l'activité de location gérance d'une licence de taxi débutée en septembre 2022 et qu'il exerce une activité salariée d'aide-fleuriste lui procurant des moyens d'existence suffisants. Toutefois, d'une part, il est constant que le dernier titre de séjour qui lui a été délivré était fondé sur le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité un changement de statut aux fins d'exercer une activité salariée, d'autre part, les nouveaux bulletins de salaire produits font état d'un salaire de 1 126 euros nets par mois en moyenne. Au vu de ces éléments, nonobstant les circonstances qu'il justifie d'une résidence ininterrompue de trois ans en France et qu'il a également perçu des aides versées par la caisse d'allocation familiale jusqu'au mois de mai 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a commis aucune erreur de droit ni aucune erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants au sens du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, de sorte qu'il ne pouvait pas se prévaloir des dispositions de l'article 7 bis du même accord pour se voir délivrer une carte de résidence de dix ans.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. Si le requérant fait valoir qu'il est arrivé en France en 2018 avec son épouse et leurs trois enfants mineurs et qu'ils ont entamé un parcours d'intégration sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que son épouse est retournée en Algérie en juin 2023 et il ne justifie pas que ses trois enfants résideraient en France. De plus, il ne démontre pas avoir développé en France des attaches particulières, ni disposer de perspectives d'intégration professionnelle. Dans ces conditions, il ne justifie d'aucun droit à se voir délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui a procédé à un examen complet de sa situation et n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquence sur sa situation personnelle et familiale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. A se prévaut de la présence en France de ses enfants depuis 2018, de leur scolarisation et de leur parcours exemplaire d'intégration. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 8 du présent jugement, alors que son épouse a quitté la France en juin 2023, il ne justifie pas de la poursuite de la scolarisation de ses enfants en France. En tout état de cause, il n'est pas démontré que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarisation en Algérie où réside leur mère. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, le requérant n'a pas démontré l'illégalité de la décision de refus de séjour qui lui a été opposée. Par suite, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi.

12. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de la directive du 16 décembre 2008 qui ont été transposées en droit interne par les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées au I de son article L. 611-1.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée pour obliger le requérant à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive du 16 décembre 2008 doivent en tout état de cause être écartés.

14. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article

3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

15. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont, en l'espèce, inopérants à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi, en tout état de cause, que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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