mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2024 à 12h07, et un mémoire complémentaire enregistré le 21 février 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence d'une menace pour un intérêt fondamental de la société ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour un intérêt fondamental de la société ;
- sa durée est entachée d'erreur d'appréciation
- elle porte atteinte à sa liberté de circuler ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,
- les observations de Me Morel, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne que l'affaire pour laquelle il a été interpellé est classée sans suite, qu'il justifie d'une adresse stable, connue de l'administration, qu'il est le père d'un enfant qui réside à Lille avec sa compagne ;
- les observations de M. C, représentant le préfet de la Moselle qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, et souligne que le requérant a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement demeurée non exécutée et qu'il n'a pas respecté l'obligation de pointage qui lui a été faite pendant son assignation à résidence. La nouvelle décision est fondée sur le 1° et le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La menace à l'ordre public est caractérisée par des mises en cause pour vol et violences et il ne justifie pas d'un droit au séjour puisqu'il se maintient en France au-delà de trois mois sans disposer de ressources stables ni justifier de liens anciens, intenses et stables. Les éléments dont il se prévaut à l'audience sont incohérents avec ses déclarations lors de son audition ;
- les observations de M. A qui indique avoir acheté un bien provenant d'un vol sans le savoir.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 31 décembre 2001, de nationalité roumaine, est entré en France en 2018. Ayant été interpellé par les services de police de Thionville le 16 février 2024 pour des faits de violences sur conjoint, le préfet de la Moselle lui a notifié, par un arrêté du même jour, une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité assortie d'une interdiction de circulation pendant une durée de deux ans. Placé en rétention administrative, il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office :
2. M. A, placé en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Morel, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nancy, en application des dispositions de l'article L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
3. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Julien Clasquin, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de la Moselle établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté contesté vise notamment les articles L. 251-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les éléments de faits retenus par le préfet de la Moselle. Il comprend ainsi les éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine " Aux termes de l'article L. 232-1 de ce même code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ".
6. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est défavorablement connu des services de police, notamment pour avoir été mis en cause le 9 février 2023 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et le 19 février 2024 pour violences par conjoint commis à Thionville, faits dont le requérant ne conteste pas sérieusement la matérialité et dont il n'est pas établi qu'ils aient fait l'objet d'une décision de non-lieu ou d'un classement sans suite pour insuffisance de charges. Par ailleurs, si la présence du requérant en France peut être regardée comme établie à compter du 9 février 2023, il ne justifie pas d'une adresse effective et stable, ni d'aucun des liens personnels dont il se prévaut, ses déclarations à cet égard étant variables, et il ne démontre pas exercer une activité professionnelle ou disposer de ressources suffisantes, ni entrer dans l'un des cas prévus par les dispositions précitées de l'article L. 233-1 qui définissent les conditions auxquelles est subordonné, pour un citoyen de l'Union européenne et les membres de sa famille, le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. Ainsi au vu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que le comportement de M. A constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A soutient qu'il est présent en France depuis 2018, qu'il travaille comme ferrailleur, qu'il est hébergé par un cousin à Thionville et qu'il est le père d'un enfant résidant à Lille avec sa compagne, il ne justifie d'aucune de ses allégations et ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches en Roumanie où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise.
10. En dernier lieu, M. A ne justifie ni être le père d'un enfant français ou résidant en France ni participer à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire et le pays de destination :
11. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
12. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.
13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
14. Ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent jugement, le préfet de la Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des faits de recel de bien provenant d'un vol et de violences pour lesquels il a été récemment mis en cause. Au vu de ces éléments, et des motifs exposés au point 9, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation ni porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en fixant à deux ans l'interdiction de circuler.
15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 février 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdisant de circuler pendant une durée de deux ans doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 28 février 2024 à 15h58.
La magistrate désignée,
F. Milin-RanceLa greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026