mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400523 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 février 2024 et le 25 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer immédiatement une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 25 octobre 2023 ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII ne précise pas la durée prévisible des soins ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est sentie en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, en particulier au regard du coût des traitements et de son impécuniosité, et que la préfète ne démontre pas que le traitement nécessaire serait effectivement disponible en Géorgie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 et 26 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, représentant Mme C.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme C le 8 avril 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante géorgienne, née le 28 mars 1988, déclare être entrée sur le territoire français en août 2021 en vue d'y solliciter l'asile. Par une décision du 4 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande et par une décision du 16 mars 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé ce rejet. Le 28 septembre 2022, Mme C a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 20 novembre 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
3. En premier lieu, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose à la préfète de procéder à la communication d'office à Mme C de l'avis du collège des médecins de l'OFII, ce qu'elle a d'ailleurs fait dans le cadre de l'instance. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : () d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du 25 octobre 2023 mentionne que Mme C peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque. Si l'avis du collège des médecins de l'OFII ne mentionne pas la durée prévisible du traitement que doit suivre Mme C, cette absence est sans incidence sur le sens de la décision dès lors que cette mention a pour seule justification d'évaluer la durée de séjour qui devrait être envisagée en cas d'impossibilité d'accès aux soins dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tenant à ce que la procédure serait viciée dès lors que la durée prévisible du traitement n'est pas précisée ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète, qui a procédé à un examen complet de la situation personnelle de la requérante, se serait crue en situation de compétence liée au regard de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Le moyen ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, lorsque l'autorité administrative refuse la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9, il lui appartient de démontrer, lorsque l'interruption des traitements suivis en France risque d'avoir des conséquences exceptionnelles sur la santé de l'intéressé, qu'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays de renvoi.
8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C en raison de son état de santé, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du 25 octobre 2023 du collège de médecins du service médical de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
9. Les certificats médicaux dont se prévaut Mme C, établis par des médecins spécialisés en date notamment des mois de novembre 2021, février 2023 et juillet 2023 indiquent que la requérante est atteinte d'un diabète de type 1 compliqué d'une néphropathie, qui nécessite une transplantation rénale à moyen terme, d'une rétinopathie, d'une maladie de Basedow et d'une dépression. Ces certificats ne précisent pas que la requérante ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical en Géorgie et que le traitement nécessaire à son état de santé y serait indisponible. Ils ne permettent donc pas à eux seuls de remettre en cause l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII. En outre, si la requérante fait valoir en réplique qu'elle a été hospitalisée à deux reprises du 19 au 21 février 2024 puis, de nouveau, en mars 2024 pour une embolie pulmonaire, cette circonstance est, en tout état de cause, postérieure à la décision contestée et n'atteste pas d'une situation antérieure en ce qui concerne cette pathologie. La requérante soutient qu'elle n'aurait pas effectivement accès aux soins que nécessite son état de santé en Géorgie compte tenu de son impécuniosité, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à l'établir alors que la préfète produit le rapport de l'Organisation Suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) du 31 janvier 2024, aux termes duquel depuis la mise en place, en 2013, du programme de soins de santé universel, qui couvre 95 % de la population géorgienne, les frais de dialyse et de transplantation rénale ainsi que l'achat de médicaments ambulatoires pour les maladies chroniques majeures, notamment les affections thyroïdiennes, sont pris en charge par l'État pour les personnes vulnérables et aux revenus limités. Le rapport précise également qu'un programme national de santé mentale propose des soins pour les personnes qui souffrent de troubles psychiatriques. Par suite, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à Mme C le titre de séjour qu'elle sollicitait sur le fondement de ces dispositions.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Lebon-Mamoudy.
Délibéré après l'audience publique du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2400523
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026