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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400538

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400538

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRAYMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024 à 17 heures 07, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 février 2024, notifié le 19 février 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- les observations de Me Moukha, avocate commise d'office, représentant M. B, présent, assisté d'un interprète en langue dari, qui soutient qu'il ne souhaite pas revenir en Allemagne en raison des conditions précaires dans lesquelles il a été reçu. L'Allemagne n'a pas statué sur sa demande d'Asile. L'arrêté est entaché d'une erreur de motivation en désignant l'Espagne où il ne s'est jamais rendu. Aucun élément ne permet de vérifier la qualification de l'agent qui a conduit l'entretien individuel. Il est exposé à des risques pour sa sécurité en cas de retour en Afghanistan où il exerçait des fonctions militaires et luttait contre les Talibans.

- La préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 24 janvier 1988, de nationalité afghane, est entré sur le territoire français en vue d'y solliciter l'asile, a fait l'objet d'un arrêté du 8 février 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté de transfert.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte la mention des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. En particulier, il indique que l'intéressé a sollicité l'asile auprès des autorités allemandes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France et que ces autorités ont accepté sa reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Cet arrêté est, ainsi, suffisamment motivé. La circonstance, pour regrettable qu'elle soit, qu'elle indique à tort que M. B n'établirait pas être dans l'impossibilité de retourner en Espagne, demeure sans incidence sur le sens de la décision contestée qui désigne l'Allemagne comme pays de transfert. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'insuffisance de motivation doivent être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

4. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point 3 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu en entretien individuel le 15 janvier 2024. Le résumé de cet entretien mentionne que l'entretien a été mené par " un agent qualifié de la préfecture de police de Paris ". La préfète précise en défense que ce compte-rendu a été rédigé par un agent du guichet unique. Ce document comporte le tampon du service dans lequel a eu lieu cet entretien, " bureau de l'accueil de la demande d'asile ", avec son adresse. Au vu de ces éléments, et en l'absence de tout élément permettant de douter de la véracité de ces indications, celles-ci sont suffisantes pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de la préfète du Bas-Rhin méconnaîtrait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée, par l'article 17 du règlement 604/2013 précité, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. B soutient qu'il n'a pas bénéficié en Allemagne de bonnes conditions matérielles d'accueil et notamment d'un hébergement et qu'il existe un risque sérieux que les autorités allemandes le renvoient dans son pays d'origine où il est en danger. Toutefois, l'Allemagne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et M. B n'établit pas qu'il y existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et que les autorités allemandes ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, parmi lesquelles l'obligation d'assurer aux demandeurs d'asiles des conditions matérielles d'accueil, ni même que ces autorités n'évalueraient pas, avant de procéder à un éventuel éloignement, l'existence d'un risque personnel, réel et avéré, que l'intéressé subisse dans son pays des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 février 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.

La magistrate désignée,

F. Milin-RanceLa greffière,

A. Mercy

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400538

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