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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400572

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400572

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantANDIC ANOUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 et 27 février 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) la désignation d'un avocat commis d'office et un interprète en langue arabe, et en cas de libération, un avocat au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- les décisions sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- la décision est privée de base légale ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires

- sa durée est entachée d'erreur d'appréciation

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- les observations de Me Andic Anouz représentant M. B, présent et assisté d'une interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne qu'il est arrivé en France en 2021, réside à Nevers avec sa famille, est marié religieusement avec une ressortissante française avec laquelle il a deux enfants, dont il n'a pu reconnaître le 2ème pendant son incarcération. Il contribue à hauteur de ses moyens à l'entretien et l'éducation de sa famille en travaillant comme chauffeur livreur Uber Eat.

- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Nièvre, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et souligne que le requérant a déjà fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement demeurées non exécutées, qu'il présente un passé pénal et ne justifie d'aucune de ses déclarations. La mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au vu de son entrée récente, de l'absence de justificatifs de ses liens familiaux. Il a déclaré être célibataire, sans enfant à charge et être domicilié à Colombes ou à Nancy, mais jamais à Nevers. La communauté de vie n'est pas établie. Il a été condamné à une peine de huit mois de prison pour violences sur concubin et quatre mois pour vol aggravé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 11 mars 1997, de nationalité algérienne, est entré en France en 2021. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant un an prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 17 septembre 2021. Le 21 août 2022, le préfet de police de Paris a édicté une deuxième obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un arrêté en date du 25 mars 2023, le préfet du Val d'Oise lui a de nouveau opposé une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pendant deux ans, confirmée par jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 4 avril 2023. Ayant été interpellé par les services de police de Nevers le 22 février 2024, il a fait l'objet, le lendemain, d'un arrêté du préfet de la Nièvre portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans. Placé en rétention, il conteste cet arrêté.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :

2. M. B, placé en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Andic Anouz, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue arabe, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de la Nièvre établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

5. En troisième lieu, l'arrêté contesté comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ".

7. Il résulte des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative à l'obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 621-1 et suivants du même code, relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre.

8. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Par suite, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013, lorsque sa demande d'asile a été définitivement rejetée, l'étranger peut faire l'objet soit d'une décision de remise, soit d'une obligation de quitter le territoire français.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'audition établi par les services de police de Nevers le 22 février 2024, que M. B ait exprimé son souhait de demander l'asile, ni indiqué qu'il aurait déposé une demande d'asile en Allemagne. En tout état de cause, la consultation du fichier Eurodac réalisée le jour même n'a pas révélé que ses empreintes décadactylaires auraient été précédemment enregistrées dans un autre Etat membre de l'Union européenne dans le cadre du dispositif Dublin. En conséquence, M. B ne pouvait être regardé comme un demandeur d'asile et relevait, dès lors, des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Nièvre devait prendre une mesure de transfert de demande d'asile aux autorités allemandes.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis 2021 avec une ressortissante française, que de leur union seraient nés deux enfants et qu'il travaille comme chauffeur livreur, la seule attestation d'hébergement à Nevers qu'il produit, alors qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 22 février 2024 résider à Colombes dans les Hauts-de-Seine et être seulement de passage à Nevers, être célibataire sans enfants à charge, ne lui permet de justifier d'aucune de ses allégations. La circonstance que son frère serait de nationalité française, au demeurant non établie, n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Il ne démontre pas davantage être dépourvu de toutes attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, le préfet de la Nièvre, qui a procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé, n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes,".

14. Pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de la Nièvre s'est fondé sur les 1° et 3° de l'article L. 612-2 et sur les 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police pour avoir notamment le 17 septembre 2021 commis des faits de vol avec destruction, le 24 juillet 2022 des faits de vol en réunion, le 30 octobre 2022, des faits de rébellion, le 12 octobre 2023 des faits de recel d'un bien provenant d'un vol, le 24 août 2023, des faits de détention illicite de stupéfiants, le 30 octobre 2022 et le 10 septembre 2023, des faits de violences par concubin, le 22 mars 2023, des faits de refus de se soumettre à un relevé signalétique, et le 3 février 2024, des faits de vol en réunion. Le requérant ne conteste pas la matérialité de ses faits et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils aient fait l'objet d'un non-lieu, d'une relaxe ou d'un classement sans suite pour insuffisance de charges. En outre, M. B a été condamné le 2 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion avec destruction et le 2 novembre 2022 à une peine de huit mois d'emprisonnement pour rébellion et violences par conjoint. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B soit entré régulièrement en France ni qu'il ait entamé des démarches en vue de sa régularisation, qu'il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement les 17 septembre 2021, 21 août 2022 et 25 mars 2023 demeurées non exécutées, il a déclaré aux services de police de Nevers le 22 février 2024 qu'il n'entendait pas quitter le territoire français, il est dépourvu de document de voyage. Par suite, le préfet de la Nièvre n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en estimant que le comportement de M. B présente une menace pour l'ordre public et qu'il présente des risques de fuite.

En ce qui concerne le pays de destination :

15. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

16. Le requérant n'apportant aucune précision sur les motifs pour lesquels il serait exposé à des traitement contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, il n'est pas établi que la décision fixant le pays de destination porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

18. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

20. Ainsi qu'il a été exposé au point 14, M. B a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement demeurées non exécutées, il est défavorablement connu des services de police pour avoir été mis en causes dans de nombreuses procédures judiciaires et a fait l'objet de deux condamnations pénales récentes de sorte que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public. De plus, ainsi qu'il a été exposé au point 11, il ne justifie pas des attaches personnelles et familiales qu'il invoque. Son entrée sur le territoire français étant récente, et le requérant ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire, le préfet de la Nièvre n'a commis aucune erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Pour les mêmes, motifs le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. Ainsi qu'il a été exposé au point 11, M. B ne justifie pas être le père d'enfants français ou résidant en France, ni subvenir aux besoins et à l'éducation de ceux-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Nièvre.

Lu en audience publique le 28 février 2024 à 15 heures 58.

La magistrate désignée,

F. Milin-RanceLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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