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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400585

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400585

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2308749 du 19 février 2024, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Strasbourg le 7 décembre 2023, M. A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est à tort fondé sur la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 24 août 2022 fixant le pays de destination qui a été annulée pour méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 6 octobre 1991, déclare être entré sur le territoire français le 30 septembre 2019 accompagné de sa compagne et de leurs deux enfants, en vue d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Par des décisions du 16 décembre 2021 et du 16 mai 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté leurs demandes d'asile. Par un arrêté du 24 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 21 octobre 2022, le tribunal administratif de Nancy a annulé cette dernière décision. M. A a formé une demande de réexamen au titre de l'asile qui a été déclarée irrecevable le 20 janvier 2023 par l'OFPRA et le 22 mai 2023 par la CNDA. Le 2 octobre 2023, il a formé une nouvelle demande de réexamen. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () / 2° Lorsque le demandeur : / () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; / (). / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".

5. Pour prendre la décision contestée le préfet de la Moselle s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 2° du c) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui permettent de refuser de délivrer une attestation de demande d'asile au demandeur qui sollicite un deuxième réexamen de sa situation au regard du droit d'asile dès lors que sa première demande de réexamen a définitivement été rejetée et, d'autre part, sur la circonstance que par un arrêté du 24 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

6. Il résulte des dispositions permettant au préfet de refuser ou de retirer une attestation de demande d'asile, citées au point 4, qu'elles ne s'appliquent que sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa nouvelle demande de réexamen, M. A s'est prévalu du jugement du tribunal administratif de Nancy du 21 octobre 2022 annulant, au motif d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision du 22 août 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet, qui n'a pas fait usage de la réserve susmentionnée, a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile, alors même qu'il sollicitait un deuxième réexamen de sa situation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Il résulte de l'instruction que par une décision du 30 janvier 2024, notifiée à l'intéressé le 16 février 2024, la CNDA a rejeté la deuxième demande de réexamen de la demande d'asile présentée par M. A. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Moselle de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Jeannot, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que M. A obtienne définitivement l'aide juridictionnelle et que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot d'une somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer à M. A une attestation de demande d'asile est annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle, l'État versera à son conseil, Me Jeannot, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Jeannot et au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400585

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