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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400603

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400603

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantMIQUET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 23 février 2024, sous le n°2400603, Mme F D épouse C, représentée par Me Miquet, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de son état de santé ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par Mme D épouse C ne sont pas fondés.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2024.

II- Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, sous le n°2400720, M. B C, représenté par Me Miquet, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2°) d'annuler l'arrêté par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête n°2400603.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel des affaires à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants albanais nés respectivement le 2 février 1978 et 23 octobre 1983, déclarent être entrés sur le territoire français, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, le 11 mai 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 21 juillet 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par deux ordonnances rendues par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2023. A la suite de ces rejets, par deux arrêtés du 24 janvier 2024 dont M. et Mme C demandent l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 5 avril 2024. Par suite il n'y a plus lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par Mme E A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, M. et Mme C soutiennent que leur droit au respect de leur vie privée et familiale en France faisait obstacle à ce que la préfète prononce une obligation de quitter le territoire français à leur encontre. Ils ne produisent toutefois aucun élément de nature à établir qu'ils auraient en France des liens personnels et familiaux d'une intensité, ancienneté et stabilité telles que les décisions en litige devraient être regardées comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de leur vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en conséquence, être écarté.

5. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la préfète n'a pas tenu compte de l'état de santé de Mme C alors que cette dernière aurait déposé une demande de titre de séjour en ce sens. Si la préfète reconnaît que les intéressés lui ont transmis, le 14 février 2024 un certificat médical du centre hospitalier de Lunéville, cette transmission est postérieure aux arrêtés attaqués et les éléments qu'ils produisent ne sont pas de nature à établir qu'ils avaient porté à la connaissance de l'autorité administrative, préalablement à l'édiction des mesures litigieuses, des éléments relatifs à l'état de santé de Mme C, justifiant un examen particulier. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen.

6. En quatrième lieu, faute pour M. et Mme C d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français prononcées à leur encontre, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français devraient être annulées en conséquence d'une telle illégalité doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. et Mme C soutiennent qu'en cas de retour en Albanie, ils seraient exposés à des traitements contraires à ces stipulations de la part de la famille de la jeune fille avec laquelle leur fils entretient une relation amoureuse interdite. Toutefois, ils ne produisent aucun élément de nature à démontrer la réalité des risques auxquels ils seraient confrontés en cas de son retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 précité ne peut être accueilli.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

10. Contrairement à ce fait valoir les requérants, la préfète pouvait, alors qu'un délai de départ volontaire leur a été octroyé, assortir les mesures d'éloignement litigieuses d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus d'admettre M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D épouse C, à M. B C, à Me Miquet et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400603 et 2400720

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