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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400638

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400638

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOUTONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 février 2024 à 12 heures 18, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé de le maintenir en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une attestation de demande d'asile afin de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est incompatible avec les objectifs fixés par la directive " Accueil ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira, magistrate déléguée ;

- les observations de Me Boutonnet, avocate de M. A, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et soutient en outre qu'il réside à Jarville avec sa compagne avec laquelle il a eu une petite fille née le 24 novembre 2023 et que la préfète ne démontre pas le caractère dilatoire de sa demande d'asile.

- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, qui précise être sorti récemment de détention et être resté moins de quinze jours avec sa fille qui venait de naître.

- et les observations de Me Morel qui soutient que les éléments soulevés au titre de sa vie privée et familiale sont inopérants et que sa demande d'asile est dilatoire dès lors qu'il a présenté sa demande après seulement cinq jours après avoir été placé en rétention ; que l'OFPRA a rejeté sa demande comme étant irrecevable dès lors qu'elle a été présenté hors délai ; qu'il ne justifie pas de garanties de représentation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 12 décembre 2002, a été condamné à cinq mois d'emprisonnement pour vol aggravé par le tribunal correctionnel de Nancy par un jugement du 17 février 2023. Par un arrêté du 18 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Le 21 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a placé en rétention. Le juge des libertés et de la détention a autorisé la prolongation de la rétention administrative jusqu'au 21 mars 2024. Le 27 février 2024, M. A a sollicité le bénéfice du statut de réfugié. Par un arrêté du même jour, dont M. A demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné son maintien en rétention.

2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France ainsi que les éléments au regard desquels la préfète a estimé que la demande d'asile de l'intéressé présentait un caractère dilatoire. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait pertinentes qui fondent la décision maintenant M. A en rétention. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En troisième lieu, s'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () ". Aux termes de l'article L. 754-1 du même code : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. / () ".

6. Il est constant que M. A, qui a déclaré à la préfète être entré en France en 2018 n'a engagé aucune démarche pour se voir reconnaître la qualité de réfugié avant d'être placé en rétention administrative le 21 janvier 2024 en vue de l'exécution d'une mesure d'éloignement prise à son encontre, alors même qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté, à l'appui de sa demande d'asile, des éléments tenant à un risque d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle était fondée à regarder cette demande d'asile comme étant présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.

7. En dernier lieu, eu égard à son objet et à sa vocation de ne produire des effets que durant le temps strictement nécessaire à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) pour se prononcer sur la demande d'asile, selon une procédure accélérée, une mesure de maintien en rétention administrative n'est pas de nature, en elle-même, à porter atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète quant à l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé de le maintenir en rétention administrative. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Lu en audience publique le 8 mars 2024 à 16 heures 15.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière

A. Mercy

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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