lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400647 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête enregistrée le 29 février 2024 à 13 heures 39, sous le n° 2400646, Mme A C, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Meuse l'a assignée à résidence dans le département de la Meuse au 14 rue des Acacias n° 3 à Ligny-en-Barrois à compter du 27 février 2024 pour une troisième durée de trente jours qui prendra fin au moment de son départ du territoire français et l'a obligée à se présenter les mardis entre 14h00 et 15h00 aux services de police ainsi que l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Meuse l'a assigné à résidence au 10 rue des Acacias n° 7 à Ligny-en-Barrois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter d'observations écrites ou orales, en étant éventuellement assistée d'un avocat ou d'une autre personne, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ils sont insuffisamment motivés et méconnaissent l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ils lui ont été irrégulièrement notifiés dès lors que le nom de l'interprète ne figure pas sur la notification ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- ils méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils portent atteinte de manière disproportionnée à sa liberté fondamentale de circuler ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête, la mesure d'assignation ayant pris fin le 29 février 2024, date à laquelle Mme C a été éloignée ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
II - Par une requête enregistrée le 29 février 2024 à 13 heures 39 sous le n° 2400647, M. B D, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Meuse l'a assigné à résidence dans le département de la Meuse au 14 rue des Acacias n° 3 à Ligny-en-Barrois à compter du 27 février 2024 pour une troisième durée de trente jours qui prendra fin au moment de son départ du territoire français et l'a obligé à se présenter les mardis entre 14h00 et 15h00 aux services de police ainsi que l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Meuse l'a assigné à résidence au 10 rue des Acacias n° 7 à Ligny-en-Barrois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter d'observations écrites ou orales, en étant éventuellement assisté d'un avocat ou d'une autre personne, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ils sont insuffisamment motivés et méconnaissent l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ils lui ont été irrégulièrement notifiés dès lors que le nom de l'interprète ne figure pas sur la notification ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- ils méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils portent atteinte de manière disproportionnée à sa liberté fondamentale de circuler ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête, la mesure d'assignation ayant pris fin le 29 février 2024, date à laquelle M. D a été éloigné ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bastian, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C et M. D, ressortissants géorgiens, sont entrés en France, selon leurs déclarations, le 27 avril 2022. Leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile. Par deux arrêtés du 22 mai 2023, le préfet de la Meuse a refusé de les admettre au séjour au titre de l'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et les a assignés à résidence. Par un jugement nos 2301798 et 2301799 du 28 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif a rejeté leurs conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et les assignant à résidence. Toutefois, par un jugement nos 2301798 et 2301799 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif a annulé les décisions portant refus de titre de séjour. Par deux arrêtés du 2 novembre 2023, le préfet de la Meuse a renouvelé pour une durée de trente jours leurs assignations à résidence. Par deux arrêtés du 21 février 2024, le préfet de la Meuse a renouvelé leurs assignations à résidence dans le département de la Meuse au 14 rue des Acacias n° 3 à Ligny-en-Barrois à compter du 27 février 2024 pour une troisième durée de trente jours qui prendra fin au moment de leur départ du territoire français et les a obligés à se présenter les mardis entre 14h00 et 15h00 aux services de police. Par deux arrêtés du 26 février 2024, le préfet de la Meuse les a assignés à résidence au 10 rue des Acacias n° 7 à Ligny-en-Barrois. Par leurs requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme C et M. D demandent l'annulation des arrêtés des 21 et 26 février 2024.
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Meuse le même jour, le préfet de la Meuse a donné délégation à M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Meuse, à l'exception des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflit, des déférés et des décisions de saisine de la chambre régionale des comptes dans le cadre du contrôle budgétaire. Dans ces conditions, M. E était compétent pour signer les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ou le principe du contradictoire ne sauraient être utilement invoqués par Mme C et M. D à l'encontre de la décision prolongeant les assignations à résidence, mesures d'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français.
4. En troisième lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, les dispositions invoquées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux assignations à résidence, dont l'obligation de motivation fait l'objet de dispositions spécifiques du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui a été transposé dans l'ordre interne ne peut plus, dès lors, être invoqué utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation des arrêtés attaqués doivent, par suite, être écartés.
5. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de l'absence du nom de l'interprète doivent être écartés comme étant inopérants.
6. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des autres pièces des dossiers que le préfet de la Meuse n'aurait pas procédé à un examen individuel, complet et sérieux de la situation des intéressés.
7. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire, sont inopérants à l'encontre de mesures relatives à l'exécution de décisions d'éloignement.
8. En septième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants dès lors que les mesures en litige n'ont, en elles-mêmes, ni pour objet ni pour effet d'éloigner les requérants.
9. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). "
10. D'une part, si les requérants soutiennent être intégrés en France, que leurs enfants y sont scolarisés et suivent des activités extra-scolaires, qu'ils ont suivi des cours de français et qu'ils ont tissé des liens personnels et amicaux, ils n'indiquent pas en quoi cette intégration ferait obstacle aux mesures d'assignation à résidence en litige. D'autre part, s'ils soutiennent qu'une mesure d'éloignement porterait atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, les mesures en litige n'ont, en elles-mêmes, ni pour objet ni pour effet de les éloigner du territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doivent être écartés.
11. En neuvième lieu, les moyens tirés de ce que les arrêtés attaqués portent atteinte de manière disproportionnée à leur liberté fondamentale de circuler ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils doivent être écartés.
12. En dixième lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions portant refus de titre de séjour sur la situation personnelle des intéressés sont inopérants à l'encontre des arrêtés portant assignation à résidence. Par suite, ils ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu soulevée en défense, que les requêtes de M. D et de Mme C doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y inclus celles tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D et de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A C, à Me Lévi-Cyferman et au préfet de la Meuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.
Le magistrat désigné,
P. Bastian
La greffière,
A. Mercy
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2400646, 2400647
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026