mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400685 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M C B, représenté par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 février 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de la décision n'est pas établie ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne une peine d'emprisonnement de 3 ans ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 16 août 2001 à Chlef (Algérie), est entré en France, selon ses déclarations, le 28 juillet 2016 sous couvert d'un visa Schengen. Par acte de recueil légal de khafala du 19 octobre 2016, Mme A B, sa tante, a été désignée recueillant légal de M. B. Par un courrier du 17 décembre 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au motif de sa vie privée et familiale en se prévalant de la présence en France de sa tutrice. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé son admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. A la suite de son interpellation le 5 juin 2022 par les services de police de Saint-Dizier et son placement en garde à vue le 6 juin 2022 pour des faits de trafic de stupéfiants, il a de nouveau fait l'objet d'une mesure d'éloignement, sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, prise par le préfet de la Haute-Marne en date du 10 juin 2022. Puis par un jugement du tribunal correctionnel de Chaumont du 13 juin 2022, M. B a été condamné à trois ans d'emprisonnement et dix ans d'interdiction de retour sur le territoire français, pour des faits de transport, détention et cession de produits stupéfiants, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de chiffrement d'un moyen de cryptologie. Par un arrêt de la cour d'appel de Dijon en date du 11 août 2022, M. B a été condamné pour les mêmes infractions à une peine de trente mois d'emprisonnement et à une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans. Par suite, par un arrêté du 27 février 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pris à son encontre un arrêté fixant le pays de renvoi.
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relatives notamment à la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de motivation ".
4. La décision fixant le pays à destination duquel M. B doit être reconduit en exécution de la mesure d'interdiction du territoire français de cinq ans dont il fait l'objet, vise notamment les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé, d'une part, a été condamné par le juge judiciaire à une peine complémentaire de 5 ans d'interdiction du territoire français et, d'autre part, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.
5. En troisième lieu, M. B se prévaut d'une erreur de fait en ce que la décision contestée mentionne une peine d'emprisonnement de 3 ans, alors que la cour d'appel de Dijon a réduit cette peine initiale prononcée par le tribunal correctionnel de Chaumont, à 30 mois d'emprisonnement. Toutefois, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui se fonde sur la condamnation du requérant par le juge judiciaire à une peine d'interdiction du territoire français de cinq ans. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction du territoire français prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière ", le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion.
7. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. M. B soutient que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation, et qu'elle n'aurait ainsi pas tenu compte de son temps de présence sur le territoire français ainsi que de ses attaches familiales importantes en France. Il résulte toutefois des dispositions précitées que l'éloignement de M. B est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée à son encontre par la cour d'appel de Dijon, et qui emporte de plein droit cette mesure d'éloignement, dont la préfète était tenue d'assurer l'exécution. Il s'ensuit que le requérant ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision en litige, qui s'est bornée à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire, de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français et de sa situation familiale en France. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, qui est ainsi qu'il a été dit au point 4, suffisamment motivée, que la préfète de Meurthe-et-Moselle se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation de M. B au regard du pays dont il est originaire et que la préfète a fixé comme pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.
10. En dernier lieu, si M. B soutient également que la préfète de Meurthe-et-Moselle a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit découle, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 10 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026