LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400686

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400686

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024 à 14 heures 29 et un mémoire enregistré le 11 mars 2024, Mme F A, retenue au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024, notifié le même jour à 17 heures, par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- l'auteur des décisions contestées est incompétent, faute d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue, et méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas de nature à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les faits reprochés ne sont pas suffisants pour caractériser une situation d'urgence ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains, signée à New-York le 10 décembre 1984 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté de circulation au regard des articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'union européenne et des articles 27 et 35 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité de fonctionnement de l'union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains, signée à New-York le 10 décembre 1984 ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourjol, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourjol,

- les observations de Me Corsiglia, avocate commise d'office, représentant Mme A qui sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et demande, à l'appui des conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement, la neutralisation du motif tiré de la menace à l'ordre public, qui n'est pas établi, dès lors que les faits reprochés ne sont pas caractérisés au sens du code pénal. Le placement en garde à vue de la requérante n'a eu aucune suite et elle ne figure pas au fichier TAJ. Le second motif de l'obligation de quitter le territoire français tiré du maintien de l'intéressée sur le territoire plus de trois mois est erroné. Mme A a entrepris des démarches auprès du consulat de Roumanie en vue de se voir délivrer des pièces d'identité, qui n'ont pu aboutir du fait de son placement en rétention administrative. La décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit, en l'absence d'urgence. La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans est privée de base légale, et est entachée d'une erreur de fait.

- les observations de Mme A, assistée par une interprète assermentée en langue roumaine,

- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il souligne que la mesure d'éloignement est suffisamment motivée en droit et en fait. Elle n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le comportement de Mme A représente une menace à l'ordre public au regard des faits commis de vol en réunion, compte tenu du risque avéré de récidive, et rentre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision d'éloignement est également fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que Mme A ne justifie d'aucun droit au séjour. L'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la requérante n'apporte pas la preuve de la date de son entrée sur le territoire français, ne justifie pas de ressources ou d'un logement, qu'elle n'a pas de relations stables avec son compagnon et n'apporte aucun élément de preuve de son intégration dans la société. Il insiste sur le fait qu'il y a urgence à l'éloigner compte tenu de la menace que représente son comportement pour l'ordre public. Il précise que la décision fixant le pays de renvoi ne porte pas atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que Mme A n'établit pas être exposée à un risque actuel et personnel pour sa liberté ou sa vie en cas de retour en Roumanie, et qu'elle n'a fait aucune démarche pour solliciter le bénéfice de l'asile en France. L'interdiction de circulation sur le territoire français prise à l'encontre de Mme A n'est pas entachée d'erreur d'appréciation, cette dernière n'ayant aucune attache en France alors qu'elle n'en est pas dépourvue en Roumanie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, ressortissante roumaine née le 30 août 1992, a été placée en garde à vue par les services de police de Metz le 5 mars 2024 pour des faits de vol en réunion. Par un arrêté du 5 mars 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

3. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs de la Moselle, le préfet a donné délégation à M. B D, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction. Par suite, M. B D, signataire de l'arrêté contesté du 5 mars 2024, était compétent. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, contenues dans l'arrêté contesté, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, contenues dans l'arrêté attaqué, mentionnent les considérations de droit et de fait qui fondent l'ensemble des décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, les conditions de notification des décisions contestées sont sans incidence sur la légalité de celles-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi contestées n'auraient pas été notifiées à la requérante dans une langue qu'elle comprend doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des motifs de la décision attaquée que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A avant de prendre la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition le 5 mars 2024, que Mme A a été invitée à formuler les observations qu'elle souhaitait porter à la connaissance du préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :/ 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

9. Pour obliger Mme A à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle s'est fondé sur le double motif tiré que son comportement est constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et de l'absence de droit au séjour en France pour une durée supérieure à trois mois dès lors qu'elle est sans ressources, et sans domicile fixe.

10. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre de l'Union européenne qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doit être apprécié en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

11. Pour prendre à l'encontre de Mme A une mesure d'éloignement, le préfet de Moselle s'est fondé sur la circonstance qu'elle avait été placée en garde à vue le 5 mars 2024 à Metz pour vol d'un véhicule en réunion et que son comportement était par conséquent constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de son audition par les services de police de Metz, que Mme A a nié les faits reprochés, lesquels n'ont donné aucune poursuite, et n'a jamais été condamnée pénalement. Dans ces conditions, ces faits de vol en réunion pour lesquels l'intéressée a été interpellée ne sont pas de nature à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, au sens des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Moselle aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur l'autre motif mentionné dans la décision attaquée, tiré de l'absence d'un droit au séjour d'une durée supérieure à trois mois, faute pour Mme A de justifier de son identité, d'une source de revenus lui permettant de se maintenir sur le territoire français plus de trois mois, d'un logement et qu'elle est dépourvue d'attaches stables en France[RL1][BA2]. La requérante n'apporte aucun élément susceptible de démontrer qu'elle justifierait d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité au point 8 du présent jugement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

13. Mme A soutient qu'elle vit en couple depuis trois ans avec un ressortissant français et qu'elle n'a plus de contact avec sa famille en Roumanie. Toutefois, si l'intéressée fait valoir qu'elle nourrit un projet de vie commune avec lui, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. La requérante n'est pas dépourvue de tous liens en Roumanie, où résident ses deux enfants, ce qui n'est pas contesté. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte à sa vie privée et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

16. En se bornant à soutenir qu'elle serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine, la requérante ne produit aucun élément sérieux de nature à démontrer l'existence de risques qu'elle puisse subir un traitement prohibé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens tirés de sa méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, doivent donc être écartés.

17. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du présent jugement, en prenant à l'encontre de la requérante la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans :

18. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). ".

19. Ainsi qu'il a été précédemment indiqué, le premier motif tiré de ce que le comportement de Mme A représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société est erroné. En outre, le second motif retenu par le préfet et tiré de l'absence de droit au séjour n'est pas de nature, à lui seul, à caractériser l'urgence au sens de la disposition précitée au point 18 [RL3][BA4]du présent jugement. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet a méconnu l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. En second lieu, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est fondée sur les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

21. Ainsi qu'il a été indiqué au point 19 du présent jugement, le motif tiré de ce que le comportement de la requérante représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société étant erroné, Mme A est fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de deux ans, le préfet a commis une erreur d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et le pays de destination doivent être rejetées. En revanche, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre ces décisions, Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

23. Aux termes de l'article L. 251-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision relative au délai de départ volontaire est annulée, une nouvelle décision est prise en application de l'article L. 251-3. " Aux termes de l'article L. 614-17 de code, applicable au litige en application de l'article L. 251-7 du même code : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance (), et () le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative (). Ce délai court à compter de sa notification. "

24. Si l'annulation de la décision refusant d'octroyer à Mme A un délai de départ volontaire implique nécessairement la fin des mesures de surveillance, l'annulation partielle prononcée par le présent jugement n'implique, en revanche, aucune des mesures d'exécution sollicitées par Mme A. Dès lors, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. Il est toutefois rappelé à Mme A son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Sur les frais de l'instance :

25. Mme A ayant été admise à l'aide juridictionnelle provisoire, Me Corsiglia peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Corsiglia, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 5 mars 2024 du préfet de la Moselle en tant qu'il a refusé à Mme A l'octroi d'un délai de départ volontaire et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, sont annulées.

Article 3 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet Mme A.

Article 4 : L'Etat versera à Me Corsiglia, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Corsiglia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, au préfet de la Moselle et à Me Corsiglia.

Lu en audience publique le 12 mars 2024 à 15 heures 31.

La magistrate désignée,

A. Bourjol

La greffière

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

[RL1]Phrase à vérifier '

[BA2R1]Merci

J'ai modifié

[RL3]A compléter

[BA4R3]C fait merci

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions