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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400696

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400696

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme B, ressortissante tchadienne, contre le refus implicite de titre de séjour, remplacé par un refus explicite du 28 février 2025. La requérante invoquait une atteinte à sa vie privée et familiale (article 8 de la CEDH et L. 423-23 du CESEDA), une méconnaissance de l'article L. 435-1 du CESEDA, une erreur manifeste d'appréciation et une violation de l'article 3-1 de la CIDE. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la décision contestée ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, Mme D C B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète de Meurthe-et-Moselle qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tchadienne née le 1er janvier 1965, est entrée en France le 8 décembre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de type C d'une durée de 90 jours valable jusqu'au 13 août 2018. La demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juin 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 août 2019. Sa demande de réexamen a également été rejetée tant par l'OFPRA que la CNDA. Le 4 décembre 2019, l'intéressée a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et le recours contentieux dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 27 février 2020. Le 14 décembre 2020, Mme B a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour, demande qui a été rejetée par un arrêté du 8 juillet 2021. Ce refus a été assorti d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours contentieux dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 8 juillet 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative de Nancy du 28 avril 2022. Par un courrier du 15 décembre 2022, Mme B a de nouveau sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour.

Sur la portée des conclusions :

2. Si le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande de titre de séjour pendant quatre mois fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, y compris le cas échéant en cours d'instance, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions tendant à l'annulation doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Par un arrêté du 28 février 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle a explicitement rejeté la demande de délivrance de titre de séjour présentée par Mme B. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que le juge de l'excès de pouvoir annule le rejet implicite de la demande de titre de séjour de Mme B, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 25 février 2025 en ce qu'il porte refus explicite de cette demande.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Mme B se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de ses enfants, dont certains sont scolarisés sur le territoire français, et des liens qu'elle y a tissés. Toutefois, d'une part, si l'intéressée est présente en France depuis la fin de l'année 2017, il ressort des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet d'une précédente décision de refus de séjour, et de deux mesures d'éloignement, auxquelles elle n'a pas déféré. D'autre part, si elle se prévaut de la scolarisation de son fils A sur le territoire, il n'est pas démontré que ce dernier serait dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de neuf ans. En outre, en se bornant à faire état de la présence régulière sur le territoire français de certains de ses enfants, pour lesquels elle n'établit pas le lien de filiation, elle ne démontre pas, en tout état de cause, que sa présence à leurs côtés leur soit indispensable, alors même que ces derniers sont entrés seuls en France où ils ont pu y constituer leur propre cellule familiale. En outre, les attestations produites par la requérante, rédigées en des termes généraux, et dont certaines font état de la présence en France de personnes ayant un " lien de famille " avec la requérante, ne permettent pas de mesurer l'intensité des liens tissés en France par Mme B. Dans ces conditions, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. Ni la promesse d'embauche datée du 1er décembre 2023, dont se prévaut Mme B, ni sa situation personnelle et familiale, telle qu'exposée au point 5 du présent jugement, ne suffisent à caractériser des motifs exceptionnels ou à répondre à des considérations humanitaires, au sens des dispositions mentionnées ci-dessus, de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Ce moyen doit ainsi être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Lévi-Cyferman.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

Mme Sousa Pereira, première conseillère,

M. Durand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La rapporteure,

C. Sousa Pereira

Le président,

J.-F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier :

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