mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400697 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | MINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. B A, représenté par Me Mine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un récépissé de première demande de titre de séjour autorisant son titulaire à travailler, ou de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que l'arrêté :
- est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- a été pris en méconnaissance de l'obligation d'information prévue aux articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est fondé sur des faits erronés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jouguet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité algérienne, né le 19 juillet 1989, est entré sur le territoire français en 2019. A la suite d'un placement en garde à vue par les services de police de Nancy, sa situation irrégulière sur le territoire a été mise en évidence. Par un arrêté du 12 juillet 2023, il s'est dès lors vu notifier une obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 11 novembre 2023, il a été placé en centre de rétention administrative et a été remis en liberté par le juge des libertés et de la détention du tribunal judicaire de Metz par une ordonnance du 10 janvier 2024. A la suite de cette décision, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pris à l'encontre de M. A une décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois, avec obligation de se présenter chaque lundi et jeudi à 9h45 à l'hôtel de police de Nancy. M. A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
3. La décision assignant M. A à résidence vise les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, qu'il est actuellement dans l'impossibilité de quitter le territoire français mais qu'il existe pour autant une perspective raisonnable d'exécution de son obligation et que, dans l'attente d'une perspective raisonnable d'exécution, il est apparu nécessaire et approprié de l'astreindre à une présentation aux fins de pointage. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle et familiale de M. A avant de prendre la mesure d'assignation contestée.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ".
6. M. A ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision l'assignant à résidence de la méconnaissance des dispositions citées ci-dessus, dès lors que celles-ci sont relatives aux informations devant lui être remises après l'édiction de cette décision. Leur méconnaissance est ainsi insusceptible d'entacher d'illégalité l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. A soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des articles 8 et 15 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, ces dispositions ont été transposées en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. Il ne peut donc directement s'en prévaloir à l'encontre d'une décision portant assignation à résidence, qui ne présente pas un caractère réglementaire. En tout état de cause, ces articles ont un objet étranger à celui de la décision attaquée et, par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
9. Tout d'abord, la circonstance que le requérant présenterait des garanties de représentation suffisantes n'est pas de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'assignation, dès lors que, s'agissant d'une mesure alternative au placement en rétention, elle ne peut être prononcée qu'en présence de garanties de représentation de nature à prévenir le risque que l'étranger se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les garanties de représentation qu'il présente et l'absence de risque de fuite feraient obstacle à l'édiction d'une telle mesure.
10. Ensuite, M. A soutient que l'arrêté contesté méconnait les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, en ce qu'il n'existerait aucune perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Toutefois, les dispositions citées au point 8, sur lesquelles se fonde la décision contestée, ne subordonnent pas le prononcé d'une mesure d'assignation à résidence à l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de la décision d'éloignement sur le fondement de laquelle cette assignation à résidence a été prise. Au contraire, une telle mesure ne peut intervenir qu'en l'absence d'une telle perspective à la date à laquelle elle est prononcée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable ne peut qu'être écarté.
11. En outre, M. A soutient que la préfète de Meurthe-et-Moselle se fonde sur des faits erronés pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, cette dernière ne justifiant pas de l'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre et de la saisine des autorités consulaires aux fins de délivrance d'un laissez-passer. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A était dépourvu, à la date de la décision contestée, d'un document de séjour et de voyage. Dès lors, la préfète de Meurthe-et-Moselle était dans l'obligation d'obtenir un laissez-passer auprès des autorités consulaires algériennes, dont la saisine a été réalisée le 12 novembre 2023 et le 28 décembre 2023. Ainsi, l'absence de possession par le requérant d'un document d'identité et de voyage a effectivement rendu impossible provisoirement l'exécution de la mesure d'expulsion dont il faisait l'objet. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
12. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci fait obligation à M. A de se présenter auprès des services de police de Nancy, sis 38 boulevard Lobau, les lundis et jeudis à 9h45 et lui interdit de se déplacer en dehors du département de Meurthe-et-Moselle où il est assigné. Le requérant soutient que, compte tenu notamment de sa situation de précarité, les modalités de présentation qui lui sont imposées portent une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer que la mesure prise ainsi que ses modalités d'exécution, ne seraient pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent, ni qu'elles auraient des conséquences manifestement excessives sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision litigieuse doit être écarté.
13. En sixième lieu, M. A se prévaut de la méconnaissance du délai raisonnable prévu par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de la violation de son droit à un recours effectif tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe et Moselle et à Me Mine.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
A. Jouguet
Le président,
B. Coudert La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026