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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400704

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400704

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEGOULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2024 à 15 heures 07 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 mars 2024, Mme A F demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite, et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public ;

- la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'urgence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Degoulet, avocate commise d'office représentant Mme F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; Me Degoulet sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; elle soutient que Mme F n'a aucune intention de rester en France et souhaite repartir en Allemagne ; elle soulève un nouveau moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait fonder l'obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne justifie pas qu'elle serait présente en France depuis plus de trois mois ; la présence de la requérante en France ne constitue pas une menace suffisamment réelle dès lors qu'elle compte repartir dans son pays d'origine ; l'urgence n'est pas suffisamment caractérisée dès lors qu'elle a seulement été placée en garde à vue et qu'elle n'a pas fait l'objet de poursuites ;

- les observations de Mme F, assistée d'un interprète en langue anglaise,

- et les observations de M. H, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et rappelle que Mme F a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en décembre 2023 à la suite d'un placement en garde à vue pour des faits de violences ; le préfet pouvait légalement fonder l'obligation de quitter le territoire français contestée sur les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que Mme F ne remplit pas les conditions d'entrée applicables aux ressortissants communautaires ; sa durée de présence de moins de trois mois est contestée compte tenu de son placement en garde à vue et de l'édiction d'une première mesure d'éloignement en décembre 2023 ; son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors que l'intéressée a été placée en garde à vue à trois reprises, pour des faits de violence aggravée, de violence et d'agression sexuelle, et de violence à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique ; il y a urgence à l'éloigner dès lors que la requérante n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet et qu'elle demeure sans ressources et sans domicile fixe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante allemande née le 15 mai 1985, est entrée sur le territoire français en mars 2024 selon ses déclarations. Par un arrêté du 8 mars 2024, le préfet de le Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la requête susvisée, Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le 19 janvier 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. D B, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, chef du bureau de l'admission séjour, à l'effet de signer les décisions contestées en cas d'absence ou d'empêchement de M. C E, directeur de l'immigration et de l'intégration. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

6. Enfin, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. La requérante ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

9. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

10. En l'espèce, si Mme F soutient qu'elle a été privée du droit d'être entendue, elle ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort en outre des pièces produites par le préfet que la requérante a été invitée, au cours de son audition par les services de police et par un formulaire de renseignements administratif à compléter, antérieurement à l'intervention de l'arrêté en litige, à présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement et sur sa situation personnelle et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, en conséquence, être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Pour l'application de ces dernières dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

12. Pour faire obligation à Mme F de quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur deux motifs, l'un tenant à l'absence de justification d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autre tenant à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° du même article.

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme F serait entrée en France en mars 2024 selon ses déclarations. La requérante, qui ne dispose d'aucun domicile ni d'aucune ressource, ne justifie d'aucun lien particulier en France et n'établit pas y être durablement insérée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme F a été interpellée le 17 septembre 2023 pour des faits de violence sur une personne chargée d'une mission de service public. Le 3 décembre 2023, elle a été placée en garde à vue pour des faits violence aggravées. Ces derniers faits, qui sont corroborés par l'audition de la victime, ont donné lieu à une convocation à l'audience du tribunal judiciaire de Mulhouse du 14 mai 2024. Enfin, le 7 mars 2024, Mme F a été interpellée et placée en garde à vue pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de plus de quinze ans, de violences légères, et d'injures publiques en raison de l'origine, l'ethnie, la religion, la nation et la race, commis alors qu'elle circulait à bord d'un train à destination de Metz et qu'elle était en état d'ébriété. En se bornant à soutenir qu'elle n'a pas fait l'objet de poursuites ou de condamnations pénales, Mme F ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, eu égard notamment à la répétition et à la nature des faits en question, le préfet a pu, à bon droit, estimer que ces faits étaient de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, justifiant une mesure d'éloignement prise sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. D'autre part, si Mme F fait valoir que le préfet ne pouvait pas fonder la mesure d'éloignement litigieuse sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle résidait en France depuis moins de trois mois, il résulte de ce qui précède que son comportement est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Cette circonstance était de nature à justifier, à elle-seule, l'édiction d'une mesure d'éloignement et il résulte ainsi de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce dernier motif. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Eu égard aux éléments rappelés au point 13 du présent jugement, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement que le comportement de Mme F doit être regardé comme constituant, du point de vue de l'ordre public une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société de sorte que le préfet de la Moselle justifiait de la condition d'urgence, au sens des dispositions précitées du second alinéa de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour ne pas lui accorder un délai de départ volontaire, en l'absence d'insertion particulière de l'intéressée sur le territoire français . Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

19. En deuxième lieu, Mme F ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision en litige, des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux citoyens de l'Union européenne.

20. En dernier lieu, le préfet de la Moselle ne s'est pas fondé sur la circonstance que Mme F présentait un risque de se soustraire à la décision d'éloignement dont elle fait l'objet pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant ne présente pas de risque de fuite doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, Mme F n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

22. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

23. Enfin, en se bornant à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme F n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

24. En premier lieu, Mme F n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

26. Il résulte de ce qui précède qu'au regard du comportement et de la situation personnelle de Mme F, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui interdisant de circuler en France pendant une durée de deux ans. Ces moyens doivent donc être écartés.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

28. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

29. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par Mme F au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 14 mars 2024 à 16 heures 26.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

A. Mercy

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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