LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400707

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400707

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2024 à 18 heures 28 et un mémoire enregistré le 14 mars 2024, M. C A, représenté par Me Tcholakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jours de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- elles doivent être annulées pour défaut d'instruction complète et sérieuse de sa situation ;

- elles ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de l'article L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

- le préfet ne démontre pas que les personnes ayant consulté le traitement des antécédents judiciaires étaient dûment habilitées et que cette consultation a été faite selon les prescriptions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, de sorte que les données issues de cette consultation ne peuvent être utilisées dans la présente procédure, sauf à méconnaître ces dispositions ;

- le préfet n'établit ni la réalité ni l'actualité de la menace pour l'ordre public que constituerait sa présence en France ;

- les décisions en litige portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Tcholakian, avocat représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; Me Tcholakian rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A sur le territoire français et en particulier son mariage avec une ressortissante française ; le requérant a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français ; lors du renouvellement de ce titre, il aurait dû être mis en possession d'une carte de résident ; il a ensuite été mis en possession de deux récépissés mais l'administration a attendu l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, pour refuser de renouveler son titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français ; la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu et des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public dès lors que la procédure contradictoire a été menée dans la précipitation, alors qu'il était placé en détention ; le préfet n'était pas habilité à consulter les fichiers issus du traitement des antécédents judiciaires, de sorte que ces éléments ne peuvent pas être pris en compte pour apprécier la menace à l'ordre public ; il convient d'assurer un juste équilibre entre la vie privée et familiale du requérant et les faits qui lui sont reprochés ; dans l'appréciation de la menace que constitue le comportement de M. A pour l'ordre public, il convient de séparer les faits de violences, commis à Tours, de ceux de conduite sous l'emprise de stupéfiants commis plusieurs mois après ; les faits ayant donné lieu à la dernière condamnation de M. A ont été commis alors qu'il était en détention ; leur gravité doit être relativisée compte tenu des conditions de détention à la maison d'arrêt de Sarreguemines ; la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors que l'intéressé réside en France depuis plus de quatre ans, qu'il est en couple avec une ressortissante française qui travaille, qu'il a programmé un rendez-vous avec une thérapeute ; il va saisir le préfet d'une demande d'assignation à résidence,

- les observations de M. A, qui précise qu'il a arrêté de fumer et suivi un traitement psychiatrique au centre-pénitentiaire de Metz-Queuleu ; il a commencé à voir un thérapeute spécialisé dans la lutte contre les addictions,

- et les observations de M. H, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et fait valoir que la décision d'éloignement ne méconnaît pas le droit d'être entendu dès lors que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et que sa situation est parfaitement connue de l'administration ; il a en tout état de cause été mis à même de présenter ses observations et n'a inscrit que deux mots sur le formulaire de renseignement administratif qu'il a retourné à l'administration : le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration est inopérant ; M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations, est incarcéré depuis plus de deux ans et ne justifie d'aucune intégration ; s'il se prévaut d'un contrat à durée indéterminée de 2022, il ne produit aucune fiche de paie ; les attestations rédigées par des personnes résidant en Indre-et-Loire ne permettent pas d'établir la réalité de la communauté de vie avec sa conjointe en Moselle ; il n'est pas démontré que la procédure de consultation des fichiers issus traitement des antécédents judiciaires n'a pas été respectée ; en tout état de cause, l'administration pouvait se fonder sur les jugements ayant condamné M. A à des peines d'emprisonnement pour des faits graves, en récidive ; le refus de délai de départ volontaire est justifié dès lors que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne justifie pas de garanties de représentation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 août 2000, est entré sur le territoire français le 12 décembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention étudiant, valable jusqu'au 9 décembre 2020. A la suite de son mariage avec une ressortissante française, M. A a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 31 mai 2023 et dont il a sollicité le renouvellement le 24 mai 2023. Par un arrêté du 7 mars 2024, le préfet de la Moselle lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et des décisions accessoires les accompagnant dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions du 7 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont elles sont assorties. En revanche, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 7 mars 2024 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont elles sont assorties doivent être réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées par une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. F D, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration et chef du bureau de l'admission au séjour, auquel le préfet de la Moselle établit avoir délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E G, directeur de l'immigration et de l'intégration, aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant avant de prendre les décisions contestées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, si M. A soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, en conséquence, être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français et aux décisions accessoires les accompagnant. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. Si M. A soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que la mesure d'éloignement en litige a été prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles du 5° du même article.

13. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. A fait valoir qu'il est entré en France le 12 décembre 2019 et se prévaut de son mariage, le 19 décembre 2020, avec une ressortissante française, avec laquelle il soutient entretenir des liens intenses et stables. Toutefois, le couple n'a pas d'enfant. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A a été incarcéré à compter du 29 mars 2022, et la poursuite des relations après cette incarcération n'est attestée qu'à compter du mois d'octobre 2023. Ainsi, M. A ne justifie pas de la stabilité de la communauté de vie avec son épouse de nationalité française. Par ailleurs, il ressort des mentions figurant au bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant que M. A a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour menace de mort réitérée et violence sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, par un jugement du tribunal correctionnel de Tours du 8 novembre 2021, puis à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal de judiciaire de Nancy du 2 juillet 2022, pour des faits de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Il a en outre été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Sarreguemines du 9 décembre 2022 pour des faits de conduite sans permis, dénonciation mensongère, et délit de fuite après un accident, faits pour lesquels il a été incarcéré à compter du 29 mars 2022. Il a enfin été condamné à une peine de sept mois d'emprisonnement par un arrêt de la cour d'appel de Metz du 20 décembre 2023, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, et de menace de mort ou d'atteinte aux biens à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique. Eu égard à la gravité et au caractère récent et répétés des faits délictueux qu'il a commis, le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. L'intéressé ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière ni d'aucune garantie de réinsertion à sa levée d'écrou. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, en dépit de la durée de présence régulière de l'intéressé sur le territoire français et compte tenu de la menace à l'ordre public que son comportement constitue, le préfet de la Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () "

16. Eu égard au caractère répété et à la gravité des faits délictueux commis par M. A et exposés au point 14 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur d'appréciation en lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

17. En second lieu, et eu égard à la situation personnelle et familiale de M. A, telle qu'exposée au point 14 du présent jugement, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, la circonstance que le comportement de M. A ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de destination.

19. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

21. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en décembre 2019 et qu'il a été mis en possession de titres de séjour portant la mention " conjoint de français " à la suite de son mariage avec une ressortissante de nationalité française. Si la communauté de vie dont se prévaut M. A ne peut être regardée comme suffisamment stable en raison de son incarcération à compter du 29 mars 2022, le requérant produit plusieurs confirmations de rendez-vous adressées à sa conjointe pour des visites au centre pénitentiaire de Metz-Queuleu, à compter du mois d'octobre 2023, ainsi que plusieurs attestations de virements effectués à son profit par cette dernière à compter du mois de novembre 2023. Le requérant justifie ainsi de la reprise des relations avec sa conjointe et de la volonté de poursuivre ces relations. Enfin, M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et en dépit de la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné à plusieurs reprises, le requérant est fondé, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, fixée par le préfet à cinq ans, est disproportionnée. Par suite, ce moyen doit être accueilli.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 7 mars 2024 par laquelle le préfet de la Moselle lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas, pour l'essentiel, la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2400707 à fin d'annulation de la décision du 7 mars 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé d'admettre M. A au séjour, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : La décision du 7 mars 2024 du préfet de la Moselle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 14 mars 2024 à 16 heures 28.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

A. Mercy

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions