jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2400727, M. B A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
- il est entaché d'incompétence de son auteur, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir discrétionnaire de régularisation dès lors que la préfète n'a pas exercé l'étendue de sa compétence et n'a pas examiné la demande dont elle était saisie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée de vices de procédure l'ayant privé de garanties dès lors, d'une part, que le médecin ayant réalisé le rapport médical à destination du collège des médecins de l'Office français d'intégration et d'immigration n'a pas siégé pour le prononcé de l'avis et, d'autre part, qu'il n'est pas justifié de la triple signature des médecins sur l'avis du collège médical ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que son fils pourrait bénéficier des soins que nécessitent son état de santé dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé de cette décision.
La requête a été communiquée à la préfète des Vosges qui n'a pas produit de mémoire.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 30 avril 2024 pour M. A et n'ont pas été communiquées.
II- Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2400728, Mme E, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
- il est entaché d'incompétence de son auteur, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir discrétionnaire de régularisation dès lors que la préfète n'a pas exercé l'étendue de sa compétence et n'a pas examiné la demande dont elle était saisie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée de vices de procédure l'ayant privée de garanties dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que le médecin ayant réalisé le rapport médical à destination du collège des médecins de l'Office français d'intégration et d'immigration n'a pas siégé pour le prononcé de l'avis et, d'autre part, qu'il n'est pas justifié de la triple signature des médecins sur l'avis du collège médical ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que son fils pourrait bénéficier des soins que nécessitent son état de santé dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé de cette décision.
La requête a été communiquée à la préfète des Vosges qui n'a pas produit de mémoire.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 30 avril 2024 pour Mme A et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droit de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-13 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Géhin, représentant M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants albanais, nés respectivement les 19 mars 1982 et 11 janvier 1988, déclarent être entrés en France le 29 avril 2016 avec leurs deux enfants mineurs. Par des arrêtés du 20 mars 2018, le préfet des Vosges a refusé de faire droit à leur demande d'admission au séjour en qualité d'accompagnants d'étranger malade en raison de l'état de santé de leur fils aîné, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 12 octobre 2018 puis, le 16 août 2019, M. A a formé une nouvelle demande d'admission au séjour au motif du travail. Par un arrêté du 5 septembre 2019, le préfet des Vosges a rejeté ces demandes, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 23 mai 2023, à la suite d'un contrôle routier, la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, par un arrêté du même jour, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence. Par un jugement du 6 juin 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a annulé ces arrêtés. Dans le même temps, M. et Mme A ont formé une demande de titre de séjour, datée du 22 mai 2023, au motif de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle au séjour. Puis, le 28 juillet 2023, à la suite de l'invitation qui leur en a été faite par les services préfectoraux des Vosges, M. et Mme A ont sollicité leur admission au séjour en raison de l'état de santé de leur fils aîné. Par des arrêtés du 2 février 2024, la préfète des Vosges leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par leurs requêtes, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés contestés :
2. En premier lieu, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète des Vosges a délégué sa signature à M. David Percheron, secrétaire général, à l'effet de signer tous actes, y compris en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence de M. David Percheron, signataire des décisions contestées, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, les arrêtés contestés mentionnent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. () ". Aux termes de l'article R*432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre des observations présentées sur la mesure de rétention administrative dont M. A faisait l'objet, les requérants ont formé une demande de titre de séjour le 22 mai 2023 sur le fondement de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle au séjour, qui a été réceptionnée par les services préfectoraux du Bas-Rhin le 26 mai 2023. La circonstance que cette demande ait été adressée à une administration incompétente est sans incidence sur la naissance d'une décision implicite de rejet de cette demande au terme d'un délai de quatre mois à compter de la réception par l'administration initialement saisie. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que les requérants aient contesté la décision implicite de rejet ainsi intervenue.
6. D'autre part, à la suite de l'invitation qui leur en a été faite par les services préfectoraux des Vosges, les requérants ont formé le 28 juillet 2023 une autre demande d'admission au séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'accompagnants d'étranger malade en raison de l'état de santé de leur fils aîné, C. Par les décisions contestées, la préfète des Vosges a expressément refusé de faire droit à cette dernière demande. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète aurait entaché les décisions contestées d'un défaut d'examen sérieux de leur demande du 22 mai 2023 tendant à l'application des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle n'était pas de nouveau saisie et qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet non contestée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, comme exposé au point 5 et 6 ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que la demande d'admission au séjour formée le 28 juillet 2023 par les requérants est uniquement fondée sur leur qualité d'accompagnants d'étranger malade en raison de l'état de santé de leur fils aîné. Ils ne peuvent donc utilement soutenir que les décisions contestées méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés comme inopérants.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
9. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-13 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
10. En l'espèce, l'avis rendu le 26 décembre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Ignace Mbomeyo Medzo, Pierre Horrach et Nicolas Signol, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 7 décembre 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration publiée sur le site internet de l'Office. La circonstance que les signatures de ces médecins seraient des fac-similés n'est pas de nature à remettre en cause leur authenticité ni l'identité des signataires. En outre, il ressort des mentions du bordereau de transmission de l'avis rendu le 26 décembre 2023 que le Dr D qui a établi le rapport médical du 8 décembre 2023 n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné le dossier du fils aîné des requérants, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas été rendu dans des conditions régulières, ne peuvent qu'être écartés.
11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer des titres de séjour à M. et Mme A à raison de l'état de santé de leur fils, la préfète des Vosges s'est fondée sur l'avis du 26 décembre 2023 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que l'état de santé C A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
12. En se bornant à soutenir que leur fils aîné ne pourra disposer d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, les requérants ne contestent pas utilement le motif de la décision attaquée alors que le seul certificat médical qu'ils produisent, daté du 22 mai 2019, aux termes duquel C souffre de troubles du spectre autistique suivis depuis 2016, n'est pas de nature à établir que l'absence de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, la préfète des Vosges n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. et Mme A les titres de séjour qu'ils sollicitaient sur le fondement de ces dispositions.
13. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 2 février 2024 par lesquelles la préfète des Vosges a refusé de leur délivrer un titre de séjour en leur qualité d'accompagnants d'étranger malade en raison de l'état de santé de leur fils aîné.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme A résidaient, à la date des décisions en litige, depuis presque huit ans sur le territoire français où ils sont entrés à l'âge, respectivement, de 34 ans et 28 ans, accompagnés de leurs deux enfants mineurs, âgés alors de 7 et 4 ans. S'il est constant qu'ils doivent la durée de leur séjour à leur maintien en situation irrégulière sur le territoire, il est établi que Mme A est titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'aide de cuisine et qu'elle justifie des salaires perçus depuis le 6 juin 2023, date de son embauche au sein de la société CS Route 88. En outre, M. A justifie être titulaire de contrats à durée déterminée d'une durée d'un an, constamment renouvelés depuis le 15 juin 2020, en qualité de carreleur au sein de la SAS Euro Concept. Ils ont également pris des cours de français et Mme A s'est engagée à participer à des activités d'insertion sociale. La famille dispose par ailleurs d'un logement qui lui est propre, ce dont elle justifie depuis octobre 2022. Leurs deux enfants suivent leur scolarité en France. L'aîné, âgé de quinze ans, est en classe de troisième, a des résultats satisfaisants et fournit des efforts remarqués, malgré son état de santé. Le cadet, âgé de 11 ans, est en classe de sixième, a d'excellents résultats et est décrit comme un élève sérieux et assidu. Enfin, il ressort des attestations produites, en particulier de la directrice de l'école primaire des enfants, de la conseillère principale d'éducation et du président du club de football de leur fils cadet, que la famille participe aux évènements locaux et est bien intégrée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la durée de séjour des intéressés en France et aux efforts entrepris pour s'intégrer socialement, les requérants sont fondés à soutenir qu'à la date à laquelle elles sont intervenues, les décisions de la préfète des Vosges leur faisant obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale.
16. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par M. et Mme A, que ceux-ci sont seulement fondés à demander l'annulation des décisions du 2 février 2024 de la préfète des Vosges leur faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office et leur faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
17. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la préfète des Vosges réexamine la situation de M. et Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de M. et Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de leur délivrer, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour les autorisant à exercer une activité professionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés aux instances :
18. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'État le versement aux requérants de la somme totale de 1 200 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 2 février 2024 de la préfète des Vosges sont annulés en tant qu'ils obligent M. et Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en tant qu'ils fixent le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office et en tant qu'ils leur font interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de M. et Mme A et de leur délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour les autorisant à exercer une activité professionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme A la somme totale de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme F A et à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience publique du 2 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400727, 2400728
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026