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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400737

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400737

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars et le 22 avril 2024, M. A B, représenté par Me Mine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale" dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son avocat, Me Mine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation familiale et médiale ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il justifie d'une durée de présence en France depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 23 avril 2024 pour la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Mine, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré pour la dernière fois sur le territoire français, selon ses déclarations, au mois de septembre 2009. Bénéficiaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités espagnoles, il a sollicité la délivrance en France d'un certificat de résidence algérien en qualité de salarié et au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 mai 2017, le préfet de la Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1702099 du 14 novembre 2017, le tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B. A la suite de ce nouvel examen, le préfet de la Meurthe-et-Moselle a, par des arrêtés des 12 mars 2018 et 29 novembre 2019, de nouveau refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par des jugements n° 1802089 du 9 octobre 2018 et 2001373 du 15 septembre 2020, le même tribunal administratif a rejeté les recours formés par l'intéressé tendant à l'annulation de ces arrêtés. La cour administrative d'appel a quant à elle rejeté les recours formés par M. B contre ces jugements par des arrêts et ordonnances n° 19NC00106 du 16 juin 2020 et 20NC03738 du 11 août 2021. Le 13 juin 2022, M. B a demandé son admission au séjour sur les fondements du 1) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en se prévalant de sa durée de résidence et de ses attaches personnelles sur le territoire français. Par un arrêté du 23 février 2024, dont M. B demande au tribunal l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations des 1) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans. () ".

3. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. B réside habituellement en France depuis au moins l'année 2012, soit depuis plus de dix ans, à la date de la décision attaquée, ainsi qu'en attestent les avis d'imposition, les fiches de paie, les attestations de proches, les documents administratifs et les dossiers médicaux versés au dossier. Dans ces conditions, la circonstance que sa résidence habituelle entre 2009 et 2011 ne serait pas établie, ainsi que le soutient la préfète de Meurthe-et-Moselle, est sans incidence sur la condition tenant à sa résidence habituelle depuis plus de dix ans. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, la préfète de Meurthe-et-Moselle a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Par voie de conséquence, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement de l'arrêté attaqué implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dès la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Mine, avocat de M. B, sur le fondement de ces dispositions, sous réserve que celui-ci s'engage à renoncer à percevoir la part correspondant à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mine une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Mine.

Délibéré après l'audience publique du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di CandiaLe greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400737

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