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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400742

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400742

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400742
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAARPI L'ILL LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. A B, représenté par Me Hentz, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 1er février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence découle du fait qu'il peut être à tout moment éloigné ;

- il y a une atteinte grave et manifestement illégale portée au respect de sa vie privée et familiale, contraire à l'article 8 de la CEDH, dès lors qu'il est né en France, y réside depuis 19 ans, y a effectué toute sa scolarité, ses parents et sa sœur résident en France ; il a déposé le 4 mars 2024 une demande de certificat de nationalité française au tribunal judiciaire de Strasbourg ;

- l'atteinte portée est manifestement illégale dès lors qu'il se réclame de nationalité française depuis ses 18 ans, qu'il produit la preuve de la réunion des critères de nationalité française, notamment de sa résidence en France sur une période de cinq ans depuis ses 11 ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et qu'en tout état de cause les conditions d'urgence et d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 à 10h00 :

- le rapport de M. Marti, juge des référés,

- les observations de Me Hentz, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h20.

M. B a présenté une note en délibéré enregistrée le 14 mars à 11h04

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, est né à Strasbourg le 10 janvier 2005 a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français par décision de la préfète du Bas-Rhin du 1er février 2024. Son recours à l'encontre de cette décision a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 15 février 2024 et il a été placé au centre de rétention à Metz le 8 mars dernier. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures () ". En vertu de cet article, le juge administratif des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par une urgence particulière, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Ces dispositions législatives confèrent au juge des référés, qui statue, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, par des mesures qui présentent un caractère provisoire, le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.

5. Il appartient à l'étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle est accompagnée d'un placement en rétention administrative ou d'une mesure d'assignation à résidence, de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d'injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

6. Si M. B soutient qu'il a déposé le 4 mars 2024 au tribunal judiciaire de Strasbourg une demande de certificat de nationalité française et qu'il justifie être né en France et avoir résidé habituellement et de façon continue au moins cinq ans en France depuis ses 11 ans, condition pour obtenir la nationalité française, il ne s'agit pas d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait dès lors qu'il n'établit pas qu'il serait de nationalité française, qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur sa nationalité, qu'il pouvait effectuer cette démarche dès ses 18 ans et produire ces pièces devant le tribunal administratif de Strasbourg et qu'il a toujours la faculté de faire appel du jugement rejetant sa requête en faisant valoir ces éléments, même si cet appel n'est pas suspensif. Les conclusions de M. B à fin de suspension et d'injonction doivent, dans ces conditions, être rejetées, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E:

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Hentz et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 15 mars 2024.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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