jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | BACH-WASSERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars et 24 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", à titre subsidiaire, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, très subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, Me Bach-Wassermann, qui renonce dans cette hypothèse au bénéfice de la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire, en l'absence d'une délégation de signature régulière ;
- il est insuffisamment motivé ;
- sa motivation révèle un défaut d'examen de sa demande ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de moyens d'existence suffisants et d'un cursus scolaire et universitaire ininterrompu ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les prescriptions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Agnès Bourjol,
- et les observations de Me Bach-Wassermann, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante albanaise née le 21 août 2003, est entrée en France le 17 août 2018, en compagnie de ses parents et de ses deux frères mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 juillet 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 mai 2023. Par un courrier du 5 juin 2023, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement n° 2303165 du 1er février 2024, le tribunal administratif de Nancy a annulé l'arrêté du 30 août 2023 par lequel le préfet des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la situation de Mme A. Par un nouvel arrêté du 12 février 2024, dont Mme A demande l'annulation, la préfète des Vosges a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
3. Pour refuser de délivrer le titre de séjour demandé par Mme A, la préfète des Vosges s'est fondée, d'une part, sur le fait qu'elle ne disposait pas de moyens d'existence suffisants, d'autre part, qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies.
4. D'une part, la préfète des Vosges s'est livrée à une appréciation à laquelle n'est subordonné que le renouvellement de ce titre, et non la délivrance d'un premier titre. Elle a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit qui l'a nécessairement conduite à faire une application inexacte des dispositions précitées. Au surplus, il n'est pas contesté que Mme A justifie avoir suivi sans interruption son parcours scolaire depuis son arrivée en France à l'âge de 16 ans, en 2019, avoir obtenu son baccalauréat général et s'être inscrite, au titre de l'année universitaire 2023/2024, en Licence Sciences pour la Santé à l'université de Reims-Champagne-Ardenne.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue accorder une bourse de l'enseignement supérieur sur critères sociaux d'un montant de 6 335 euros. La circonstance que cette bourse ait été perçue en méconnaissance d'une circulaire du 23 avril 2003 relative aux modalités d'attribution des bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux est sans incidence sur le caractère effectif de la perception de celle-ci. Dès lors, en estimant que Mme A ne disposait pas de moyens d'existence suffisants au sens et pour l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que ces dispositions l'autorisent seulement à vérifier la stabilité et le niveau de ces ressources, la préfète des Vosges a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, il y a lieu d'annuler la décision attaquée portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, les décisions faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu du motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète des Vosges d'accorder à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bach-Wassermann, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bach-Wassermann de la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 31 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 février 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bach-Wassermann, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bach-Wassermann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète des Vosges et à Me Bach-Wassermann.
Délibéré après l'audience publique du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia président,
Mme Bourjol, première conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
A. BourjolLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2400746
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026