lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2024 et le 31 mai 2024, M. B A, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 février 2024 par laquelle la directrice du centre psychothérapique de Nancy l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de trois mois à titre disciplinaire à compter du 1er mars 2024 ;
2°) de mettre à la charge du centre psychothérapique de Nancy la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;
- à supposer que les faits reprochés puissent être qualifiés de faute, ils ne sont pas de nature à justifier une sanction disciplinaire ;
- à titre subsidiaire, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois est disproportionnée à la gravité de la supposée faute commise.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 mai 2024 et le 17 juin 2024, le centre psychothérapique de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les faits reprochés sont matériellement établis et sont constitutifs d'une faute disciplinaire de nature à justifier une sanction ;
- la sanction prononcée n'est pas disproportionnée à la gravité des faits commis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,
- les observations de Me Lehmann représentant M. A,
- et les observations de Me Mourot, représentant le centre psychothérapique de Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A exerce les fonctions de cadre de santé depuis le 26 juin 2017 au sein du centre psychothérapique de Nancy. À ce titre, il est intervenu en qualité de formateur aux gestes et soins d'urgences au sein de l'institut de formation en soins infirmiers. À la suite de signalements, il a fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour comportements inappropriés à l'égard de plusieurs étudiantes lors de sessions de formations dispensées en avril et juin 2023 et pour manquement à son devoir de réserve sur le réseau social Linkedin. À la suite de l'avis rendu par le conseil de discipline le 1er février 2024, la directrice du centre psychothérapique de Nancy a pris à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois mois pour comportement inacceptable dans l'exercice de ses fonctions et manquement à ses obligations de fonctionnaire, par une décision du 6 février 2024, notifiée le 19 février 2024. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () / 3° Troisième groupe : / () / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. En premier lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des témoignages circonstanciés de deux étudiantes au sein de l'institut de formation en soins infirmiers, qu'à l'occasion de deux sessions de formation aux gestions et soins d'urgence organisées aux mois d'avril et de juin 2023, M. A a adopté à leur égard, ainsi qu'à l'égard d'une troisième élève-infirmière, un comportement particulièrement inapproprié. En particulier, il ressort de leurs déclarations que le requérant les a systématiquement désignées comme volontaires pour participer aux démonstrations, et en en prenant prétexte, les a, selon l'une, manipulées " de la tête aux pieds " et, selon l'autre, a apposé ses mains sur ses hanches et son bas-ventre. L'une des étudiantes indique également que, pour les besoins d'une démonstration, il lui a demandé de jouer le rôle de son épouse, en profitant pour l'appeler " chérie " et lui toucher les épaules et le dos. M. A conteste ces faits et indique qu'il a désigné ces étudiantes car elles semblaient à l'aise, que la formation dispensée rendait nécessaires de tels gestes, que le ressenti qu'elles ont éprouvé est subjectif et qu'elles étaient libres de refuser d'y participer. Il ressort toutefois des deux témoignages que les étudiantes ont été particulièrement perturbées par les agissements du requérant, que leur malaise était visible de tous les étudiants présents et qu'elles n'ont pas osé refuser ou protester compte tenu de sa position de formateur et de son ascendant professionnel. L'une d'entre elles a d'ailleurs porté plainte contre le requérant. Si M. A indique également que ses formations obtiennent un fort taux de satisfaction, la circonstance qu'il soit un formateur compétent est sans incidence sur la matérialité des faits reprochés. Dans ces conditions, les faits reprochés de gestes et de propos inacceptables à l'endroit d'étudiantes dans l'exercice de ses fonctions de formateur en utilisant l'autorité que lui conférait ce positionnement doivent être considérés comme établis.
5. D'autre part, il ressort des captures d'écran produites dans le cadre de l'instance disciplinaire, qu'immédiatement après la session de formation d'avril 2023, M. A a envoyé à deux de ces mêmes étudiantes des messages à caractère non équivoques et leur a fait part, dans des propos dénués de toute ambigüité, de son attirance pour elles. Le requérant, qui a déclaré regretter avoir envoyé de tels messages lors de son entretien avec la direction le 14 septembre 2023, soutient que le ton de ces messages était courtois, qu'il n'a pas insisté et que rien ne s'oppose à ce qu'il entre en contact avec d'anciennes étudiantes qui lui transmettent volontairement leurs coordonnées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, pour récupérer les coordonnées d'une des étudiantes, le requérant a, une première fois, usé d'une mise en situation l'ayant conduit à se retrouver seul avec elle dans l'habitacle d'une voiture pour les lui demander, ce qu'elle a refusé. Le requérant a ensuite réitéré cette demande à l'issue de la session, alors qu'il se trouvait seul avec elle et la raccompagnait à sa voiture, et elle a fini par les lui communiquer. En outre, il ressort des captures d'écran des échanges que c'est très rapidement après la fin des formations que M. A a envoyé à ces étudiantes plusieurs messages à intervalles répétés, y compris après qu'elles aient clairement refusé d'entrer dans une relation extraprofessionnelle avec lui. Dans ces conditions, il est établi que M. A a usé de son positionnement de formateur au sein du centre psychothérapique de Nancy et de son ascendant professionnel pour récupérer des informations personnelles sur des étudiantes et en faire un usage inapproprié.
6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, M. A a publié le 19 août 2023 sur le réseau social Linkedin un commentaire en réponse à une publication aux termes duquel il indique " Je suis moi-même en opposition dans la vision du rôle du cadre de santé avec ma hiérarchie qui a encore une vision patriarcale des années 60. Je ne peux m'associer à une vision de " je sais, je dicte, je contrôle et je gueule si on s'oppose à mes idées ". Je ne supporte pas ce mode infantilisant qui tire une entreprise vers le bas () ". Le requérant soutient qu'un tel commentaire n'est pas constitutif d'un manquement à son devoir de réserve dès lors qu'il n'est pas mentionné qu'il exerce au sein du centre psychothérapique de Nancy. Toutefois, il est constant que M. A apparaît sur ce réseau social en qualité de " cadre de santé paramédical - auteur - vice-président CDOI 54 - formateur secourisme - formation gestes et soins d'urgence - sapeur-pompier volontaire " et que certains des articles qu'il a publiés sur ce réseau mentionnent son expérience professionnelle au sein du centre psychothérapique de Nancy. En outre, il est constant qu'il a procédé à plusieurs publications en son nom et en sa qualité de cadre de santé au sein du centre psychothérapique de Nancy, ce qui lui a conféré une certaine notoriété. Dans ces conditions, et alors même que M. A a retiré la publication litigieuse, il est constant que les propos ainsi tenus, qui remettent en cause son autorité hiérarchique, alors qu'il est lui-même cadre de santé, constitue un manquement à son devoir de réserve. Par suite, les faits reprochés doivent être considérés comme établis.
7. En deuxième lieu, M. A indique que les faits commis, à les supposer fautifs, ne sont pas de nature à justifier une sanction disciplinaire et, qu'à titre subsidiaire, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois mois est disproportionnée au regard des seuls faits matériellement établis d'échanges de messages avec les étudiantes. Le requérant soutient que les faits reprochés ne présentent pas un caractère de gravité certain dès lors que les étudiantes concernées ont accepté ses excuses, que ces allégations ne concernent que trois personnes sur plusieurs centaines d'étudiants, qui ont toujours été très satisfaits des formations dispensées ainsi qu'il ressort des évaluations produites à l'instance. Ce faisant, le requérant minimise les faits reprochés et se retranche derrière une hypothétique hypersensibilité de certaines étudiantes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 4 à 6 ci-dessus, que M. A a, à plusieurs reprises, procédé à des gestes déplacés sur plusieurs étudiantes, sous couvert de mises en situation professionnelles, lors de différentes sessions de formation et a usé de son positionnement hiérarchique et de son autorité de formateur pour s'isoler avec elles, récupérer leurs coordonnées personnelles et en faire un usage à des fins extraprofessionnelles. Il a également, par une publication sur un réseau social, manqué à son devoir de réserve à l'endroit de sa hiérarchie en se présentant comme un cadre de santé paramédical. Les faits reprochés constituent des manquements aux obligations des fonctionnaires, compromettent la relation de confiance entre M. A et son employeur et portent atteinte à la réputation de l'établissement dans lequel il travaille. Par suite, le centre psychothérapique de Nancy n'a pas pris une sanction disproportionnée en prononçant à l'encontre de M. A une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 février 2024 présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre psychothérapique de Nancy, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
10. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre psychothérapique de Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre psychothérapique de Nancy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre psychothérapique de Nancy.
Délibéré après l'audience publique du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2400880
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026