jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400906 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 mars 2024, le 9 avril 2024 et le 7 mai 2024, M. G C, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui restituer son passeport sans délai et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
- il est entaché d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il relève du titre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il dispose d'un droit au séjour en France, en application de la jurisprudence Diaby ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est autoentrepreneur et que les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail ne lui sont pas applicables ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle est justifiée par son projet de mariage ;
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle fait application des dispositions du 2° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation dès lors qu'il n'est pas justifié d'une précédente demande de titre de séjour, ni en quoi ladite demande aurait été manifestement infondée ou frauduleuse ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, notamment au regard de sa durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle est justifiée par son projet de mariage.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2024 et le 14 mai 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 14 mai 2024.
Un mémoire en réplique a été enregistré pour le requérant le 19 mai 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, né le 24 février 1993, est entré régulièrement en France le 10 avril 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Conformément aux instructions du procureur de la République, il a été entendu le 19 mars 2024 par les services de police de Vandœuvre-lès-Nancy pour avoir commis ou tenté de commettre des faits d'organisation d'un mariage aux seules fins d'obtenir un titre de séjour. Le 25 mars 2024, il a fait l'objet d'un placement en rétention pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Le même jour, il a remis son passeport aux autorités préfectorales. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
2. Par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. E, signataire des décisions contestées, était compétent pour signer l'arrêté en litige. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / () / 4° Des étrangers entretenant avec les citoyens de l'Union européenne et les étrangers qui leur sont assimilés des liens privés et familiaux, tels que définis à l'article L. 200-5. ". Aux termes de l'article L. 200-5 du même code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes :/ () / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ". Aux termes de l'article L. 233-3 du même code : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2 ". Il résulte de ces dispositions que les liens autres que matrimoniaux doivent faire l'objet d'un examen de la situation personnelle du demandeur du titre de séjour et ne permettent pas la délivrance automatique d'un tel titre.
4. Pour soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit, M. C se prévaut de sa relation avec Mme A D, ressortissante italienne, qui dispose d'un droit au séjour sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des procès-verbaux d'audition par les services de police des 19 et 25 mars 2024, que M. C a déclaré vivre chez lui, chez sa tante et parfois chez sa compagne avant d'indiquer qu'il ne vivait en concubinage avec Mme D que depuis le mois de février 2024. Pour établir la réalité et l'intensité de leurs relations, M. C se borne à produire des photographies non datées et trois attestations du père et du frère de Mme D ainsi que de cette dernière. Ces éléments ne permettent pas à eux seuls d'établir la réalité de leur communauté de vie et l'intensité de leurs liens à la date de la décision litigieuse. Enfin, si M. C se prévaut de la célébration effective de ce mariage le 27 avril 2024, après la déclaration de non opposition à mariage du procureur de la République du 4 avril 2024, ces circonstances sont postérieures à la décision contestée et ne sont pas à elles seules de nature à y faire obstacle. Dans ces conditions, en l'absence d'autres éléments, alors que le mariage invoqué est très récent, et à supposer même que M. C puisse utilement se prévaloir des dispositions citées au point 3 ci-dessus, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'il entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille, notamment des articles L. 200-5 et L. 233-3 de ce code. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
5. En deuxième lieu, l'autorité administrative ne peut légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
6. Tel qu'il a été exposé au point 4 du présent jugement, M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'il est bénéficiaire d'un droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce qu'il ne pouvait faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail () ".
8. Pour faire obligation de quitter le territoire français au requérant, la préfète s'est fondée sur la circonstance que M. C, entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu en situation irrégulière et, alors qu'il ne résidait pas en France régulièrement depuis plus de trois mois, y a exercé une activité professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement en France le 10 avril 2017 sous couvert d'un visa de court séjour Schengen valable jusqu'au 1er juillet 2017 et s'y maintient en situation irrégulière depuis cette date, sans avoir d'ailleurs formé aucune demande de titre de séjour. Par suite, la préfète pouvait, pour ce seul motif, faire obligation à M. C de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète aurait à tort fait application de l'article L. 5221-5 du code du travail ne peut qu'être écarté. Au surplus, pour éloigner M. C, la préfète ne s'est pas fondée sur la circonstance que le comportement du requérant constituerait une menace pour l'ordre public et le moyen présenté à ce titre ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français le 10 avril 2017, soit depuis presque 7 ans à la date de la décision contestée. Pour justifier de l'intensité de ses liens sur le territoire, il se prévaut de sa relation avec Mme D, ressortissante italienne, titulaire d'un titre de séjour, et avec le fils de cette dernière. Toutefois, pour l'établir, il se borne à produire des photographies et deux attestations de la famille de Mme D. En outre, il ressort des pièces du dossier que leur relation est récente à la date de la décision contestée, qu'ils sont en concubinage depuis le mois de février 2024 et que leur mariage, daté du 27 avril 2024, est intervenu postérieurement à la décision contestée. Le requérant n'établit pas davantage contribuer à l'entretien et à l'éducation du jeune B, fils de sa conjointe. M. C justifie également avoir créé une société dans le domaine de l'achat-vente de matériel de plomberie, immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 28 juin 2021. Toutefois, il est constant qu'il exerce une activité professionnelle alors qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire et qu'il fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par un arrêté du 2 juin 2021, non exécutée. M. C a également fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire, commis le 10 novembre 2020. Enfin, M. C ne justifie pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine dans lequel résident d'ailleurs sa mère, son père et ses sœurs. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Si M. C se prévaut de ses liens avec le fils de sa conjointe, âgé de sept ans, il n'établit pas contribuer effectivement à son entretien et à son éducation et ne justifie pas de l'intensité de leurs liens. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées. Le moyen doit être écarté.
13. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 et 12 ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.
14. En dernier lieu, la seule circonstance que la préfète de Meurthe-et-Moselle ait pris la mesure contestée n'est pas de nature à révéler l'intention de cette dernière de s'opposer au mariage du requérant avec Mme A D, alors d'ailleurs que par un courrier du 4 avril 2024 le procureur de la République a déclaré ne pas s'opposer à cette union, qui a été célébrée en la commune de Vandœuvre-lès-Nancy le 27 avril 2024. Par suite, le détournement de pouvoir n'est pas établi.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
17. En second lieu, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement litigieuse. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 2 juin 2021, le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, la préfète pouvait, pour ce seul motif, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation au regard du 2° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des erreurs de fait et de l'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'est justifié ni de l'existence d'une précédente demande de titre de séjour, ni en quoi ladite demande aurait été manifestement infondée ou frauduleuse doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et à l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
19. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de cette décision, de celle portant interdiction de retour sur le territoire français.
20. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision contestée, qui mentionnent que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il est en couple depuis 2022, sans enfant à charge, et que seuls son oncle et sa tante vivent sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. C.
21. M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant déclare être présent depuis 2017 sur le territoire français et s'il justifie être en couple avec une ressortissante italienne qui dispose d'un droit au séjour en France, cette relation est très récente à la date de la décision contestée dès lors qu'il a déclaré vivre en concubinage avec Mme D depuis février 2024 et qu'ils se sont mariés le 27 avril dernier, soit postérieurement à la décision contestée. En outre, les quelques photographies, non datées, et attestations produites émanant du père et du frère de Mme D sont insuffisantes à établir la réalité et l'intensité des liens qu'il aurait noués sur le territoire. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, M. C a fait l'objet d'un rappel à la loi du procureur de la République pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire, commis le 10 novembre 2020. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle daté du 2 juin 2021, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait que le préfet lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'elle poursuit, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
23. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, M. C ne saurait soutenir que la décision contestée porte atteinte à l'intérêt supérieur du fils de Mme D, sa conjointe. Le moyen ne peut qu'être écarté.
24. En dernier lieu, la seule circonstance que la préfète de Meurthe-et-Moselle ait pris la mesure contestée n'est pas de nature à révéler l'intention de cette dernière de s'opposer au mariage du requérant avec Mme A D, alors d'ailleurs que par un courrier du 4 avril 2024 le procureur de la République a déclaré ne pas s'opposer à cette union, qui a été célébrée en la commune de Vandœuvre-lès-Nancy le 27 avril 2024. Par suite, le détournement de pouvoir n'est pas établi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2400906
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