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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400912

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400912

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE ;

- il a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une incompétence de son signataire à défaut de délégation régulière du préfet ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée aux intérêts supérieurs de ses enfants, tels que protégés par l'article 3-1 de la convention de New York ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait son droit d'être entendue en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est privée de base légale, la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée aux intérêts supérieurs de ses enfants, tels que protégés par l'article 3-1 de la convention de New York ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour fixer un délai de départ volontaire de trente jours sans examiner s'il pouvait être prolongé, en méconnaissance de l'article 7 de la directive 2008/115/CE et de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 22 février 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me Levi-Cyferman, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 11 janvier 1980, de nationalité ivoirienne, a déclaré être entrée en France le 15 janvier 2016. Le 5 avril 2018, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mère d'un enfant français et a été mise en possession d'un titre de séjour en cette qualité valable du 11 avril 2018 au 11 avril 2019, renouvelée du 16 juillet 2019 au 17 juillet 2020, puis du 14 septembre 2020 au 13 septembre 2021. Le 20 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de ses droits au séjour en se prévalant de la naissance d'un second enfant français. Elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". L'article L. 614-4 du même code dispose que : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. Il ressort des pièces versées au débat par la préfète de Meurthe-et-Moselle que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué a été adressé le 11 décembre 2023 au 3 rue Emile Friand " chez association Clair Logis " à Nancy, a été présenté à cette adresse le 14 décembre suivant et, n'ayant pas été retiré à l'issue du délai de mise à disposition auprès des services postaux, a été retourné en préfecture avec la mention " pli avisé non réclamé ". Si la requérante soutient qu'elle avait informé l'administration de son changement d'adresse en novembre 2023 elle ne l'établit pas. Par ailleurs, l'attestation établie par l'association Clair Logis que produit Mme A est insuffisante pour remettre en cause les mentions apposées par les services postaux sur le pli contenant l'arrêté contesté. Dès lors, celui-ci doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la requérante le 14 décembre 2023. L'arrêté du 11 décembre 2023 comprenant la mention des voies et délais de recours, et l'introduction d'une demande d'aide juridictionnelle le 12 février 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux, n'ayant pas interrompu ce délai, la requête tendant à l'annulation de cet arrêté, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 27 mars 2024, est tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la préfète de Meurthe-et-Moselle doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 décembre 2023 doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Levi-Cyferman.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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