jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2024 à 15 heures 41 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 avril 2024, M. C A, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachée d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination sont entachées d'une erreur de fait ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,
- les observations de M. A, qui indique qu'il est venu en France pour rendre visite à sa sœur malade et qu'il souhaite repartir en Espagne, pays dans lequel réside son épouse de nationalité espagnole et où il est titulaire d'un document l'autorisant à y séjourner provisoirement ;
- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et fait valoir qu'à la date d'édiction de l'arrêté en litige, le requérant n'avait pas apporté la preuve de la régularité de son séjour en Espagne ; il entre dans le champ d'application de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il ne remplit pas les conditions d'entrée prévues par la convention de Schengen ; en revanche, il n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant l'édiction d'une décision de remise à un Etat membre de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pas démontré qu'il était admis à séjourner sur le territoire d'un autre Etat membre ; en tout état de cause, les procédures d'obligation de quitter le territoire français et de remise ne sont pas exclusives l'une de l'autre ; le préfet consultera les autorités espagnoles en vue de déterminer si M. A est légalement admissible dans ce pays et abrogera le cas échéant la mesure d'éloignement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 21 février 1995, est entré sur le territoire français en mars 2024 selon ses déclarations. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 19 janvier 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme D B, agent du bureau de l'éloignement et de l'asile de permanence, à l'effet de signer les décisions contestées dans les cadre des permanences des samedis, dimanches, jours fériés, et jours d'ARTT collectifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui constituent le fondement de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
4. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué n'aurait pas été notifié à M. A dans une langue qu'il comprend est, en toute hypothèse, sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Le moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, le préfet de la Moselle n'a pas entaché les décisions contestées d'une erreur de fait en indiquant que M. A n'avait entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes des décisions contestées, que le préfet de la Moselle n'aurait pas examiné de manière complète et sérieuse la situation personnelle de M. A avant d'édicter les décisions attaquées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France quelques jours avant l'édiction de l'arrêté contesté. Si le requérant se prévaut de la présence régulière de sa sœur et de son beau-frère sur le territoire français, il indique dans le même temps qu'il réside habituellement en Espagne, où il est titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour, et fait valoir qu'il est marié avec une ressortissante espagnole. Dans ces conditions, M. A n'établit pas qu'il aurait transposé le centre de ses intérêts personnel et familiaux en France et n'est dès lors par fondé à soutenir que la décision contestée aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A est susceptible d'être éloigné à destination du pays dont il possède la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège et de la Suisse. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'une autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée par les autorités espagnoles le 28 février 2024 et qu'il est marié avec une ressortissante espagnole. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination attaquée, qui fait obstacle à l'éloignement de M. A à destination de l'Etat membre de l'Union européenne dont son épouse a la nationalité et dans lequel il établit être légalement admissible, porte, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et normale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être accueilli.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
11. En l'espèce, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Son entrée en France est très récente et le requérant n'établit pas y avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables, ni ne justifie d'une intégration sociale ou professionnelle particulière. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors même que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du préfet de la Moselle en date du 29 mars 2024 fixant le pays de destination est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 4 avril 2024 à 17 heures 00.
Le magistrat désigné,
R. Gottlieb La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026