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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400946

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400946

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL AVOCATLOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2024 à 15 heures 37 et un mémoire enregistré le 5 avril 2024, M. E A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Meuse a fixé son pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle ne lui a pas été notifiée avec l'assistance d'un interprète ;

- son droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'il n'a pas pu présenter des observations ;

- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini,

- les observations de Me Jacquemin, avocat commis d'office, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et rappelle que M. A n'a pas pu présenter d'observations dès lors que le courrier du 30 mai 2023 lui a été notifié le 5 juin suivant dans une langue qu'il ne comprend pas. Il n'a ainsi pas pu produire des observations et des pièces notamment quant à la présence de sa compagne et de ses deux filles aux B. La décision porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme parce qu'il a des attaches aux B ;

- les observations de M. D, représentant le préfet de la Meuse, qui indique que depuis son entrée en France le requérant n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation. Il a fait l'objet de deux condamnations et suite à la seconde le juge judiciaire lui a fait interdiction de retour sur le territoire français. Cette décision s'impose à l'administration. La décision contestée est motivée et n'avait pas à mentionner l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant du droit de faire des observations, M. A a signé le courrier du 30 mai 2023 et un second courrier du 15 février 2024 lui a été notifié en néerlandais mais il n'a pas présenté d'observations. Il n'a jamais présenté de demande d'asile et fait état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine. L'article 8 est inopérant et en tout état de cause il n'a pas de famille sur le territoire français et n'établit pas en avoir aux B lesquels ont indiqué que M. A n'y réside pas régulièrement ;

- et les observations de M. A, assisté d'une interprète en langue néerlandaise, qui indique avoir deux enfants aux B dont il détient des photos imprimées et vouloir retourner aux B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Suriname, né le 26 janvier 1986, serait entré en France à une date indéterminée. Il a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Créteil du 4 juillet 2022 à une interdiction judiciaire de cinq ans du territoire français. Par l'arrêté contesté, le préfet de la Meuse a fixé son pays de destination en application de cette interdiction judiciaire du territoire. M. A a été placé au centre de rétention administratif de Metz.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Meuse a donné délégation à M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Dès lors que M. C était ainsi compétent pour signer la décision fixant le pays de destination, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification de la décision contestée sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 16 février 2024 n'aurait pas été notifié à M. A dans une langue qu'il comprend doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 15 février 2024, notifié le même jour, dans une langue que le requérant a déclaré comprendre, le préfet de la Meuse a invité M. A à présenter des observations sur la mesure qu'il envisageait de prononcer à son encontre. L'intéressé ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait effectivement répondu au courrier précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Les attaches dont M. A se prévaut aux B sont sans incidence sur la décision attaquée fixant son pays de renvoi dès lors qu'il est tenu de quitter le territoire français en application d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

10. Le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A, aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Meuse.

Lu en audience publique le 9 avril 2024 à 14 heures 35.

La magistrate désignée,

C. Marini

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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