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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400995

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400995

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCHMITT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2024 à 12 heures 54 et le 11 avril 2024, Mme I demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 5 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'auteur de la décision est incompétent ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors que, résidant en Espagne, elle aurait dû faire l'objet d'une procédure de réadmission dans ce pays ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le risque de fuite n'est pas établi ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la préfète a commis une erreur de fait ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 2002 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,

- les observations de Me Schmitt, avocat commis d'office, représentant Mme H, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que :

. la motivation est contradictoire dès lors qu'il est reproché à la requérante de ne pas avoir fait des démarches en vues de sa régularisation alors qu'elle n'a pas eu le temps d'effectuer ces démarches,

. la requérante ne souhaite pas résider en France, ses attaches sont en Espagne ;

. la décision portant refus de délai de départ n'est pas motivée,

- les observations de Mme H, assistée par une interprète en langue espagnole qui indique qu'elle ne dispose pas de titre de séjour en cours de validité en Espagne et que son fils se trouve en Espagne ;

- et les observations de M. G, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut au rejet de la requête, par les mêmes moyens, qui précise que la requérante n'a pas fait mention de la présence en Espagne de son fils, à l'occasion des auditions.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante colombienne née le 9 mars 1997 est entrée en France dans la nuit du 3 au 4 avril 2024, dans le cadre d'un transit pour rejoindre l'Allemagne. Par l'arrêté contesté du 5 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an sur le territoire français. L'intéressée, placée en rétention, demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D, Directeur des migrations et de l'intégration et Mme C B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme E F, adjointe à la cheffe de bureau, à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D et Mme B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la requérante se maintient sur le territoire français sans effectuer des démarches en vue de sa régularisation. La décision contestée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne susvisé : " 1. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante pour autant qu'il est établi que ce ressortissant est entré sur le territoire de cette Partie après avoir séjourné ou transité par le territoire de la Partie contractante requise. 2. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante lorsque ce ressortissant dispose d'un visa ou d'une autorisation de séjour de quelque nature que ce soit délivré par la Partie contractante requise et en cours de validité ".

5. Mme H a été interpellée alors qu'elle était en transit à destination de l'Allemagne. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée était bénéficiaire d'un visa, ou d'une autorisation de séjour espagnole. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer les stipulations précitées.

6. En dernier lieu, aux termes des dispositions des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ().2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si Mme H soutient disposer d'attaches familiales en Espagne, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas été en mesure de communiquer des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant au risque de fuite doit être écarté.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que le comportement de la requérante ne constitue pas une menace pour l'ordre public n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bienfondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bienfondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

17. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

20. En dernier lieu, pour prononcer l'interdiction litigieuse, la préfète s'est fondé sur la circonstance que la requérante a irrégulièrement gagné la France, qu'elle s'y maintient irrégulièrement sans avoir cherché à régulariser sa situation au regard de son droit au séjour et qu'elle ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France. Si Mme H soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et qu'elle vit en concubinage en Espagne avec un ressortissant espagnol, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une erreur de fait commise par la préfète du Bas-Rhin.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I et à la préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 12 avril 2024 à 15 heures 25.

Le magistrat désigné

F. Durand

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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