mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401006 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCHMITT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024 à 16 heures 43 et un mémoire enregistré le 16 avril 2024, M. D A, placé au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal :
1°) de désigner un avocat commis d'office et un interprète en langue arabe ;
2°) d'annuler la décision portant refus de séjour ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- ces décisions sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est illégale dès lors qu'il peut se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne présente pas de risque de fuite au sens des dispositions de l'article L. 612-3 de ce code ;
Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée et à l'existence de circonstances humanitaires ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 17 avril 2024 pour le préfet de la Moselle, ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, en raison de l'inexistence de cette décision ;
- les observations de Me Schmitt, avocat commis d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en insistant sur les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance du droit d'être entendu, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire et sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Il soulève également un moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense dès lors que M. A n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale et qu'il est présumé innocent ;
- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, qui se prévaut de son mariage et de sa qualité d'aidant auprès de sa compagne ;
- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, en relevant que les décisions attaquées sont suffisamment motivées et que l'absence de visa de l'accord franco-algérien est sans incidence sur leur légalité, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. A, que celui-ci a pu être entendu ainsi qu'en atteste le formulaire de renseignements, que le moyen tiré de la circonstance que l'intéressé peut se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et, en tout état de cause, infondé puisqu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire et de la réalité de sa communauté de vie avec une ressortissante française, que compte tenu de son entrée récente en France, de la durée de sa relation avec une ressortissante française, de l'absence de démonstration de l'ancienneté et de l'intensité des liens dont il dispose en France, de l'absence de démarches pour régulariser sa situation, de l'utilisation d'alias, de ses mises en causes pour des faits de vols, du fait qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, la préfète n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que les droits de la défense n'ont pas été méconnu et que M. A a reconnu les faits de vol qu'il a commis et il souligne que l'interdiction de retour sur le territoire français est intervenue consécutivement à la décision portant refus de délai de départ volontaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 6 juin 1990, est entré une première fois en France en 2017. Par un arrêté du 23 mars 2017, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A est revenu en France en 2022 selon ses déclarations. Le 6 avril 2024, il a été placé en garde à vue par les services de police de Metz pour des faits de vol avec violence. Par un arrêté du 7 avril 2024, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A, placé en rétention administrative, demande au tribunal d'annuler une décision portant refus de séjour et l'arrêté du 7 avril 2024.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :
2. M. A, placé en rétention administrative lors de l'introduction de sa requête, a présenté celle-ci sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Schmitt, avocat commis d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète assermenté en langue arabe, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
Sur l'étendue du litige :
3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.
4. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions du 7 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, les conclusions dirigées contre une prétendue décision de refus de séjour doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
5. D'une part, par un arrêté du 17 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme C B à l'effet de signer les mesures relevant du sixième livre et du septième livre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors des permanences qu'elle assure, à l'exception des mesures d'expulsion. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'était pas de permanence le 7 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
6. D'autre part, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance qu'elles ne visent pas l'accord franco-algérien est sans incidence sur leur légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, a pu présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, des observations sur la perspective d'éloignement et sur sa situation personnelle. Au surplus, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
10. En troisième lieu, M. A, ressortissant algérien, ne peut utilement soutenir qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
11. En quatrième lieu, eu égard à l'objet de la décision attaquée, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance du principe de présomption d'innocence et du respect des droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier qu'il a reconnu les faits de vol commis en avril 2024 qui lui sont reprochés et sur la base desquels le préfet s'est appuyé pour édicter la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. A soutient qu'il s'est marié depuis le 9 septembre 2023 avec une ressortissante française qu'il accompagne au quotidien en raison de son handicap. Il ressort cependant des pièces du dossier que la communauté de vie avec Mme E qui a débuté, selon les déclarations de l'intéressé, à la date de leur mariage, est très récente. Par ailleurs, M. A ne justifie pas avoir d'autres attaches personnelles en France ni être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne démontre ni même ne se prévaut d'autres éléments d'intégration. Enfin, les pièces qu'il produit sont insuffisantes pour établir la nécessité d'être aux côtés de sa compagne alors qu'elle souffrait de sa pathologie avant même leur rencontre. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".
15. En l'espèce, il n'est pas contesté par M. A le fait qu'il est entré irrégulièrement en France en 2022 et le fait qu'il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle a pu légalement fonder sa décision sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du 1° de l'article L. 612-3 de ce code, ce motif étant suffisant pour justifier la décision portant refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. A ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
17. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du présent jugement.
18. En troisième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612 10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
20. Pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse, le préfet s'est fondé sur la date d'entrée en France de M. A, sur la circonstance que les faits de vol, commis en avril 2024, à l'origine de son placement en garde à vue, sont constitutifs d'une menace pour l'ordre public, sur l'absence de démonstration de l'exécution de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et sur l'absence de justification de liens personnels et familiaux intenses et stables en France. Toutefois, si M. A a reconnu avoir volé des denrées alimentaires et des produits de première nécessité tout en contestant la circonstance aggravante tenant à la violence, ces faits, d'une moindre gravité, ne sauraient à eux-seuls révéler une menace pour l'ordre public. De plus, M. A est marié depuis près de six mois avec une ressortissante française. Dans ces conditions, quand bien même il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à trois ans.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
22. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Article 3 : L'arrêté du 7 avril 2024 du préfet de la Moselle en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulé.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 17 avril 2024 à 15 heures 20.
La magistrate désignée,
L. Philis
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026