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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401054

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401054

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2024 à 11 heures 32 et un mémoire complémentaire enregistré le 16 avril 2024, M. E A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 avril 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il appartenait au préfet d'examiner s'il y avait lieu de le réadmettre en priorité vers le Luxembourg ;

- la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de cette interdiction ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 64-473 du 28 mai 1964 portant publication d'un arrangement entre la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas sur la prise en charge de personnes à la frontière du 16 avril 1964 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les observations de Me Coche-Mainente, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 12 août 1982 à Yaoundé (Cameroun), est entré en France selon ses dires en août 2021. Par décisions du 31 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et du 12 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée. A la suite de son interpellation le 9 avril 2024 par les services de la police aux frontières de Thionville, le préfet de la Moselle a, par un arrêté en date du 10 avril 2024, fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 10 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions en litige :

2. L'arrêté contesté a été signé par M. B C, directeur de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de la Moselle, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer " l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction " par un arrêté du préfet du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 janvier 2024. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée, alors même que l'arrêté ne se prononcerait pas explicitement sur la possibilité d'engager une procédure de réadmission de l'intéressé au Luxembourg.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision contestée, que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen de sa situation préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. A cet égard, si le requérant soutient que l'arrêté ne fait pas état de sa demande de titre de séjour présentée au Luxembourg en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne, de la circonstance qu'il dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour et qu'il a sollicité lors de son audition sa réadmission au Luxembourg, le préfet a toutefois fait mention dans son arrêté que les autorités luxembourgeoises avaient " indiqué que M. A ne bénéficiait pas de titre de séjour sur leur territoire ", attestant ainsi d'un examen de la situation de l'intéressé sur ce point. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce qu'il soutient, M. A ne peut être regardé comme justifiant avoir exécuté une précédente mesure d'éloignement en faisant valoir qu'il est parti au Luxembourg, dès lors que les dispositions de l'article R. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exigent que l'étranger concerné sorte des frontières des Etats parties à la convention de Schengen. Le requérant ne justifie pas davantage que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en relevant qu'il ne disposait pas d'un logement stable en France, dès lors que l'intéressé a lui-même déclaré lors de son audition que l'adresse en cause était une " boite aux lettres ". Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, et notamment des éléments transmis à l'appui du mémoire en défense, que l'arrêté serait entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne que M. A " ne bénéficiait pas d'un titre de séjour " au Luxembourg. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 611-1, L. 611-2 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

7. M. A soutient que le préfet de la Moselle aurait dû examiner s'il y avait lieu de le réadmettre en priorité vers le Luxembourg, dès lors qu'il avait indiqué lors de son audition du 9 avril 2024 qu'il souhaitait retourner au Luxembourg. Il ressort toutefois des pièces du dossier que préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, les autorités françaises ont interrogé les autorités luxembourgeoises qui ont indiqué que les demandes de séjour au Luxembourg de M. A n'avaient pas été accordées et que l'intéressé y était défavorablement connu des autorités judiciaires. Ainsi, en relevant dans l'arrêté litigieux que M. A ne bénéficiait pas de titre de séjour au Luxembourg, le préfet de la Moselle justifie avoir examiné s'il y avait lieu de le réadmettre dans cet Etat et n'a ainsi pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrangement susvisé du 16 avril 1964 : " 1. Le gouvernement de chacun des Etats du Benelux reprendra, à la demande des autorités françaises, les personnes qui ne sont pas ressortissants d'un des pays parties au présent arrangement lorsque, aux termes de la réglementation en vigueur en France, elles ont pénétré irrégulièrement sur le territoire français par la frontière commune. / 2. Cette disposition ne sera applicable que si la demande de prise en charge est introduite dans les six mois qui suivent la sortie du territoire du Benelux et si ces personnes ont séjourné au moins quinze jours dans le territoire du Benelux ou si, y ayant séjourné moins de quinze jours, elles y sont entrées régulièrement. L'obligation de reprise cesse si, après avoir pénétré en France, ces personnes y ont obtenu une autorisation de séjour d'au moins six mois () ".

9. Il ressort également des écritures de M. A que ce dernier est entré pour la dernière fois en France par la frontière belge. Par suite, le requérant, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait méconnu les stipulations précitées de l'arrangement du 16 avril 1964 en n'examinant pas de le réadmettre en priorité au Luxembourg.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. A soutient qu'il est le père de trois enfants mineurs, dont un français, résidant sur le territoire français, il n'apporte aucune précision ni justification quant aux relations qu'il entretiendrait avec ses enfants alors qu'il est constant qu'il est séparé des mères de ces derniers. Le requérant ne conteste par ailleurs pas ne pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle aurait porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du préfet de la Moselle que ce dernier n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. A préalablement à l'édiction de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

15. En dernier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Moselle, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. D'une part, M. A ne justifie, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, ni avoir déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2020, ni disposer d'une résidence effective et permanente en France. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de la Moselle a estimé qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dès lors le préfet de la Moselle était en droit, sur le seul fondement des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui refuser un délai de départ volontaire. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

16. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

17. En premier lieu, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il a quitté son pays d'origine en raison des risques pour sa sûreté et sa sécurité, il n'apporte aucune justification à l'appui de cette allégation alors par ailleurs que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté ses demandes d'admission au statut de réfugié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

20. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ". Aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

22. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie être marié depuis 2017 avec une ressortissante belge résidant régulièrement au Luxembourg. La décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A pour une durée de trois ans entraîne le signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et est, par suite, susceptible d'avoir pour conséquence d'éloigner le requérant de son épouse pendant une durée de trois ans. Dans ces conditions, en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

23. M. A est, par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est entachée d'illégalité et qu'elle doit, en conséquence, être annulée.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 avril 2024 du préfet de la Moselle en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

25. L'annulation par le présent jugement de la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

26. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 avril 2024 du préfet de la Moselle est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 18 avril 2024 à 15 heures 16.

Le magistrat désigné,

B. Coudert

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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