mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2024, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans tous les cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de son dossier ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de retirer son nom du signalement aux fins de non admission dans le système Schengen (DIS) dont il fait l'objet sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à percevoir la part contributive de l'État correspondant à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- le rapport d'expertise de la police aux frontières doit être écarté des débats comme ne présentant pas les garanties d'une expertise judiciaire ;
- la préfète a commis une erreur de droit en s'estimant liée par les conclusions de ce rapport ;
- la préfète ne renverse pas la présomption d'authenticité des documents d'état civil qu'il a produits à l'appui de sa demande de titre de séjour ;
- la remise en cause de son état civil porte atteinte à l'autorité de la chose jugée et au principe de sécurité juridique ;
- le refus de séjour constitue une violation manifeste du droit à l'identité protégé par les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 16 et 17 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il remplit toutes les conditions ;
- la préfète n'a pas examiné sérieusement sa demande de titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : la décision est entachée d'un défaut sérieux d'examen de sa demande, ne comporte aucun examen des considérations ou motifs d'ordre humanitaire et méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 qui invite à faire un usage bienveillant des dispositions de cet article ;
- la décision porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision aura de graves conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la préfète a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de la directive du 16 décembre 2018 : elle s'est estimée en situation de compétence liée et n'a pas examiné la possibilité d'exercer son pouvoir discrétionnaire de ne pas prendre une mesure d'éloignement ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a des conséquences manifestement excessives sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- il ne peut être renvoyé dans un État où il risque des traitements inhumains et dégradants ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision doit être annulée en conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- la décision est insuffisamment motivée concernant la nécessité de son édiction au vu des quatre critères énumérés à l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les motifs invoqués ne sont pas de nature à la justifier dans son principe et dans sa durée et que ses conséquences manifestement excessives sur sa situation n'ont pas été prises en compte par la préfète.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A.
Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour M. A et enregistrée le 12 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui déclare être ressortissant guinéen né le 5 février 2005, serait entré en France en juillet 2021. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département des Vosges par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du tribunal judiciaire d'Épinal du 21 septembre 2021. Un jugement du 22 octobre 2021 du juge des tutelles près le tribunal judiciaire d'Épinal a confié la tutelle de l'intéressé au président du conseil départemental des Vosges. Après avoir été scolarisé dans une unité pour élèves allophones, il a intégré, en août 2022, une formation en apprentissage de peintre façadier auprès du centre de formation d'apprentis d'Arches. M. A a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " que la préfète des Vosges a rejetée par un arrêté du 6 février 2024. Elle a, par le même arrêté obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. D'une part, lorsqu'il examine une demande d'admission au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
5. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve, par tout moyen, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un acte de naissance n° 267 du 5 février 2005, un jugement supplétif n° 8747 du10 juin 2021 et un extrait de registre de transcription (naissance) n°9430 en date du 7 juillet 2021, ainsi que son passeport guinéen délivré le 31 juillet 2023.
7. Sur le fondement d'un rapport d'analyse documentaire réalisé le 30 octobre 2023 par un agent de la direction interdépartementale de la police aux frontières en résidence à Nancy, la préfète a relevé, d'une part, que l'acte de naissance n° 267 du 5 février 2005 est contredit par l'existence d'un document intitulé " extrait du registre de transcription - naissance " n° 9430 du 7 juillet 2021 inscrit dans les registres de la même commune, une même naissance ne pouvant faire l'objet de deux transcriptions aux registres des actes de naissance et un jugement supplétif ne pouvant être rendu lorsqu'une déclaration de naissance a été faite dans les délais, d'autre part, que le jugement supplétif d'acte de naissance n° 8747, ne comporte pas de formule exécutoire, ni de certificat de non appel, n'indique pas les faits, les prétentions, la motivation, les moyens et les pièces fournies au dossier de demande, ne mentionne pas l'ensemble des éléments permettant d'établir un acte de naissance exigés par les articles 184 et 204 du code civil guinéen tels que le sexe de l'enfant, les dates et lieux de naissance, la profession et le domicile des parents, et est contredit par un acte de naissance n° 267 du 5 février 2005 également inscrit au registre des actes d'état civil de la commune, enfin, que l'extrait du registre de transcription - naissance est contredit par l'existence de l'acte de naissance n° 267 du 5 février 2005, vise un jugement supplétif irrégulier et incomplet qui ne permet pas d'établir un acte de naissance, et ne précise pas le sexe de l'enfant, la profession, l'âge et le domicile des parents.
8. Toutefois, la préfète des Vosges n'établit pas que les dispositions des articles 184 et 204 du code civil guinéen s'appliqueraient aux jugements supplétifs. Par suite, l'absence sur le jugement supplétif en date du 10 juin 2021 de la mention des dates et lieux de naissance des parents du requérant, ainsi que de leur profession ou de leur domicile n'est pas de nature à remettre en cause l'authenticité du document présenté. De plus, à supposer cette mention requise, le sexe de l'intéressé est suffisamment précisé par la mention " fils de " figurant dans le jugement supplétif. D'autre part, le rapport d'analyse de la police aux frontières ne relève ni anomalie, ni irrégularité susceptibles de remettre en question le formalisme de ce jugement supplétif, et la préfète, en se bornant à soutenir que cet acte ne présente pas les faits, les prétentions, la motivation, les moyens et les pièces présentées à l'appui de la requête, ne conteste pas utilement son authenticité et sa véracité, alors en outre que, contrairement à ce que relève la préfète, ce jugement supplétif mentionne les faits et les prétentions respectives des parties et leurs moyens, tel que l'exige l'article 116 du code de procédure civile guinéen. Par ailleurs, l'absence de formule exécutoire portée sur le jugement supplétif présenté et la circonstance que celui-ci ne soit pas accompagné d'un certificat de non appel, qui n'ont d'effet que sur son caractère exécutoire, ne sont pas de nature à remettre en cause l'authenticité des mentions qui y sont portées. Enfin, alors qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux, la seule circonstance que ce jugement supplétif a été établi de manière superfétatoire dès lors que la naissance de M. A avait fait l'objet en 2005 d'une déclaration auprès d'un officier d'état civil dans le délai légal prévu par le code civil guinéen, n'est pas, en l'absence d'autres éléments et alors que ses mentions sont concordantes avec celles de la copie intégrale de l'acte de naissance produit, de nature à établir une telle fraude. Dès lors, la circonstance que les informations prévues par les articles 184 et 204 du nouveau code civil guinéen, qui ne figurent pas dans le jugement, ne seraient pas non plus mentionnées dans l'extrait du registre des actes d'état civil n'est pas de nature à remettre en cause l'authenticité de ce second document, alors par ailleurs qu'aucune anomalie formelle n'y est relevée par le rapport d'analyse documentaire, les cachets et tampons qui y sont apposés étant analysés comme conformes. Dans ces conditions, la préfète des Vosges a fait une inexacte application des dispositions de l'article 47 du code civil, en estimant que les actes d'état civil fournis par le requérant étaient dépourvus de valeur probante.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 21 septembre 2021 alors qu'il était âgé de seize ans. Il s'est inscrit au titre des années scolaires 2022/2023 et 2023/2024 au centre de formation des apprentis d'Arches (Vosges) pour y préparer, dans un premier temps, un CAP de " peintre bâtiment ", puis, à compter du 6 novembre 2023, un CAP de " maçon ". L'avis de la structure qui accueille M. A est favorable et fait état de l'assiduité et de l'investissement du jeune dans sa formation professionnelle, malgré ses difficultés de compréhension de la langue française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant représenterait une menace pour l'ordre public. Enfin, il n'est pas établi que le requérant entretiendrait des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine de nature à faire obstacle à l'attribution d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète des Vosges a rejeté la demande de titre de séjour qu'il avait présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler la décision du 6 février 2024 portant refus de séjour et, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. En premier lieu, le présent jugement, qui annule la décision de refus de titre de séjour et les décisions subséquentes, implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la préfète des Vosges délivre le titre sollicité au requérant. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète des Vosges de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
13. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A, implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète des Vosges de saisir, sans délai, les services ayant procédé à ce signalement, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
14. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 6 février 2024 de la préfète des Vosges est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de saisir, sans délai, les services ayant procédé au signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de l'annulation visée à l'article 1er.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète des Vosges et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience publique du 11 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026