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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401170

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401170

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2024, M. C F, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 février 2024 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans tous les cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation en particulier sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner son droit au séjour au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de signature authentifiée des trois médecins ayant signé l'avis du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; il n'est pas démontré qu'ils aient été régulièrement désignés ni qu'ils disposent d'une délégation de signature régulièrement publiée ; les auteurs du rapport médical ne sont pas identifiés ; il convient de vérifier que toutes les pathologies ont été prises en compte ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII et n'a pas procédé à un examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le traitement médical n'est pas disponible dans son pays d'origine ;

- la préfète n'a pas examiné sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle entraîne des conséquences manifestement excessives et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F né le 3 mars 1992, de nationalité ouzbek, est entré en France le 3 février 2020 accompagné de sa mère et de sa sœur et a sollicité le bénéfice de l'asile qui lui a été refusé le 25 mars 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 17 novembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 9 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusée par le préfet de Meurthe-et-Moselle par un arrêté du 23 août 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le 6 février 2023, M. F a présenté une nouvelle demande au titre de son état de santé. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 5 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays pour lequel il établit être légalement admissible.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme E B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour ainsi que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E B, signataire de l'arrêté contesté, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments au vu desquels la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé de refuser de délivrer à M. F un titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait omis de statuer. La demande de titre étant présentée pour un motif de santé, la préfète n'était pas tenue d'examiner le droit au séjour du requérant sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Et aux termes de l'arrêté contesté, la préfète a expressément écarté l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. L'arrêté contesté comprend les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen et de ce que la préfète se serait estimée à tort en situation de compétence liée eu égard à son pouvoir de régularisation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

5. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

6. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport / () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis (). Cet avis mentionne les éléments de procédure ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () ".

7. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

8. En outre, il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

9. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, l'avis rendu le 4 décembre 2023 par le collège de médecins de l'OFII est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Ignace Mbomeyo Medzo, Marc Baril et Pierre Horrach, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 17 janvier 2017 du directeur de l'OFII publiée sur le site internet de l'Office. La circonstance que les signatures de ces médecins sont des fac-similés n'est pas de nature à remettre en cause leur authenticité ni l'identité des signataires. La requérante ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de ces dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives. D'autre part, il ressort des mentions de l'avis rendu le 4 décembre 2023 que le Dr G qui a établi le rapport médical du 21 octobre 2023 n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné le dossier du requérant, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que les moyens tirés de ce que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'aurait pas été rendu dans des conditions régulières, ne peuvent qu'être écartés.

11. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dont, contrairement à ce que soutient le requérant, elle s'est appropriée les termes, ni qu'elle aurait omis d'examiner sa situation particulière. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète aurait entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen doivent être écartés.

12. Il ressort des pièces du dossier que, par son avis émis le 4 décembre 2023, le collège de médecins a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressé pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Les documents médicaux produits par M. F ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins quant aux conséquences d'un défaut de prise en charge. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la production de l'entier dossier médical au vu duquel le collège de médecins a fondé son avis, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour soins.

13. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait examiné d'office si le requérant était susceptible de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ou au vu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations doivent être écartés.

14. En dernier lieu, M. F fait valoir que son état de santé le rend dépendant de l'assistance de sa sœur, bénéficiaire d'une protection subsidiaire en France. Toutefois, si le certificat médical établi le 19 octobre 2021 par le Dr A D, psychiatre, fait état d'une déficience intellectuelle et d'une autonomie réduite nécessitant d'être accompagné dans les actes de la vie civile, il décrit un rapport de dépendance de type anaclitique à l'égard de sa mère avec laquelle il a toujours vécu. Aucune pièce au dossier ne permet d'établir un lien de dépendance à l'égard de sa sœur. La mère du requérant faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 4 août 2022 à destination de l'Ouzbékistan, pays dans lequel M. F a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et dans lequel il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas accéder aux suivis médicaux nécessités par son état de santé, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation du requérant en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

16. Au regard des éléments de fait exposés au point 14 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement litigieuse porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

18. En deuxième lieu, l'arrêté contesté a été pris aux visas de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne la circonstance que M. F, de nationalité ouzbèke, n'a pas établi être exposé à des traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. La décision contestée comprend ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait omis d'examiner la situation du requérant.

19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

20. Si M. F soutient qu'il encourt des risques pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Ouzbékistan, il n'apporte à l'appui de ses affirmations succinctes aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels allégués. Par suite, en fixant l'Ouzbékistan comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduite d'office, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 5 février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours à destination du pays dont il a la nationalité doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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