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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401216

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401216

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024 à 18h07 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 avril 2024, M. D E, représenté par Me Adib, placé au centre de rétention de Metz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 en tant que la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour le plaçant en rétention ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel s'engage, dans cette hypothèse, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour est irrégulière ; à ce titre, la décision portant interdiction de retour est illégale faute pour l'administration de l'avoir informé, au moment de la notification, de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en méconnaissance des exigences prévues à l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'auteur du premier arrêté attaqué était incompétent pour en être le signataire ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, la préfète ayant méconnu le principe général des droits de la défense, son droit à l'information et à un entretien individuel ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait en ce qui concerne le nombre d'enfants à charge ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il a sollicité un titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, qui n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que la préfecture n'établit pas qu'il aurait déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement ;

- l'arrêté portant placement en rétention est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît son droit d'être entendu ;

- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de M. Di Candia a été entendu au cours de l'audience publique.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du tribunal pour connaître des conclusions dirigées contre une décision de placement en rétention administrative, dont il n'appartient qu'au juge des libertés et de la détention de connaître ;

- les observations de Me Adib, pour M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant qu'elle entend se désister de ses conclusions dirigées contre l'arrêté de placement en rétention, que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E justifiant de son entrée régulière en 2018 ;

- et les observations de Me Iscen, représentant la préfète du Bas -Rhin qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14h36, à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant algérien, déclare être entré en France le 21 juin 2018 accompagné de son épouse et de ses deux premiers enfants. Le 1er octobre 2018, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en se prévalant de l'état de santé de sa fille A. Interpellé et placé en garde à vue le 22 avril 2024 à la suite d'une rixe, il a fait l'objet, le même jour, d'une part d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui faisant interdiction de retour pour une durée de deux ans, d'autre part d'un arrêté portant placement de l'intéressé en rétention.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant placement en rétention :

4. Il ressort des déclarations faites à l'audience par le conseil de M. E, en présence de celui-ci, qu'il entend se désister de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024 le plaçant en rétention. Son désistement est pur et simple. Rien ne fait obstacle à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les autres conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour :

5. En premier lieu, les conditions de notification des décisions n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux contre ces décisions mais n'affectent pas leur légalité et le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été irrégulièrement notifié à M. E ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation de signature à Mme C B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français, les décisions portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C B, signataire de l'arrêté litigieux, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'ensemble des décisions qu'il contient. En particulier, si le requérant fait grief à la décision portant obligation de quitter le territoire français de ne pas viser le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort clairement des termes de ladite décision que celle-ci est fondée sur les 1° et 2° de ce même article. En outre, la circonstance que le préfet se serait à tort fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 de ce même code est sans incidence sur la motivation de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition des services de police du 21 avril 2024, que M. E a pu présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, des observations sur la perspective d'éloignement et sur sa situation personnelle. Au surplus, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté. D'autre part, le moyen tiré de ce que la décision serait intervenue en méconnaissance de son droit à l'information et à un entretien individuel n'est pas assorti de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé.

10. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition, que M. E a déclaré avoir quatre enfants, tandis que l'arrêté litigieux ne fait mention que de trois de ses enfants. La préfète du Bas-Rhin a ainsi entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation familiale de M. E. Toutefois, faute pour M. E d'établir que sa famille réside régulièrement en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin, si elle n'avait pas omis l'un de ses enfants, aurait pris une autre décision. Par suite, cette insuffisance dans l'examen de la situation familiale du requérant est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. E aurait déclaré ne plus avoir de famille en Algérie. Dès lors, en mentionnant dans l'arrêté attaqué que le requérant n'établit pas être démuni de liens familiaux dans son pays d'origine, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sur ce point. La circonstance que M. E ne soit pas encore condamné à raison des faits pour lesquels il a été interpelé et gardé à vue ne fait pas obstacle à ce que l'administration puisse en tenir compte. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

11. En sixième lieu, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de fait en ce qui concerne le nombre d'enfant du requérant est, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

12. En septième lieu, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de droit, sans aucune autre précision, ne peut qu'être écartée comme n'étant pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

14. M. E se prévaut de sa présence en France, depuis juin 2018, de celle de l'intégralité de sa famille, constituée de son épouse et de ses quatre enfants, dont deux sont nés sur le territoire français, en 2019 et 2024, ainsi que de la scolarisation de certains de ses enfants. Toutefois, le requérant n'établit ni la régularité du séjour de sa famille en France, ni y disposer des liens d'une ancienneté et d'une intensité particulière en France, à l'exception de sa cellule familiale, ni enfin être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Or les décisions attaquées ne font pas obstacle à ce que l'intéressé puisse reconstituer la cellule familiale en dehors du territoire français. Par ailleurs, si M. E se prévaut de l'état de santé de sa fille A, opérée en France en 2018 alors qu'elle était âgée de moins de deux ans, il ressort des pièces du dossier, notamment des propres déclarations faites par M. E le 21 avril 2024, que sa fille est désormais en rémission. Il ne ressort par ailleurs pas des documents médicaux produits à l'audience par l'intéressé que l'état de santé présenterait une gravité telle que sa présence en France doive être maintenue. Dans ces conditions, M. E n'est fondé à soutenir ni que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

15. En neuvième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

17. M. E justifie être entré régulièrement sur le territoire français le 21 juin 2018 par la production de son visa. Dès lors, il est fondé à soutenir qu'en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation. Toutefois, si M. E justifie avoir entamé des démarches en vue de solliciter un titre de séjour en raison de l'état de santé de sa fille en 2018, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il n'entrerait pas dans le champ du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Son moyen tiré du défaut d'examen et de ce que la préfète aurait fait une inexacte application du 2° de l'article L. 611-1 ne peut donc qu'être écarté. Or la préfète du Bas-Rhin aurait pu prendre une mesure d'éloignement sur le fondement de ces seules dispositions.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour :

18. En premier lieu, M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement.

19. En second lieu, si M. E fait grief à l'administration de ne pas établir qu'il aurait déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, l'arrêté attaqué n'est pas fondé sur ces éléments. Dès lors, M. E ne critique pas utilement les motifs de la décision attaquée en soulevant un défaut d'examen de sa situation sur ce point.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. E et tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024, en tant que la préfète du Bas Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Adib et à la préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 29 avril 2024 à 16 heures 17.

Le magistrat désigné,

O. Di Candia

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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