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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401258

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401258

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP DUBOIS - MARRION- MOUROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, M. D F, représenté par Me Dartois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur du centre hospitalier de Bar-le-Duc, E du 1er mars 2024 portant mutation dans l'intérêt du service ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bar-le-Duc, E de le rétablir dans ses précédentes fonctions de responsable infrastructure, réseau et télécom ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bar-le-Duc, E une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur dès lors que la mutation s'accompagne d'une perte des responsabilités qui se traduit notamment par la suppression des fonctions d'encadrement ;

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors que les convocations aux entretiens des 12 décembre 2023 et 17 janvier 2024 ne précisaient pas clairement leur objet et qu'il n'a pu utilement préparer ces entretiens ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation de l'intérêt du service si bien que la décision constitue une sanction déguisée ; le rapport sur lequel s'est fondée l'administration pour prendre la décision de mutation est insuffisant et en tout état de cause en tous points infondé ;

- le changement d'affectation d'office manifeste un harcèlement moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le centre hospitalier de Bar-le-Duc, E, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,

- les observations de Me Barbier-Renard, substituant Me Dartois, représentant M. F,

- et les observations de Me Marrion, représentant le centre hospitalier de Bar-le-Duc et du centre hospitalier spécialisé de E.

Considérant ce qui suit :

1. M. F occupait les fonctions de responsable informatique du centre hospitalier de Bar-le-Duc et du centre hospitalier spécialisé de E. Par décision du 1er mars 2024, le directeur de cet établissement a décidé de le muter dans l'intérêt du service, à compter du 25 mars 2024, sur un poste de référent projets, rattaché au département projets numériques de la direction des systèmes numériques du groupement hospitalier de territoire (GHT) Cœur Grand-Est. Par sa requête, M. F demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération.

3. M. F, qui encadrait un service, a été affecté sur un poste de référent sans fonction d'encadrement. Ainsi, les responsabilités de M. F ayant été diminuées, la décision contestée ne peut être regardée comme constituant une simple mesure d'ordre intérieur. Par suite M. F est recevable à contester la légalité de la décision de mutation prise à son encontre.

Sur les conclusions d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. G A, directeur des ressources humaines. Par décision du 1er mars 2024, le directeur de la direction commune des centres hospitaliers de Bar-le-Duc E, de Joinville, de Montier en Der, de Saint-Dizier, de Verdun Saint-Mihiel, de Vitry-le-François, de Wassy et de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Thiéblement-Faremont a donné délégation à M. G A, directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Bar-le-Duc Vains-Véel aux fins de signer en lieu et place du directeur et en cas d'empêchement de Mme B C directrice des ressources humaines et de la formation continue de la direction des centres hospitaliers de Verdun Saint-Mihiel, de Bar-le-Duc Fains-Veel, de Haute-Marne, de Joinville, de Montier en Der, de Saint-Dizier, de Vitry-le-François, de Wassy, et de l'EHPAD de Thiéblemont-Faremont, pour le personnel non médical à l'exception des corps de direction, tous les documents relatifs aux déroulements des carrières. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été empêchée à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant mutation de M. F dans l'intérêt du service fait suite aux conclusions du rapport établi le 8 février 2024 par la directrice des ressources numériques et le directeur des projets numériques sollicitant la mutation de l'intéressé au regard de faits mettant en cause le bon fonctionnement du service. Dans le cadre de l'élaboration de ce rapport, M. F a été reçu en entretien avec sa hiérarchie les 12 décembre 2023 et 17 janvier 2024 et le rapport a été transmis à l'intéressé le 13 février 2024, avec ses dix-sept pièces jointes, afin qu'il puisse faire part de ses observations et solliciter la communication de son dossier. Si M. F soutient que les courriels le convoquant aux entretiens des 12 décembre 2023 et 17 janvier 2024 étaient trompeurs dès lors qu'ils s'intitulaient " reprise de travail " à la suite d'un arrêt maladie alors que la question de sa mutation a été abordée à ces deux occasions, M. F a bénéficié d'un délai suffisant pour faire part de ses observations entre la date de ces entretiens, la communication des conclusions du rapport et la prise de la décision, le 1er mars 2014. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. En troisième lieu, la décision de muter M. F dans l'intérêt du service fait suite aux conclusions du rapport établi le 8 février 2024 par la directrice des ressources numériques et le directeur des projets numériques de l'établissement. Il ressort de ce rapport qu'est reproché à l'intéressé un positionnement inadéquat au regard de ses fonctions de responsable d'équipe, portant atteinte au bon fonctionnement du service, des difficultés relationnelles avec la hiérarchie, un positionnement inadéquat vis-à-vis de la politique de sécurité des systèmes d'information, au regard de ses fonctions de responsable du service infrastructures, réseaux et téléphonie, un positionnement inadéquat dans les relations avec les autres services du GHT, nuisibles au bon fonctionnement du service et un manque de communication de sa part dans l'exercice de ses fonctions.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de certains courriels annexés au rapport établi par les supérieurs hiérarchiques, une insuffisance de M. F dans la transmission à ses subordonnés des directives prises par sa hiérarchie quant à la répartition des tâches au sein de la direction des services numériques, contraignant les agents du services infrastructures, réseaux et téléphonie à communiquer directement avec les directeurs de la direction des services numériques pour répondre à leurs questions ou leurs besoins et une insuffisance dans la formulation des instructions à ses subordonnés ne leur permettant pas de prioriser leurs missions. Il ressort par ailleurs des courriels un manque de communication en période de crise dès lors que, face à l'expiration des certificats du " coffre-fort de mots de passe " de la direction du numérique, M. F ne s'est pas saisi de ce problème et s'est contenté de le répercuter par courriel à sa hiérarchie sans la prévenir directement. De plus, M. F a procédé à des annonces portant notamment sur des changements de bureaux aux agents intéressés sans que la décision n'ait été validée par la hiérarchie. Par ailleurs, il a refusé d'assurer certaines des missions lui incombant et notamment de coordonner les actions de formation des agents de son service en délégant leur mise en place à un simple agent de catégorie B et en critiquant dans des termes grossiers l'institution à cette occasion. Il a également, par courriel adressé aux différents chefs de services de l'établissement, remis en cause l'intégrité des services des ressources humaines quant au traitement de l'indemnisation des interventions d'astreintes des informaticiens du service infrastructure et quant à l'évolution des carrières des agents. Enfin, dans le dernier état des courriels adressés à ses supérieurs hiérarchiques, il a fait part de son souhait que les entretiens qu'il a avec eux interviennent en présence de ses agents, en qualité de témoins.

8. Si M. F soutient que les insuffisances dans les transmissions des consignes de la hiérarchie sont la conséquence du flou qui a perduré pendant des mois en ce qui concerne les compétences des services de la DSIH, qu'il n'a pas participé au choix du logiciel du " coffre-fort de mots de passe ", pas plus qu'à l'achat et à sa mise en place, que la personne ayant pris à sa charge les missions de formation était compétente et que certains de ses courriels sont la conséquence de la dégradation de ses conditions de travail et de ses relations avec la hiérarchie, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation faite par le directeur du centre hospitalier de l'intérêt du service infrastructures, réseaux et téléphonie.

9. Il résulte de ce qui précède que le changement d'affectation apparait comme la conséquence d'un positionnement inadéquat de M. F au regard de ses fonctions de responsable et comme procédant de la volonté de conserver ses compétences en évitant les interactions hiérarchiques et en faisant en sorte qu'il retrouve des relations sereines avec sa hiérarchie et ses collègues. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée n'est pas exclusivement motivée par l'intérêt du service et présente le caractère d'une sanction déguisée.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L.133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

11. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

12. Si M. F soutient que la décision de mutation s'inscrit dans un contexte de harcèlement moral dont il est l'objet de la part de sa hiérarchie, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la décision portant mutation de M. F est conforme à l'intérêt du service infrastructures, réseaux et téléphonie. Par ailleurs, si le requérant a été contraint de renoncer à faire des gardes ce qui a entraîné la perte de son indemnité de logement qui représente le quart de sa rémunération, il ressort des pièces du dossier que l'établissement l'avait informé d'un changement des modalités d'organisation des astreintes de direction et que, consciente des pertes financières en découlant, elle lui a offert de participer aux astreintes informatiques et s'est ouverte à la possibilité d'étudier un avancement de grade. Si M. F n'a pas obtenu la promotion qui lui aurait été promise, il a cependant bénéficié d'une autre promotion. Par ailleurs, s'il lui a été refusé de candidater sur la mission d'expert visiteur numérique pour la haute autorité de santé, ce refus procède des contraintes de service. Le refus d'inscrire le requérant à une formation en cybersécurité est motivé par le fait que le lien avec le service n'était pas suffisant. Enfin, il était parfaitement loisible au centre hospitalier de demander à M. F la restitution du garage mis gratuitement à sa disposition depuis plusieurs années. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision de mutation manifesterait l'existence d'une situation de harcèlement moral dont il serait la victime et méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions d'annulation et les conclusions présentées par M. F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au centre hospitalier de Bar-le-Duc E.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

F. DurandLe président,

S. Davesne Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2401258

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