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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401270

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401270

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantEROL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 29 avril 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 juin 2024, M. A C, représenté par Me Erol, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 27 mars 2024 par laquelle le préfet de la Meuse a refusé de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de réexaminer sa demande et de lui accorder le bénéfice du regroupement familial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elles est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 1er janvier 1949, de nationalité turque, est titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 18 novembre 2026. Par un courrier en date du 22 novembre 2023, il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et du fils de celle-ci. Il demande l'annulation de la décision en date du 27 mars 2024 par laquelle le préfet de la Meuse a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision contestée est signée par M. Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel le préfet de la Meuse établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté n° 2023-2130 en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comprend les considérations de droit et de faits sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; () ". Aux termes de l'article L. 343-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ". L'article R. 434-4 du même code précise que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, même s'il est toujours possible, pour le préfet, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. L'autorité administrative, qui dispose d'un pouvoir d'appréciation, n'est pas tenue par les dispositions précitées, notamment dans le cas où est portée une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale, tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Le montant du SMIC mensuel net était de 1 329,05 euros nets à compter du 1er août 2022 et de 1 383,09 euros nets à compter du 1er mai 2023.

7. En l'espèce, au titre de la période de référence, M. C a perçu des salaires pour des emplois en qualité de bûcheron, dans le cadre de contrats conclus pour une durée déterminée avec les sociétés B-K Bois et C-Vik, ainsi que des pensions de retraite, pour un revenu moyen d'un montant de 1 108 euros. Le requérant fait valoir qu'il justifie également d'un contrat à durée déterminée conclu avec la SARL SEGO le 5 avril 2024 pour un emploi de bûcheron moyennant une rémunération de 1 001,65 euros, et d'un contrat conclu le 28 mai 2024 avec la société Liman pour assurer des tâches de bûcheronnage entre le 28 mai 2024 et le 28 mai 2025 pour un salaire d'un montant de 1 511,96 euros nets. Toutefois, ces justificatifs, postérieurs à la décision contestée, et se rapportant à des tâches de bûcheronnage ne présentant pas de caractère stable, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du préfet de la Meuse. Si le requérant fait également valoir qu'il est titulaire de pensions de retraite venant compléter ses ressources, il ressort des pièces du dossier qu'elles ont été prises en compte pour l'appréciation de ses ressources. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. C ne justifiait pas de ressources stables suffisantes.

8. Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C se prévaut de son mariage conclu le 14 septembre 2022 avec Mme B et de sa relation entretenue avec le fils de celle-ci, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Meuse, en rejetant la demande de regroupement familial présenté par le requérant, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 27 mars 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Meuse.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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